Livre d’Alchimie et d’ésotérisme les fables Égyptiennes et Grecques par Dom Antoine-Joseph Pernety. Chapitre IV : Histoire d’Isis. Quand on fait la généalogie d’Osiris, on est au fait de celle d’Isis son épouse, puisqu’elle était sa soeur. On pense communément qu’elle était le symbole de la Lune, comme Osiris était celui du Soleil ; mais on la prenait aussi pour la Nature en général, et pour la Terre, suivant Macrobe. Delà vient, dit cet Auteur, qu’on représentait cette Déesse ayant le corps tout couvert de mamelles. Apulée est du même sentiment que Macrobe, et en fait la peinture suivante (Métam. 1. II.), « Une chevelure longue et bien fournie tombait par ondes sur son cou divin : elle avait en tête une couronne variée par sa forme et par les fleurs donc elle était ornée. Au milieu sur le devant paraissait une espèce de globe, en forme presque de miroir, qui jetait une lumière brillance et argentine, comme celle de la Lune. A droite et à gauche de ce globe s’élevaient deux ondoyantes vipères, comme pour l’enchâsser et le soutenir ; et de la base de la couronne sortaient des épis de blé. Une robe de fin lin la couvrait toute entière. Cette robe était si éclatante, tantôt par sa grande blancheur, tantôt par son jaune safrané, enfin par une couleur de feu si vive, que mes yeux en étaient éblouis. Une simarre remarquable par sa grande noirceur passait de l’épaule gauche au-dessous du bras droit y et flottait à plusieurs plis en descendant jusqu’aux pieds ; elle était bordée de noeuds et de fleurs variées, et parsemée d’étoiles dans toute son étendue. Au milieu de ces étoiles se montrait la Lune avec des rayons ressemblants à des flammes. Cette Déesse avait un cistre à la main droite, qui, par le mouvement qu’elle lui donnait, rendait un son aigu, mais très agréable ; de la gauche elle portait un vase d’or donc l’anse était formée par un aspic, qui élevait la tête d’un air menaçant ; la chaussure qui couvrait ses pieds exhalants l’ambroisie, était faite d’un tissu de feuilles de palme victorieuse. Cette grande Déesse dont la douceur de l’haleine surpasse tous les parfums de l’Arabie heureuse, daigna me parler en ces termes : Je suis la Nature, mère des choses, maîtresse des éléments ; le commencement des siècles, la Souveraine des Dieux, la Reine des mânes, la première des natures célestes, la face uniforme des Dieux et des Déesses : c’est moi qui gouverne la sublimité lumineuse des cieux, les vents salutaires des mers, le silence lugubre des enfers. Ma divinité unique est honorée par tout l’Univers, mais sous différentes formes, sous divers noms, et par différences cérémonies. Les Phrygiens, les premiers nés des hommes m’appellent la Pessinontienne mère des Dieux : les Athéniens, Minerve Cécropienne ; ceux de Chypre, Vénus Paphienne, ceux de Crète, Diane Dictynne ; les Siciliens qui parlent trois langues, Proserpine Scygienne ; les Eléusiniens, l’ancienne Déesse Cérès, d’autres, Junon ; d’autres, Bellone ; quelques-uns, Hécate ; quelques autres, Rhamnusie. Mais les Egyptiens qui sont instruits de l’ancienne doctrine, m’honorent avec des cérémonies qui me sont propres et convenables, et m’appellent de mon véritable nom, la Reine Isis. » Isis était plus connue sous son propre nom dans les pays hors de l’Egypte, que ne l’était Osiris, parce qu’on la regardait comme la mère et la nature des choses. Ce sentiment universel aurait dû faire ouvrir les yeux à ceux qui la regardent comme une véritable Reine d Egypte, et qui prétendent en conséquence adapter son histoire feinte à l’histoire réelle des Rois de ce pays-là. Les Prêtres d’Egypte comptaient, suivant le témoignage de Diodore, vingt mille ans depuis le règne du Soleil jusqu’au temps où Alexandre le Grand passa en Asie. Ils disaient aussi que leurs anciens Dieux régnèrent chacun plus de douze cents ans, et que leurs successeurs n’en régnèrent pas moins de trois cents : ce que quelques-uns entendent du cours de la Lune, et non de celui du Soleil, en comptant même les mois pour des années. Eusebe, qui fait mention de la chronologie des Rois d’Egypte, place Océan, le premier de tous, vers l’an du monde 1802, temps auquel Nemrod commença le premier à s’arroger la supériorité sur les autres hommes. Eusebe donne à Océan pour successeurs, Osiris et Isis. Les Pasteurs régnèrent ensuite pendant 103 ans, puis la Dynastie des Polytans pendant 348 ans, dont le dernier fut Miris ou Pharaon, dit Menophis, environ l’an du monde 2550. A cette Dynastie succéda celle des Larthes, qui dura 194 ans ; puis celle des Diapolytans qui fut de 177 ans. Mais si nous ôtons mille et vingt ans des années du monde jusqu’au règne d’Alexandre, le règne du Soleil ou d’Horus qui succéda à Isis, tombera à l’an du monde environ 2608, temps auquel, selon Eusebe, régnait Zérus, successeur immédiat de Miris. Ainsi, par ce calcul, on ne trouve aucune place pour mettre les règnes d’Osiris, d’Isis, du Soleil, de Mercure, de Vulcain, de Saturne, de Jupiter, du Nil et d’Océan. Je sais cependant, dit Diodore, que quelques Ecrivains placent les tombeaux de ces Rois Dieux dans la ville de Nysa en Arabie, d’où ils ont donné à Denys le surnom de Nisée. Comme la chronologie des Rois d’Egypte n’entre point dans le dessein de cet Ouvrage, je laisse à d’autres le soin de lever toutes ces difficultés de chronologie ; et je retourne à Isis, comme principe général de la Nature, et principe matériel de l’art Hermétique. Le portrait d’Isis, que nous avons donné d’après Apulée, est une allégorie de l’oeuvre, palpable à ceux qui ont lu attentivement les ouvrages qui en traitent. Sa couronne et les couleurs de ses habits indiquent tout en général et en particulier. Isis passait pour la Lune, pour la Terre et pour la Nature. Sa couronne, formée par un globe brillant comme la Lune, l’annonce à tout le monde. Les deux serpents qui soutiennent ce globe sont les mêmes que ceux dont nous avons parlé dans le chapitre premier de ce livre, en expliquant le monument d’A. Herennulcius Hermès. Le globe est aussi la même chose que l’oeuf du même monument. Les deux épis qui en sor-tent marquent que la matière de l’art Hermétique est la même que celle que la Nature emploie pour faire tout végéter dans l’Univers. Les couleurs qui surviennent à cette matière pendant les opérations, ne sont-elles pas expressément nommées dans l’énumération de celles des vêtements d’Isis ? Une simarre ou longue robe frappante par sa grande noirceur, palla n’igerrima splendescens atro nitore, couvre tellement le corps d’Isis, qu’elle laisse seulement apercevoir par le haut une autre robe de fin lin, d’abord blanche, puis safranée, enfin de couleur de feu. Multicolor bysso tenui proestexta, nunc albo candore lucida, nunc croceo flore lutta, nunc roseo rubore flammea . Apulée avait sans doute copié cette description d’après quelque Philosophe ; car ils s’expriment tous de la même manière à ce sujet. Ils appellent la couleur noire, le noir plus noir que le noir même, nigrum nigro nigrius. Homère en donne un semblable à Thétis, lorsqu’elle se dispose à aller solliciter les faveurs et la protection de Jupiter pour son fils Achille (Iliad. I. 9.4. v. 93.). Il n’y avait point dans le monde, dit ce Poète, d’habillement plus noir que le sien. La couleur blanche succède à la noire, la safranée à la blanche, et la rouge à la safranée, précisément comme le rapporte Apulée. On peut consulter là-dessus le traité de l’oeuvre que j’ai donné ci-devant. D’Espagnet en particulier est parfaitement con-forme à cette description d’Apulée, et nomme ces quatre couleurs les moyens démonstratifs de l’oeuvre. Il semble qu’Apulée ait voulu nous dire que toutes ces couleurs naissent les unes des autres ; que le blanc est contenu dans le noir, le jaune dans le blanc, et le rouge dans le jaune ; c’est pour cela que le noir couvre les autres. On pourrait peut-être m’objecter que cette robe noire est le symbole de la nuit ; et que la chose est assez indiquée par le croissant de la Lune placé au milieu avec les étoiles dont elle est toute parsemée ; mais les autres accompagnements n’y conviennent point du tout. Il n’est pas étonnant qu’on ait mis sur la robe d’Isis un croissant, puisqu’on la prenait pour la Lune, mais comme la nuit empêche de distinguer la couleur des ob-jets, Apulée aurait dit fort mal à propos que les quatre couleurs du vêtement d’Isis le distinguaient et jetaient chacune en particulier un si grand éclat, qu’il en était ébloui. D’ailleurs cet Auteur ne fait aucune mention de la nuit ni de la Lune ; mais seulement d’Isis comme principe de tout ce que la Nature produit ; ce qui ne saurait convenir à la Lune céleste, mais seulement à la Lune Philosophique ; puisqu’on ne remarque dans la céleste que la couleur blanche, et non la safranée et la rouge. Les épis de blé prouvent qu’Isis et Cérès n’étaient qu’un même symbole ; le cistre et le vase ou petit sceau, Sont les deux choses requises pour l’oeuvre, c’est-à-dire, le laiton Philosophique et l’eau mercurielle ; car le cistre était communément un instrument de cuivre, et les verges qui le traversaient étaient aussi de cuivre, quelque fois de fer. Les Grecs inventèrent ensuite la fable d’Hercule, qui chasse les oiseaux du lac Stymphale, en faisant du bruit avec un instrument de cuivre. L’un et l’autre doivent s’expliquer de la même manière. Nous en parlerons dans les travaux d’Hercule, au cinquième livre. On représentait ordinairement Isis non seule-ment tenant un cistre, mais avec un sceau ou autre vase à la main, ou auprès d’elle, pour marquer qu’elle ne pouvait rien faire sans l’eau mercurielle, ou le mercure qu’on lui avait donné pour conseil. Elle est la terre ou le laiton des Philosophes ; mais le laiton ne peut rien par lui-même, disent-ils, s’il n’est purifié et blanchi par l’azot ou l’eau mercurielle. Par la même raison Isis était très souvent représentée avec une cruche sur la tête ; souvent aussi avec une corne d’abondance à la main, pour signifier en général la Nature qui fournit tout abondamment, et en particulier la source du bonheur, de la santé et des richesses, que l’on trouve dans l’oeuvre Hermétique. Dans les monuments Grecs (Ce que je dis ici des attributs d’Isis se prouve par les monuments antiques rapportés dans l’Antiquité explique de D. Bernard de Montfaucon.) on la voit quelquefois environnée d’un serpent, ou accompagnée de ce reptile, parce que le serpent était le symbole d’Esculape, Dieu de la Médecine, donc les Egyptiens attribuaient l’invention à Isis. Mais nous avons plus de raisons de la regarder comme la matière même de la Médecine Philosophique ou universelle, qu’employaient les Prêtres d’Egypte, pour guérir toutes sortes de maladies, sans que le peuple sut comment ni avec quoi ; parce que la manière de faire ce remède était contenue dans les livres d’Hermès, que les seuls Prêtres avaient droit de lire, et pouvaient seuls entendre, à cause que tout y était voilé sous les ténèbres des hiéroglyphes. Trismégiste nous apprend lui-même (In Asclepio.), qu’Isis ne fut pas l’inventrice de la Médecine, mais que ce fut l’aïeul d’Asclépius ou Hermès donc il portait le nom. Il ne faut donc pas en croire Diodore, ni la tradition populaire d’Egypte, d’après laquelle il dit qu’Isis inventa non seulement beaucoup de remèdes pour la cure des maladies ; mais qu’elle contribua infiniment à la perfection de la Médecine, et qu’elle trouva même un remède capable de procurer l’immoralité dont elle usa pour son fils Horus, lorsqu’il fut mis à mort pat les Titans, et le rendit en effet immortel. On conviendra avec moi que tout cela doit s’expliquer allégoriquement ; et que, suivant l’explication que nous fournit l’art Hermétique, Isis contribua beaucoup à la perfection de la Médecine, puisqu’elle était la matière dont on faisait le plus excellent remède qui fût jamais dans la Nature. Mais il ne serait point tel si Isis était seule ; il faut nécessairement qu’elle soit mariée avec Osiris, parce que les deux principes doivent être réunis dans un seul tout, comme dès le commencement de l’oeuvre ils ne formaient qu’un même sujet, dans lequel étaient contenues deux substances, l’une mâle, l’autre femelle. Le voyage d’Isis en Phénicie pour y aller cher-cher le corps de son mari ; les pleurs qu’elle verse avant de le trouver, l’arbre sous lequel il était caché, tout est marqué au coin de l’Art Sacerdotal. En effet, Osiris étant mort, est jeté dans la mer, c’est-à-dire submergé dans l’eau mercurielle, ou la mer des Philosophes ; Isis verse, dit-on, des larmes, parce que la matière qui est encore volatile, représentée par Isis, monte en forme de vapeurs, se condense et retombe en gouttes. Cette tendre épouse cherche son mari avec inquiétude, avec des pleurs et des gémissements, et ne peut le trouver que sous un tamarin ; c’est que la partie volatile ne se réunit avec la fixe, que lorsque la blancheur survient ; alors la rougeur où Osiris est caché sous le tamarin, parce que les fleurs de cet arbre font blanches et les racines rouges. Cette dernière couleur est même indiquée plus précisément par le nom même de Phénicie, qui vient de rouge, couleur de pourpre. Isis survécut à son mari, et après avoir régné glorieusement, elle fut mise au nombre des Dieux. Mercure détermina son culte, comme il avait fait celui d’Osiris ; parce que dans la seconde opération appelée le second oeuvre, ou la seconde disposition par Morien (Entrée, du Roi Calid.), la Lune des Philosophes, ou leur Diane, ou la matière au blanc, signifiée aussi par Isis, paraît encore après la solution ou la mon d’Osiris ; elle se trouve par-là mise au rang des Dieux, mais des Dieux Philosophiques, puisqu’elle est leur Diane ou la Lune, une des principales Déesses de l’Egypte ; on voit bien pourquoi on attribue cette déification à Mercure. Mais si toute cette histoire n’est pas une fic-tion, comme le prétend M. l’Abbé Banier (Mytol. T. I. p. 483. 484. et ailleurs.), puisqu’il dit qu’il croit qu’Osiris est le même que Mesraïm, fils de Cham, qui peupla l’Egypte quel-que temps après le Déluge. Il ajoute même que, malgré l’obscurité qui règne dans l’histoire d’Osiris, les savants sont obligés de convenir qu’il a été un des premiers descendants de Noé par Cham, et qu’il gouverna l’Egypte où son père s’était retiré... que Diodore de Sicile nous assure que ce Prince est le même que Menés, le premier Roi d’Egypte, et que c’est là qu’il faut s’en tenir ; je prierais tous ces savants de me dire pourquoi tous les Auteurs anciens qui ont parlé de Mesraïm et de Menés, n’ont fait aucune mention, en parlant d’eux, du fameux voyage ou célèbre expédition que le prétendu Osiris fit en Afrique, en Asie et par tout le monde, suivant cette inscription trouvée sur d’anciens monuments, rapportée par Diodore et tous les Auteurs qui depuis lui ont parlé d’Osiris, et par M. l’Abbé Banier lui-même, mais qui ne l’a pas rapportée exactement. SATURNE, LE PLUS JEUNE DE TOUS LES DIEUX, ÉTAIT MON PERE. JE SUIS OSIRIS, ROI ; J’AI PARCOURU TOUT L’UNIVERS, JUSQU’AUX EXTRÉMITES DES DESERTS DE L’INDE, DE-LA VERS LE SEPTENTRION JUSQU’AUX SOURCES DE L’ISTER ; ENSUITE D’AUTRES PARTIES DU MONDE JUSQU’A L’OCÉAN : JE SUIS LE FILS AINE DE SATURNE, SORTI D’UNE TIGE ILLUSTRE, ET D’UN SANG GÉNÉREUX, QUI N’AVAIT POINT DE SEMENCE. IL N’EST POINT DE LIEU OU JE N’AIE ÉTÉ. J’AI VISITE TOUTES LES NATIONS POUR LEUR APPRENDRE TOUT CE DONT J’AI ETE L’INVENTEUR. Je ne crois pas qu’on puisse attribuer à aucun Roi d’Egypte tout ce que porte cette inscription, particulièrement la génération sans semence, au lieu que ce dernier article même se trouve dans l’oeuvre Hermétique, où l’on entend par Saturne la couleur noire, de laquelle naissent la blanche ou Isis, et la rouge ou Osiris : la première appelée Lune, la seconde Soleil ou Apollon. Il n’est pas moins difficile, ou plutôt il est impossible de pouvoir appliquer à une Reine, l’inscription suivante tirée d’une colonne d’Isis, et rapportée par les mêmes Auteurs. MOI, ISIS, SUIS LA REINE DE CE PAYS D’EGYPTE, ET J’AI EU MERCURE POUR PREMIER MINISTRE. PERSONNE NE POURRA RÉVOQUER LES LOIS QUE J’AI FAITES, ET EMPÊCHER L’EXÉCUTION DE CE QUE J’AI ORDONNE. JE SUIS LA FILLE AINEE DE SATURNE, LE PLUS JEUNE DES DIEUX. JE SUIS LA SOEUR ET LA FEMME D’OSIRIS. JE SUIS LA MERE DU ROI ORUS. JE SUIS LA PREMIERE INVENTRICE DE L’AGRICULTURE. JE SUIS LE CHIEN BRILLANT PARMI LES ASTRES. LA VILLE DE BUBASTE A ETE BASTIE EN MON HONNEUR. RÉJOUIS-TOI , O EGYPTE ! QUI M’AS NOURRIE. Mais si on explique cela de la matière de l’Art Sacerdotal ; si l’on compare ces expressions avec celles des Philosophes Hermétiques, on les trouvera tellement conformes, qu’on sera pour ainsi dire, obligé de convenir que l’Auteur de ces Inscriptions a eu en vue le même objet que les Philosophes. Diodore dit qu’on ne pouvait lire de son temps que ce que nous avons rapporté, parce que le reste était effacé de vétusté. Il n’est même pas possible, ajoute-t-il, d’avoir aucun éclaircissement là-dessus ; car les Prêtres gardent inviolablement le secret sur ce qui leur a été confié ; aimant mieux que la vérité soit ignorée du peuple, que de courir les risques de subir les peines imposées à ceux qui divulgueraient ces secrets. Mais encore une fois, quels étaient donc ces secrets si fort recommandés ? Ceux qui, avec Cicéron, disent qu’il consistait à ne pas dire qu’Osiris avait été un homme, pensent-ils bien à ce qu’ils disent ? La conduite prétendue d’Isis à l’égard des Prêtres était seule capable de trahir ces secrets ; celle des Prêtres envers le peuple le découvrait encore davantage. Quoi ! on voudra me faire croire qu’Osiris ne fut jamais un homme, et l’on me montre son tombeau ? crainte même que je ne doute de sa mort, et comme si l’on voulait ne pas me la faire perdre de vue, on multiplie ce tombeau ? chaque Prêtre me dit qu’il en est le possesseur ? avouons que ce secret serait bien mal concerté. Et à quoi bon, après tout, ce secret inviolable au sujet du tombeau d’un Roi ardemment aimé de ses sujets ? quel intérêt de cacher le tombeau d’Osiris ? Si l’on disait qu’Hermès eût conseillé à Isis de cacher le tombeau de son mari, afin d’ôter au peuple une occasion d’idolâtrie, parce qu’il sentait bien que le grand amour qu’avait conçu le peuple pour Osiris, à cause des bienfaits qu’il en avait reçus, pourrait le conduire à l’adorer par reconnaissance ; ce sentiment serait très conforme aux idées que nous devons avoir de la vraie piété d’Hermès. Mais loin de cacher ce tombeau, Isis en faisant un pour chaque membre, et voulant persuader que tout le corps d’Osiris était dans chacun de ces tombeaux, c’eût été au contraire multiplier la pierre de scandale et d’achoppement. L’Ecriture Sainte nous apprend que Josué tint une toute autre conduite à l’égard des Israélites, lorsque Moïse mourut (Deuter. 34.), pour empêcher sans doute que les Hébreux n’imitassent encore les Egyptiens en ce genre d’idolâtrie. Ce n’était donc pas pour cacher au peuple l’humanité prétendue d’Osiris que l’on faisait un secret de son tombeau ; si l’on défendait sous des peines rigoureuses de dire qu’Isis et son mari avaient été des hommes, c’est qu’ils ne le furent jamais en effet. Cette défense qui ne s’accordait nullement avec la démonstration publique de leur tombeau, aurait dû faire soupçonner quelque mystère caché sous cette contradiction ; le grand secret qu’observaient les Prêtres aurait encore dû irriter la curiosité. Mais le peuple ne s’avise pas de sonder si scrupuleusement les choses ; il les prend telles qu’on les lui donne sans beaucoup d’examen. Et de quel secret d’ailleurs qui puisse avoir rapport à un tombeau et à ce qu’il renferme ? Prenons la chose allégoriquement ; lisons les Philosophes, et nous y verrons des tombeaux aussi mystérieux. Basile Valentin (12 Clefs.) emploie cette allégorie deux ou crois fois : Norton (Ordinale.) dit qu’il faut faire mourir le Roi et l’ensevelir. Raymond Lulle, Flamel, le Trévisan, Aristée dans la Tourbe, et tant d’autres s’expriment à peu près dans ce sens-là ; mais tous cachent avec beaucoup de soin le tombeau et ce qu’il renferme ; c’est-à-dire, le vase et la matière qui y est contenue. Trévisan dit (Philosoph. des Métaux.), que le Roi vient se baigner dans l’eau d’une fontaine ; qu’il aime beaucoup cette eau, et qu’il en est aimé, parce qu’il en est sorti, qu’il y meurt, et qu’elle lui sert de tombeau. Il serait trop long de rapporter toutes les allégories des Auteurs qui prouvent à ceux qui ne se laissent pas aveugler par le préjugé, que ce secret était celui de l’Art Sacerdotal, si fort recommandé à tous les Adeptes. Les Prêches instruits par Hermès avaient donc un autre but en vue que celui de l’histoire, avec laquelle ne pouvaient pas s’accorder toutes les qualités différentes de mère et de fils, d’époux et d’épouse, de frère et soeur, de père et fille, que l’on trouve dans les diverses histoires d’Osiris et d’Isis ; mais qui conviennent très bien à l’oeuvre Hermétique, quand on prend son unique matière sous différents points de vue. Qu’on réfléchisse un peu sur certains traits de cette histoire. Pourquoi Isis ramasse-t-elle tous les membres du corps d’Osiris, excepté les parties naturelles ? pourquoi, après la mort de son mari, jure-t-elle de ne pas en épouser d’autre ? pourquoi se fait-elle enterrer dans la forêt de Vulcain ? quelles sont ces parties naturelles, sinon les terrestres noires et féculentes de la matière Philosophique dans lesquelles elle s’est formée, où elle a pris naissance, qu’il faut rejeter comme inutiles, et avec lesquelles elle ne peut se réunir, parce qu’elles lui sont hétérogènes ? Si Isis tient le ser-ment, c’est qu’après la solution parfaite, désignée par la mort, elle ne peut plus par aucun artifice être séparée d’Osiris. Nous verrons dans la suite pourquoi l’on dit qu’elle fut inhumée dans la forêt de Vulcain. On saura, en attendant, que (Voyez là-dessus Philalèthe, Enarratio methodica, et d’Espagnec cité si souvent.) l’inhumation Philosophique n’est autre chose que la fixation, ou le retour des parties volatilisées, et leur réunion avec les parties fixes et ignées desquelles elles avaient été séparées ; c’est pour cela qu’Isis et Osiris sont dits petits-fils de Vulcain. Est-il surprenant, après ce que nous avons dit jusqu’ici, qu’on ait supposé qu’Osiris et Isis avaient Vulcain et Mercure en grande vénéra-tion ? On regarde Mercure comme inventeur des arts et des caractères hiéroglyphiques, parce qu’Hermès les a inventés au sujet du mercure Philosophique. Il a enseigné la Rhétorique, l’Astronomie, la Géométrie, l’Arithmétique et la Musique, parce qu’il a montré la manière de parler de l’oeuvre, les astres qui y sont contenus, les proportions, les poids et les mesures qu’il faut y observer pour imiter ceux de la Nature. Ce qui à fait dire à Raymond Lulle (Théor. Métam. c. 50.) : « La Nature renferme en elle-même la Philosophie et la Science des sept arts libéraux, elle contient toutes les formes géométriques et leurs proportions ; elle termine toutes choses par le calcul arithmétique, par l’égalité d’un nombre certain ; et pat une connaissance raisonnée et rhétoricale, elle conduit l’intellect de puissance en acte. » Voilà comment Mercure fut l’interprète de tout, et servait de conseil à Isis. Elle ne pouvait rien faire sans Mercure, parce qu’il est la base de l’oeuvre, et que sans lui on ne peut rien faire. On ne peut pas raisonnablement attribuée à Mercure ou Hermès l’invention de tout dans un autre sens, puisqu’on sait que les arts étaient connus avant le Déluge ; et après le Déluge la Tour de Babel en est une nouvelle preuve. Isis, suivant Diodore, bâtit des Temples tout d’or, delubra aurea, en l’honneur de Jupiter et des autres Dieux. En quel lieu du monde, et en quel siècle l’histoire nous apprend-elle qu’on en ait élevé un seul de semblable ? Jamais l’or de mine ne fut si commun qu’il l’est aujourd’hui ; et malgré cette abondance, quel est le peuple qui pût y suffire ? n’a-t-on pas voulu dire que ces Temples étaient de même nature que les Dieux qu’ils renfermaient ? et n’est-il pas à croire qu’ils n’étaient autres que des Temples et des Dieux Hermétiques, c’est-à-dire, la matière aurifique et les couleurs de l’oeuvre qu’Isis bâtit en effet, puisqu’elle en est la matière même ? Par cette même raison on dit qu’Isis considérait infiniment les Artistes en or et en autres métaux. Elle était une Déesse d’or, la Vénus dorée de toute l’Asie. Quant à la Chronologie des Egyptiens, elle est également mystérieuse. Ils ne paraissent pas d’accord entre eux, non qu’ils ne le soient pas en effet, mais parce qu’ils l’ont voulu cacher et embarrasser à dessein ; et non pas comme plusieurs ignorants le prétendent, parce qu’ils voulaient établir l’éternité du monde. Il en est d’eux comme il en a été des Adeptes dans tous les temps, parce que ceux-ci ont toujours suivi les errements des premiers. L’un dit qu’il ne faut que quatre jours pour faire l’oeuvre ; l’autre assure qu’il faut un an ; celui-là un an et demi, celui-ci fixe ce temps à trois ans, un autre pousse jusqu’à Sept, un autre jusqu’à dix ans ; à les en-tendre parler si différemment, ne croirait-on pas qu’ils sont tous contraires ? mais celui qui est au fait saura bien les accorder, dit Maïer. Qu’on fasse seulement attention que l’un parle d’une opération, l’autre traite d’une autre ; que dans certaines circonstances les années des Philosophes se réduisent en mois. Suivant Philalèthe (Enarrat. method. 3. Médecin. Gebri.), les mois en semaines, les semaines en jours, etc. ; que les Philosophes comptent les jours tantôt à la manière vulgaire, tantôt à la leur : qu’il y a quatre saisons dans l’année commune, et quatre dans l’année Philosophique : qu’il y a trois opérations pour pousser l’oeuvre à sa fin ; savoir, l’opération de la pierre ou du soufre, celle de l’élixir, et la multiplication ; que ces trois ont chacune leurs saisons ; qu’elles composent chacune une année ; et que les trois réunies ne font aussi qu’un an, qui finit par l’automne, parce que c’est le temps de cueillir les fruits et de jouir de ses travaux.
Le double Ka Égyptien
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