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Livre du langage analogique d’Hermès : Les Fables Égyptiennes et Grecques par Dom Antoine-Joseph Pernety
Livre d’Alchimie et d’ésotérisme les fables Égyptiennes et Grecques par Dom Antoine-Joseph Pernety. Chapitre II : Histoire de l’enlèvement des Pommes d’or du Jardin des Hespérides.. Après l’histoire de la conquête de la Toison d’or, il n’en est guère qui vienne mieux à notre sujet que celle de l’expédition d’Hercule pour se mettre en possession de ces fameux fruits connus de si peu de personnes, que les Auteurs qui en ont parlé n’ont pas même été d’accord sur leur vrai nom. Les anciens Poètes ont donné carrière à leur imagination sur ce sujet ; et les Historiens qui n’en ont parlé que d’après ces pères des fables, après avoir cherché en vain le lieu ou était ce Jardin, le nom et la nature de ces fruits, sont presque tous contraires les uns aux autres. Et comment auraient-ils pu dire quelque chose de certain sur un fait qui n’exista jamais ? Il est inutile de faire des dissertations pour favoriser le sentiment de l’un plutôt que de l’autre, puisqu’ils sont tous également dans l’erreur à cet égard. C’est donc avec raison qu’on peut regarder comme des idées creuses et chimériques les explications de la plupart des Mythologues qui ont voulu tout rapporter à l’histoire, quelque ingénieuses et quelque brillances qu’elles soient, et quoiqu’elles aient d’illustres garants. Je ne fais ici que rétorquer contre les Mythologues l’argument qu’un d’entre eux (M. l’Abbé Massieu, Mémoires des Belles-Lettres, T. III. p. 49.) a fait contre Michel Maïer ; l’on jugera si je suis fondé à le faire, par les explications que nous donnerons ci-après. Il ne faut pas juger des premiers Poètes Grecs comme de ceux qui n’ont été, pour ainsi dire, que leurs imitateurs, soit pour n’avoir traité que les mêmes sujets, soit pour avoir travaillé sur d’autres, mais dans le goût des premiers. Ceux-ci, instruits par les Egyptiens, prirent chez ce Peuple les sujets de leurs Poèmes, et les travestirent à la Grecque, suivant le génie de leur langue et de leur nation. Frappés de la grandeur de l’objet qu’ils avaient en vue, mais qu’ils ne voulaient pas dévoiler aux Peuples, ils s’attachèrent à le traiter par des allégories, dont le merveilleux excitât l’admiration et la surprise, souvent sans nul égard pour le vraisemblable, afin que les gens sensés ne prissent pas pour une histoire réelle, ce qui n’était qu’une fiction ; et qu’ils sentissent en même temps que ces allégories portaient sur quelque chose de réel. Les Poètes qui parurent dans la suite, et qui ignoraient le point de vue des premiers, ne virent dans leurs ouvrages que le merveilleux. Ils traitèrent les matières suivant leur génie, et abusèrent du privilège qu’ils avaient de tout oser. ...... Pctoribus atque Poëtis Quidlibet audendi semper suit oequa potestas. Hor. Art. Poët. Sur ce principe, quand ils choisirent pour matière de leurs ouvrages des sujets déjà traités, ils en conservèrent le fond, mais ils y ajourèrent, ou en retranchèrent des circonstances, ou y firent quelques changements à leur fantaisie, et ne s’appliquèrent, pour ainsi dire, qu’à exciter l’admiration et la surprise, par le merveilleux qu’ils y répandaient, sans avoir d’autre but que celui de plaire. Il n’est donc pas surprenant que l’on trouve chez eux des traits qui peuvent s’expliquer de l’objet que s’étaient proposés leurs prédécesseurs. Mais comme un sujet est susceptible de mille allégories différentes, chaque Poète l’a traité à sa manière. Je ne prétends donc pas que toutes les Fables puissent être expliquées par mon système, mais seulement les anciennes, qui ont pour base les fictions Egyptiennes et Phéniciennes ; puisqu’on sait que les plus anciens Poètes Grecs y ont puisé les leurs, comme il serait aisé de le prouver en en faisant une concordance, qui prouverait clairement qu’elles ont toute le même objet. Les fables ne sont donc pas toutes des mensonges ingénieux, mais celles-là seulement qui n’ont d’autre objet que de plaire. Celle dont il est ici question, et presque toutes celles d’Orphée, d’Homère et des plus anciens Poètes sont des allégories qui cachent des instructions sous le voile de la généalogie, et des actions prétendues des Dieux, des Déesses ou de leurs descendants. Lorsqu’on veut réduire la fable des Hespérides à l’histoire, on ne sait comment s’y prendre pour déterminer quelque chose de précis. Chaque Historien prétend qu’on doit l’en croire préférablement à tout autre, et ne donne cependant aucune preuve solide de son sentiment. Ils sont partagés en tant d’opinions différences, qu’on ne sait à laquelle se fixer. Hérodote, le plus ancien des Historiens, et très instruit de toutes les fables, ne fait pas mention de celle des Hespérides, ni de beaucoup d’autres ; sans doute parce qu’il les regardait comme des fictions. Les traditions étant toujours plus pures à mesure qu’elles approchent de leur source, il eût été plus en état que les autres Historiens, de nous laisser quelque chose de moins douteux, quoiqu’on l’accuse d’avoir été un peu trop crédule. Sera-ce à Paléphate qu’il faudra s’en rapporter ? tous les Mythologues conviennent que c’est un Auteur très suspect, accoutumé à forger des explications, et à donner à sa fantaisie l’existence à des personnes qui n’ont jamais été (M. l’Abbé Banier, Myth. T. III. p. 283.) . Il dit (chap. 19.) qu’Hespérus était un riche Milésien, qui alla s’établir dans la Carie. Il eut deux filles, nommées Hespérides, qui avaient de nombreux troupeaux de brebis, qu’on appelait Brebis d’or, à cause de leur beauté. Elles en confiaient la garde à un Berger, nommé Dragon ; mais Hercule passant par le pays enleva le Berger et les troupeaux. Il n’y aurait rien de plus simple que cette explication de Paléphate ; toute admiration, tout le merveilleux de cette fable se réduirait à si peu de chose, qu’elle ne mériterait certainement pas d’être mise au nombre des célèbres travaux du fils de Jupiter et d’Alcmene. Il n’est point de fables qu’on ne puisse expliquer aussi facilement, en imitant Paléphate ; mais est-il permis de changer les noms, les lieux, les circonstances des faits, et la nature même des choses ? Malgré le peu de solidité du raisonnement de cet Auteur ; malgré le peu de conformité qui se trouve entre son explication et le fait rapporté par les Poètes, Agroetas, autre Historien cité par les anciens Scholiastes, semble avoir suivi Paléphate, et dit au troisième livre des choses libyques, que ce n’était point des Pommes, mais des Brebis, qu’on appelait Brebis d’or, à cause de leur beauté. Et le Berger qui en avait la garde, n’était point un Dragon, mais un homme ainsi nommé, parce qu’il avait la vigilance et la férocité de cet animal. Varron et Servius ont adopté ces idées. Cette opinion n’a cependant pas eu autant de partisans que celle de ceux qui s’en sont tenus aux termes propres des Poètes. Ceux-ci ont prétendu que les autres avaient été trompés par l’équivoque du terme, qui signifie également Brebis et Pomme, et l’on ne voit pas d’autres raisons qui aient pu leur faire prendre le change. Ceux qui ont regardé ces fruits comme de vrais fruits, n’ont été guère moins embarrassés quand il a fallu en déterminer l’espèce. Des pommes d’or ne croissent pas sur des arbres ; mais on les a, disent-ils, appelées ainsi, parce qu’elles étaient excellences ; ou parce que les arbres qui les portaient, étaient d’un grand rapport ; ou enfin parce que ces fruits avaient une couleur approchante de celle de l’or. Diodore de Sicile (Bibliot. 1. 5. c. 13.), incertain sur le parti qu’il devait prendre, laisse la liberté de penser ce qu’on voudra, et dit que c’étaient des fruits ou des Brebis. Il fabrique une histoire à cet égard absolument contraire à ce qu’en avaient dit les Poètes. M. l’Abbé Massieu (Mém. des Belles-Lettres, T. III p. 31.) regarde cette histoire comme ce qui nous reste de plus solide sur le sujet que nous examinons, quoiqu’il n’y soit fait aucune mention des ordres d’Eurystée, ni de ce qui a précédé l’enlèvement de ces fruits, ni d’aucunes des circonstances de cette expédition. Selon Diodore, le hasard conduisit Hercule sur le rivage de la mer Atlantide, au retour de quelques-unes de ses expéditions. Il y trouva les filles d’Atlas qu’un Pirate avait enlevées par ordre de Busiris ; il tua les corsaires, et ramena les Hespérides chez leur père, qui par reconnaissance fit présent à Hercule des fruits, ou des Brebis que ses filles gardaient ou cultivaient avec un soin extrême. Atlas qui était très versé dans la Science des Astres, voulut aussi initier le Héros dans les principes de l’Astronomie, et lui donna une sphère. Voilà en substance l’histoire que fait Diodore, qui place ce fait dans la partie la plus occidentale de l’Afrique, au lieu que Paléphate le met dans la Carie. Pline le Naturaliste (Liv. 5.) ne sait où le placer ; comme il suit le sentiment de ceux qui admettaient des fruits, il fallait aussi trouver le Jardin où ils croissaient. De son temps, les uns le mettaient à Bérénice, ville de Libye, les autres à Lixe, ville de Mauritanie. Un bras de mer qui serpente autour de cette ville, a donné, dit-il, aux Poètes l’idée de leur Dragon. Les savants tiennent pour ce dernier lieu. Cette différence de sentiments prouve l’incertitude des Historiens à ce sujet. On ne sait quel parti prendre, même après avoir rapproché et confronté leurs témoignages. Paléphate n’admet que deux Hespérides, filles d’Hespérus Milésien ; Diodore dit qu’elles étaient sept filles d’Atlas dans la Mauritanie. Selon quelques-uns Hercule se présenta à main armée pour enlever les pommes d’or. Selon d’autres, il n’y parut que comme libérateur. Il y en a qui prétendent qu’un homme féroce et brutal gardait ces Brebis : si l’on en croit les autres, c’était non un homme, ni un dragon, mais un bras de mer. S’il y avait donc quelque chose d’historique à conclure de tout cela, tout se réduirait au plus à dire qu’il y a eu des soeurs nommées Hespérides, qui cultivaient de beaux fruits, ou qui prenaient soin de belles Brebis, et qu’Hercule en emporta ou en emmena dans la Grèce. Ce peu de chose ne serait même pas sans difficulté ; il s’agirait alors de savoir si le fils d’Alcmene fut jamais en Mauritanie ; s’il vivait du temps d’Atlas, et même si Atlas vivait du temps de Busiris. Chaque article demanderait encore une dissertation, d’où l’on ne conclurait rien de plus certain. En admettant pour un moment que ces pommes d’or furent des fruits, les savants, aussi incertains sur leur espèce que sur le lieu où ils croissaient, ont élevé de grandes contestations entre eux. Budée (Comment, sur Théophr.) prétend que ce sont des coins ; Saumaise et Spanheim, que c’était des oranges, et plusieurs savants, que c’était des citrons. Le premier fonde son opinion sur le terme qui veut dire pommes d’or, nom qui a été souvent donné aux coins. Mais ce nom ne prouve pas plus pour les coins que pour les oranges et les citrons, qui ont aussi la couleur d’or ; et ceux qui sont pour ces derniers fruits, s’appuient de la même preuve ; ils y en ajoutent quelques autres aussi peu solides, c’est pourquoi je ne les rapporterai pas. Et d’ailleurs ces fruits étaient-ils donc si rares, qu’il fallût les confier à la garde d’un Dragon monstrueux ? Il est surprenant que Paléphate, et ceux qui ont adopté son opinion, se soient avisés d’une explication si peu naturelle. L’équivoque du terme ne saurait l’excuser, puisque les brebis ne naissent pas sur les arbres, comme les fruits. Quant à ceux qui prennent ces pommes pour des oranges ou des citrons, ils auraient dû faire attention que les Poètes ne disent pas que c’était des pommes de couleur d’or, mais des pommes d’or, et jusqu’aux arbres mêmes qui les portaient. Arborea frondes, dit Ovid. auro radiante nitentes, Ex auro ramos, ex auro poma ferebant. Métam. 1. 4. Voyons donc ce que les Poètes ont dît de ce Jardin célèbre ; le lieu qu’habitaient les Hespérides était un Jardin où tout ce que la Nature a de beau se trouvait rassemblé. L’or y brillait de toutes parts ; c’était le séjour des délices et des Fées. Celles qui l’habitaient chantaient admirablement bien (Apoll. Argonaut. 1. 4. v. 1396. et suiv.). Elles aimaient à prendre toutes sortes de figures, et à surprendre les spectateurs par des métamorphoses subites. Si nous en croyons le même Poète, les Argonautes rendirent visite aux Hespérides ; ils s’adressèrent à elles en les conjurant de leur montrer quelque source d’eau, parce qu’ils étaient extrêmement pressés par la soif. Mais au lieu de leur répondre, elles se changèrent à l’instant en terre et en poussière : Orphée qui était au fait du prodige n’en fut point déconcerté ; il conjura de nouveau ces filles de l’Océan, et redoubla ses prières. Elles l’écoutèrent favorablement ; mais avant de les exaucer, elles se métamorphosèrent d’abord en herbes, qui croissaient peu à peu de cette terre. Ces plantes s’élevèrent insensiblement, il s’y forma des branches et des feuilles, de manière qu’en un moment Hespera devint Peuplier, Erytheis un Ormeau, Eglé se trouva un Saule. Les autres Argonautes, saisis d’étonnement à ce spectacle, ne savaient que penser ni que faire, lorsque Eglé, sous la forme d’arbre, les rassura, et leur dit, qu’heureusement pour eux un homme intrépide était venu la veille, qui sans respect pour elles avait tué le Dragon gardien des pommes d’or, et s’était sauvé avec ces fruits des Déesses, que cet homme avait le coup d’oeil fier, la physionomie dure, qu’il était couvert d’une peau de Lion, armé d’une massue et d’un arc avec des flèches, dont il s’était servi pour tuer le monstrueux Dragon. Cet homme brûlait aussi de soif, et ne savait où trouver de l’eau. Mais enfin soit par industrie, soit par inspiration, il frappa du pied la terre, et il en jaillit une source abondante, dont il but à longs traits. Les Argonautes s’étant aperçus qu’Eglé pendant son discours avait fait un geste de la main, qui semblait leur indiquer la source d’eau sortie du rocher, ils y coururent, et s’y désaltérèrent, en rendant grâces à Hercule de ce qu’il avait rendu un si grand service à ses compagnons, quoiqu’il ne fût pas avec eux. Après avoir fait des enchanteresses de ces filles d’Atlas, il ne restait plus aux Poètes qu’à en faire des Divinités ; les Anciens n’en avaient peut-être pas eu l’idée, mais Virgile y a suppléé ( Enéid. L. 4.). Il leur a donné un Temple et une Prêtresse, redoutable par l’empire souverain qu’elle exerce sur toute la Nature. C’est elle qui est la gardienne des rameaux sacrés, et qui nourrit le Dragon ; elle commande aux noirs chagrins, elle arrête les fleuves dans leur course, elle fait rétrograder les astres, et oblige les morts à sortir de leurs tombeaux. Tel est le portrait que les Poètes font des Hespérides, et s’ils ne conviennent pas tous soit du nombre de ces Nymphes, soit du lieu où était situé ce célèbre Jardin, au moins s’accordent-ils tous à dire que c’était des pommes d or et non des Brebis ; que le Jardin était gardé par un Dragon, qu’Hercule le tua et enleva ces fruits. Junon, dit-on, apporta pour dot de son mariage avec Jupiter des arbres qui portaient ces pommes d’or. Ce Dieu en fut enchanté ; et comme il les avait infiniment à coeur, il chercha les moyens de les mettre à l’abri des atteintes de ceux à qui ces fruits ferraient envie, il les confia pour cet effet aux soins des Nymphes Hespérides, qui firent enclore de murs le lieu où ces arbres étaient plantés, et placèrent un Dragon pour en garder l’entrée. On n’admet communément que trois Nymphes Hespérides, filles d’Hespérus, frère d’Atlas, et leurs noms étaient Eglé, Aréthuse et Hespéréthuse. Quelques Poètes en ajoutent une quatrième qui est Hespéra ; d’autres une cinquième qui est Erytheis, et d’autres enfin une sixième sous le nom de Vesta, Diodore de Sicile les fait monter jusqu’à sept. Hésiode (Théogon. v. 315.) leur donne la nuit pour mère ; M. l’Abbé Massieu est surpris, et ne saurait, dit-il, deviner pourquoi ce Poète donne une mère si laide à des filles si belles. On en trouvera une bonne raison ci-après. Chèrétcrate les fait filles de Phorcys et de Céro, deux Divinités de la mer. Pour ce qui est du Dragon, Phérécyde le dit fils de Thyphon et d’Echidna, et Pisandre de la terre, ce qui est la même chose dans mon système. Le peu d’accord qu’il y a entre les Auteurs sur la situation du Jardin des Hespérides, prouve en quelque manière qu’il n’a jamais existé. La plupart des Poètes le placent vers le Mont Atlas, sur les côtes Occidentales de l’Afrique. Oceani finem juxtà , solemique cadentem Ultimus Ethyopum locus est, ubi maximus Atlas Axent humero torquet stellis ardentibus aptum. Eneid. 1. 4. Les Historiens les mettent près de Lixe, ville de Mauritanie sur les confins de l’Ethiopie ; quelques-uns à Tingi, avec Pline (L. 5.c. 5.). Mais Hésiode le transporte au- delà de l’Océan, et d’autres, à son exemple, le placent dans les Canaries ou Isles fortunées, sans doute par la raison qui a fait conjecturer à Bochart (Myth. 1. 7. c. 7.) que ces Pommes ou Brebis ne signifiaient que les richesses d’Atlas ; parce que le mot Phénicien Melon, dont les Grecs on fait Malon, signifie également des richesses et des pommes. Ce dernier sentiment approche un peu plus de la vérité que les autres, parce qu’il a un rapport plus immédiat avec le vrai sens de l’allégorie. Mais enfin, puisque les Historiens ne peuvent rien conclure de certain de cette variété d’opinions, ils devraient donc convenir que c’est une fiction. Ils en ont une bonne raison, puisque les Historiens n’en parlent que d’après les Poètes ; et que quand même il se trouverait quelque chose d’historique dans ceux-ci, il est tellement absorbé par ce qui n’est que pure fiction, qu’il est impossible de l’en débrouiller. L’affectation que l’on remarque chez eux à rendre les faits peu vraisemblables, doit naturellement faire penser qu’ils n’ont jamais eu dessein de nous conserver la mémoire de faits réellement historiques. Parmi ceux qui ont regardé cette fable comme une allégorie, Noël le Conte y a vu la plus belle moralité du monde. Il prétend (Chan. 1.I.c.I.) que le Dragon surveillant qui gardait les Pommes d’or est l’image naturelle des avares, hommes durs, et impitoyables, qui ne ferment l’oeil ni jour ni nuit ; et qui, rongés par leur folle passion, ne veulent pas que les autres touchent à un or dont ils ne font aucun usage. Tzetzez, et après lui Vossius (De orig. et progr. Idol. 1.2. p. 384.), trouvent dans cette fable le Soleil, les Astres et tous les corps lumineux du firmament. Les Hespérides sont les dernières heures de la journée. Leur Jardin est le firmament. Les Pommes d’or sont les étoiles. Le Dragon est ou l’horizon, qui excepté sous la ligne, coupe l’équateur à angles obliques ; ou le zodiaque, qui s’étend obliquement d’un tropique à l’autre. Hercule est le soleil, parce que son nom signifie la gloire de l’air. Le Soleil en paraissant sur l’horizon en fait disparaître les étoiles, c’est Hercule qui enlevé les Pommes d’or. Quand on fait tant que d’expliquer une chose, il faut faire en sorte que l’explication convienne à toutes les circonstances. Quelque ingénieuse et quelque brillante qu’elle soit, elle manque de fondement et de solidité, si quelques-unes de ces circonstances ne peuvent y convenir. Voilà précisément le cas où se trouvent les Mythologues et les Historiens par rapport à la fable dont il est ici question, comme on le verra ci-après. On aurait tort de blâmer ceux qui se donnent la peine de chercher les moyens d’expliquer les fables : leur motif est très louable ; les Moralistes travaillent à former les moeurs ; les Historiens à éclaircir quelques points de l’Histoire ancienne. Les uns et les autres concourent à l’utilité publique, on doit donc leur en savoir gré. Quoiqu’on n’aperçoive pas de rapport entre des Pommes d’or qui croissent sur des arbres, et des étoiles placées au firmament, entre Hercule qui tue un Dragon, et le soleil qui parcoure le Zodiaque ; entre ces Pommes portées à Eurysthée, et les Astres qui restent au Ciel, Tzeczez n’est pas plus blâmable que ceux qui coupent et tranchent cette fable en morceaux pour n’en prendre que ceux qui peuvent convenir à leur système. Si c’est un préjugé défavorable contre la vérité de leurs explications, l’attention que j’aurai de ne pas laisser une seule circonstance de cette fable sans être expliquée, doit faire pencher la balance du côté de mon système. Entrons en matière. Thémis avait prédit à Atlas qu’un fils de Jupiter enlèverait un jour ces pommes (Ovid. Métam. 1. 4.) : cette entreprise fut tentée par plusieurs, mais il était réservé à Hercule d’y réussir. Ne sachant où était situé ce Jardin, il prit le parti d’aller consulter quatre Nymphes de Jupiter et de Thémis, qui faisaient leur séjour dans un antre. Elles l’adressèrent à Nérée ; celui ci le renvoya à Prométhée, qui, selon quelques Auteurs, lui dit d’envoyer Atlas chercher ces fruits, et de se charger de soutenir le Ciel sur ses épaules jusqu’à son retour, mais suivant d’autres Hercule ayant pris conseil de Prométhée, fut droit au Jardin, tua le Dragon, s’empara des pommes, et les porta à Eurysthée, suivant l’ordre qu’il en avoir reçu. Il s’agit donc de découvrir le noyau caché sous cette enveloppe, de ne pas prendre les termes à la lettre, et de ne pas confondre ces Pommes du Jardin des Hespérides avec celles dont parle Virgile dans ses Eglogues : Aurea mala decem misi, cras altéra mittam. Les Pommes dont il est ici question croissent sur les arbres que Junon apporta pour sa dot, lorsqu’elle se maria avec Jupiter. Ce sont des fruits d’or, et qui produisent des semences d’or, des arbres dont les feuilles et les branches sont de ce même métal ; les mêmes rameaux dont Virgile fait mention dans le sixième livre de son Enéide, en ces termes : Accipe quae per agenda prius latet arbore opacâ, Aureus et soliis, et lento vimineramus, Junon iinferne dictus sacer, .............primo avulso, non deficit aller Aureus, et simili frondescit virga, métallo. Nous avons vu ci-devant qu’Ovide en dit autant des Pommiers du Jardin des Hespérides. Il est donc inutile de recourir à des citrons, à des oranges, à des coins, à des brebis, pour avoir une explication simple et naturelle de cette fable, qui, comme beaucoup d’autres, fut imitée des Fables Egyptiennes. Pour montrer le faux de l’histoire que Diodore a fabriquée, il suffit sur cela de dire que Busiris étant contemporain d’Osiris, il n’est pas possible, qu’il le fût aussi de l’Hercule Grec, auquel on attribue cette expédition, puisque celui-ci ne vint au monde que bien des siècles après Bursiris. On répondra sans doute que ce Tyran, tué par Hercule, était différent de celui qui voulut faire enlever les filles d’Atlas ; mais il y a grande apparence que Diodore, et nos modernes après lui, ayant transporté Atlas (M. l’Abbe Banier, Myth. t. II. p. III.) de la Phénicie ou des pays voisins sur les côtes occidentales de l’Afrique, il ne leur était pas plus difficile d’en faire venir Busiris, et de l’établir Roi d’Espagne. Diodore est le premier des Anciens qui en fasse mention. Mais enfin le Mont Atlas, célèbre dans ce temps-là, comme il l’est encore, produit bien des espèces de minéraux, et abonde en terre matière, de laquelle se forme l’or. Il n’est donc pas surprenant qu’on y ait placé le Jardin des Hespérides. La même raison a fait dire que Mercure était fils de Maïa, l’une des filles d’Atlas : car le mercure des Philosophes se compose de cette matière primitive de l’or. Il fut pour cela surnommé Atlantiade. Le Sommet du Mont Atlas est presque toujours couvert de nuages, de manière que ne pouvant être aperçu, il semble que la cime s’élève jusqu’au Ciel ; en fallait-il davantage pour le personnifier, et feindre qu’il portait le Ciel sur ses épaules ? Ajoutez à cela que l’Egypte et l’Afrique jouissent d’un Ciel serein, et qu’il n’est point dans le monde de lieu plus propre à l’observation des Astres, particulièrement le Mont Atlas, à cause de la grande élévation. Il n’est donc pas nécessaire d’en faire un Astronome, inventeur de la sphère ; et l’on feint avec encore moins de vraisemblance qu’il fut Roi de Mauritanie, métamorphosé en cette montagne à l’aspect de la tête de Méduse que Persée lui présenta. Je donnerai la raison de cette fiction quand je parlerai de Persée. Plusieurs Auteurs ont confondu les Pléiades avec les Hespérides, et les ont toutes regardées comme filles d’Atlas ; mais les premières au nombres de sept, dont les noms étaient Maïa, mère de Mercure, Electere, mère de Dardanus, Taygete, Astérope, Mérope, Alcyone et Céléno, sont proprement filles d’Atlas, et les Hespérides filles d’Hespérus. Je trouve dans cette généalogie une nouvelle preuve qui montre bien clairement que cette histoire prétendue des Hespérides n’est qu’une fiction. Tous les Mythologues conviennent qu’Electre fut mère de Dardanus, fondateur de Dardante, et premier Roi des Troyens. Atlas était donc aïeul de Dardanus. Ce qui s’accorderait presque avec le calcul de Théophile d’Antioche (Liv. 3. adv. Ant.), au rapport de Tallus, qui dit positivement que Chronos ou Saturne, frère d’Atlas, vivait 321 ans avant la prise de Troye. Si l’on ne veut pas accorder que cette Electre fut la même qu’Electre fille d’Atlas, parce que la mère de Dardanus est dite Nymphe, fille d’Océan et de Thétis, on conviendra du moins que la fille d’Atlas était nièce de Saturne (Diod. de Sicile.). M. l’Abbé Banier assure (T. II p. III.) qu’il croit devoir s’en tenir au témoignage de Diodore à cet égard. Ce savant Mythologue reconnaît néanmoins qu’Electre, mère de Dardanus, était fille d’Atlas ; et dit (Ibid. p. 15.) que le Jupiter qui eut affaire avec elle, devait vivre environ 150 ans avant la guerre de Troye. Ainsi quand nous abandonnerions Théophile d’Antioche pour suivre le calcul de Diodore, ou même celui de M. l’Abbé Banier, il ne serait pas possible qu’Hercule, fils d’Alcmene, eût été l’Auteur de l’enlèvement des Pommes d’or du Jardin des Hespérides, puisque, suivant ce Mythologue, le Jupiter, père d’Alcide, quel qu’il soit, vivait 60 ou 80 ans seulement avant la prise de Troye (Ibid.). Il est vrai que cet Auteur est sujet à tomber en contradiction avec lui-même, et que l’on ne doit pas beaucoup compter sur ce qu’il assure même positivement ; car si on veut l’en croire sur l’article d’Hercule, ce Héros n’est mort qu’environ 30 ans avant la prise de cette ville, et n’ayant vécu que 52 ans, pourrait-il avoir vu Atlas et les Hespérides ? Mais passons une discussion qui nous mènerait trop loin : nous ne finirions pas si nous voulions comparer toutes les époques qu’il détermine. Le Mont Atlas comprend presque toutes les montagnes qui règnent le long de la côte occidentale de l’Afrique, comme on nomme en général le Mont Taurus, les Alpes, le Mont d’Or, les Pyrénées, etc. une chaîne de montagnes, et non une montagne seule ; les petits monts qui se trouvent adjacents aux Mont Atlas et Hespérus, semblent naître de ceux-ci, ce qui peut avoir donné lieu de les regarder comme leurs enfants ; c’est pourquoi on les appelle Atlantides. Mais Maïer s’est trompé, lorsqu’il a dit (Arcana arcaniss. 1.2.), en expliquant cette fable, qu’on appelait ces montagnes Hespérides, et qu’on les disait gardiennes des Pommes d’or, parce que la matière propre à former ce métal se trouve sur ces petites montagnes. Il ne serait pas tombé dans cette erreur, s’il eut fait attention que le Mercure des Philosophes, fils de Maïa, l’une d’entre elles, ne naît point sur ces montagnes, mais dans le vase de l’Art Sacerdotal ou Hermétique. Les trois noms des Hespérides ne leur ont été donnés, que parce qu’ils signifient les trois principales choses qui affectent la matière de l’oeuvre avant qu’elle soit proprement l’or Philosophique. Hespéra est fille d’Hespérus, ou de la fin du jour, par conséquent la nuit ou la noirceur. Hespéréthuse ou Hesperthuse, a pris ce nom de la matière qui se volatilise pendant et après cette noirceur, de diei finis, et de impetu feror. Eglé signifie la blancheur qui succède à la noirceur, de splendor, fulgor, parce que la matière étant parvenue au blanc, est brillante, et a beaucoup d’éclat. On voit par-là pourquoi Hésiode dit que la nuit fut mère des Hespérides ; mais M. l’Abbé Massieu n’avait garde d’en deviner la raison, puisqu’il ne savait sans doute que le nom de l’Art Hermétique, et nullement ce qui se passe dans ses opérations. En accusant Maïer de chimère, il annonce à tout le monde son ignorance dans cet Art, et prouve, en jugeant ainsi sans connaissance de cause, qu’il se laissait conduire par le préjugé. Apollonius de Rhodes n’a confédéré dans les noms qu’il donne aux Hespérides, que les trois couleurs principales de l’oeuvre, la noire sous le nom d’Hespéra, la blanche sous celui d’Eglé, et la rouge sous celui d’Erytheis, qui vient de rubor. Il semble même avoir voulu l’indiquer plus particulièrement par les métamorphoses qu’il rapporte d’elles. De Nymphes qu’elles étaient, elles se changèrent en terre et en poussière à l’abord des Argonautes. Hermès (Table d’Emeraude.) dit que la force ou puissance de la matière de l’oeuvre est entière, si elle est convertie en terre. Tous les Philosophes Hermétiques assurent qu’on ne réussira jamais si l’on ne change l’eau en terre. Apollonius fait mention d’une seconde métamorphose. De cette terre pullulèrent, dit-il, trois plantes, et chaque Hespérides se trouva insensiblement changée eu un arbre qui convenait à sa nature. Ces arbres croissent plus volontiers dans les lieux humides, le peuplier, le saule et l’ormeau. Le premier ou peuplier noir est celui dont Hespéra prit la figure, parce qu’elle indique la couleur noire. L’Auteur de la fable de la descente d’Hercule aux enfers, a feint aussi que ce Héros y trouva, un peuplier, dont les feuilles étaient noires d’un côté, et blanches de l’autre, afin de faire entendre que la couleur blanche succède à la noire ; Apollonius a désigné cette blancheur par Eglé changée en saule, parce que les feuilles de cet arbre sont lanugineuses et blanchâtres. Erytheis ou la couleur rouge de la pierre des Philosophes ne pouvait être guère mieux indiquée que par l’orme, donc le bois est jaune quand il est vert, et prend insensiblement une couleur rougeâtre à mesure qu’il sèche. C’est ce qui arrive dans les opérations rie l’oeuvre, où le citrin succède au blanc, et le rouge au citrin, suivant le témoignage d’Hermès. Ceux enfin qui ont mis une Vesta au nombre des Hespérides, ont eu égard à la propriété ignée de l’eau mercurielle des Philosophes, qui leur a fait dire, nous lavons avec le feu, et nous brûlons avec l’eau. « Notre feu humide, dit Riplée (12 Port.), ou le feu permanent de notre eau, brûle avec plus d’activité et de force que le feu ordinaire, puisqu’il dissout et calcine l’or ; ce que le feu commun ne saurait faire. » Les Pléiades, filles d’Atlas, annoncent le temps pluvieux dans le cours ordinaire des saisons, et les Pléiades Philosophiques sont en effet les vapeurs qui s’élèvent de la matière, se condensent au haut du vase, et retombent en pluie, que les Philosophes appellent rosée de Mai ou du Printemps, parce qu’elle se manifeste après la putréfaction et la dissolution de la matière, qu’ils appellent leur Hiver. Une de ces Pléiades, Electre, femme de Dardanus, se cacha au temps de la prise de Troye, et ne parut plus, dit la Fable ; non qu’en effet une de ces Pléiades célestes ait disparu un peu avant le siège de Troye, qui n’eut jamais lieu ; mais parce qu’une partie de cette pluie, ou rosée Philosophique se change en terre, c’est disparaître que de ne plus se montrer sous une forme connue. Cette terre est l’origine de la ville de Troye. Lorsqu’elle était encore sous la forme d’eau, elle était mère de Dardanus, fondateur de l’empire Troyen. Le temps même où l’eau se change en terre, est le temps du siège ; nous expliquerons tout cela plus au long dans le sixième Livre. Mais l’on observera que cette terre est désignée par le nom même d’Electre, puisque les Philosophes l’appellent leur Soleil, lorsqu’elle est devenue fixe. Plusieurs Auteurs Hermétiques, entre autres Albert le Grand et Paracelse, donnent le nom d’Electre à la matière de l’Art. L’entrée du Jardin des Philosophes est gardée par le Dragon des Hespérides, dit d’Espagnet (Can. 52.) Ce qu’il y a de remarquable, c’est que ce Dragon était fils de Typhon et d’Echidna, par conséquent frère de celui qui gardait la Toison d’or ; frère de celui qui dévora les compagnons de Cadmus ; de celui qui était auprès des boeufs de Geryon, du Cerbère, du Sphinx, de la Chimère, et de tant d’autres monstres dont nous parlerons dans leurs lieux. Tous ces événements se sont cependant passés en des pays bien différents, et en des temps bien éloignés les uns des autres. Comment les inventeurs de ces fictions se seraient-ils si bien accordés, et auraient-ils feint précisément la même chose dans des circonstances semblables, s’il n’avait eu le même objet en vue ? Cette raison seule aurait dû faire faire quelques réflexions aux Mythologues, et les déterminer à s’accorder aussi dans leurs explications. Mais quand ils auraient voulu le faire, auraient-ils pu réussir ? Les sentiments différents entre lesquels ils se sont partagés ne le leur permettaient pas. Ils sont trop divisés entre eux pour pouvoir s’accorder ; ils se combattent les uns et les autres ; aussi leurs opinions ne sauraient-elles se soutenir ; tout Etat divisé tend à sa ruine. Pour savoir la nature de ces monstres, il eût fallu connaître celle de leur père commun. En considérant Typhon comme un Prince d’Egypte, il n’était pas possible qu’on pût le regarder comme père de ces monstres, quelque explication que l’on put imaginer. Ils ont donc été contraints d’avouer que tout cela n’était que fictions. Il suffisait de lire la Théogonie d’Hésiode pour en être convaincu. La généalogie qu’il fait de Typhon, d’Echidna et de leurs enfants, n’est susceptible d’aucune explication historique, même un peu vraisemblable.
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