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Livre du langage analogique d’Hermès : Les Fables Égyptiennes et Grecques par Dom Antoine-Joseph Pernety
Livre d’Alchimie et d’ésotérisme les fables Égyptiennes et Grecques par Dom Antoine-Joseph Pernety. Chapitre III : Histoire d’Atalante. La fable d’Atalante est tellement liée avec celle du Jardin des Hespérides, qu’elle en dépend absolument, puisque Vénus y prit les Pommes qu’elle donna à Hyppomene ; Ovide avait sans doute appris de quelque ancien Poète, que Vénus avait cueilli ces pommes dans le champ Danuséen de l’Isle de Chypre (Méram. 1.10. Fab. II.). L’inventeur de cette circonstance a fait allusion, à l’effet de ces pommes, puisque le nom du champ où l’on suppose qu’elles croissent, signifie, vaincre, dompter, de subigo, domo, qualité qu’ont les Pommes d’or du Jardin Philosophique ; ce qui est pris de la nature même de la chose, comme nous le verrons ci-après. On a varié sur les parents de cette Héroïne, les uns la disant avec Apollodore fille de Jasus, et les autres filles de Schaenée, Roi d’Arcadie. Quelques Auteurs ont même supposé une autre Atalante, fille de Métalion, qu’ils disent avoir été si légère à la course, qu’aucun homme, quelque vigoureux qu’il fût, ne pouvait l’atteindre. M. l’Abbé Banier semble la distinguer de celle qui assista à la chasse du Sanglier de Calydon, mais les Poètes la font communément fille de Schaenée, Roi de Schytre. Elle était vierge, et d’une beauté surprenante. Elle avait résolu de conserver sa virginité (Ovid. Loc. cit.), parce qu’ayant consulté l’Oracle pour savoir si elle devait se marier, il lui répondit qu’elle ne devait pas se lier avec un époux, mais qu’elle ne pourrait cependant l’éviter. Sa beauté lui attira beaucoup d’amans ; mais elles les éloignait tous par les conditions dures qu’elle imposait à ceux qui prétendaient à l’épouser. Elle leur proposait de disputer avec elle à la course, à condition qu’ils courraient sans armes ; qu’elle les suivrait avec un javelot, et que ceux qu’elle pourrait atteindre avant d’être arrives au but, elles les percerait de cette arme ; mais que le premier qui y arriverait avant elle, serait son époux. Plusieurs le tentèrent, et y périrent. Hyppomene, arrière-petit-fils du Dieu des Eaux (Ibid.), frappé lui-même de la valeur connue, de la beauté d’Atalante, ne fut point rebuté par le malheur des autres poursuivants de cette valeureuse fille. Il invoqua Vénus, et en obtint trois pommes d’or. Muni de ce secours, il se présenta pour courir avec Atalante aux mêmes conditions que les autres. Comme l’amant, suivant la convention, passait devant, Hyppomene en courant laissa tomber adroitement ces trois pommes à quelque distance l’une de l’autre, et Atalante s’étant amusée à les ramasser, il eut toujours l’avance, et arriva le premier au but. Ce stratagème l’ayant ainsi rendu vainqueur, il épousa cette Princesse. Comme elle aimait beaucoup la chasse, elle prenait souvent cet exercice. Un jour qu’elle s’y était beaucoup fatiguée, elle se sentit atteinte d’une soif violente auprès d’un Temple d’Esculape. Elle frappa un rocher, dit la fable, et en fit saillir une source d’eau fraîche, dont elle se désaltéra. Mais ayant dans la suite profané avec Hyppomene un Temple de Cybele, il fut changé en Lion, et Atalante en Lionne. Quelque envie que l’on puisse avoir de regarder cette fiction comme une histoire véritable, toutes les circonstances ont un air si fabuleux, que M. l’Abbé Banier lui-même s’est contenté de rapporter ce qu’en disent divers Auteurs, sans en faire aucune application. Ceux qui trouvent dans toutes les fables des règles pour les moeurs, réussissent-ils mieux en disant que celle-ci est le portrait de l’avarice et de la volupté ? que cette vitesse à la course indique l’inconstance qui ne peut être fixée que par l’appât de l’or ? et que leur métamorphose en animaux, fait voir l’abrutissement de ceux qui se livrent sans modération à la volupté ? Quelque peu vraisemblables que soient ces explications, combien d’autres circonstances trouve-t-on dans cette fiction qui les démentent, et qui ne sauraient s’y ajuster ? Mais il n’en est aucune qui devienne difficulté dans mon système. Atalante a Schaence pour père, ou une plante qui croît dans les marais, de juncus ; elle était vierge et d’une beauté surprenante, si légère à la courte, qu’elle parut à Hyppomene courir aussi vite que vole une flèche ou un oiseau ; . . . . . . . Dum talia secum Exigit Hyppomenes, passu volat alite virgo. Quae quanquàm Scylthica non, segnius ire fagitta, Aonio visa est juvenis. Ovid. loc. cit. L’eau mercurielle des Philosophes a toutes ces qualités ; c est une vierge ailée, extrêmement belle (Espagnet. Can. 58.), née de l’eau marécageuse de la mer, ou du lac Philosophique. Elle a des joues vermeilles, et se trouve issue de sang royal, telle qu’Ovide, dans l’endroit cité, nous représente Atalante : Inque puellari corpus candore, ruborem Traxerat. Rien de plus volatil que cette eau mercurielle ; il n’est donc pas surprenant qu’elle surpasse tous ses Amans à la course. Les Philosophes lui donnent même souvent les noms de flèches et d’oiseaux. C’était avec de telles flèches qu’Apollon tua le Serpent Python ; Diane les employait à la chasse, et Hercule dans les combats qu’il avait à soutenir contre certains monstres ; la même raison a fait supposer qu’Atalante tuait avec un javelot, et non avec une pique, ceux qui couraient devant elle, Hyppomene fut le seul qui la vainquît, non seulement parce qu’il était descendu du Dieu des Eaux, par conséquent de même race qu’Atalante, mais avec le secours des pommes d’or du Jardin des Hespérides, qui ne sont autre chose que l’or ou la matière des Philosophes fixée et fixative. Cet or est seul capable de fixer le mercure des Sages en le coagulant, et le changeant en terre. Atalante court ; Hyppomene court à cause d’elle, parce que c’est une condition sans laquelle il ne pouvait l’épouser. En effet, il est absolument requis dans l’oeuvre que le fixe soit premièrement volatilisé, avant de fixer le volatil ; et l’union des deux ne peut par conséquent se faire avant cette succession d’opérations ; c’est pourquoi l’on a feint qu’Hyppomene avait laissé tomber ses pommes de distance en distance. Atalante enfin devenue amoureuse de son vainqueur, l’épouse, et ils vivent ensemble en bonne intelligence ; ils sont même inséparables, mais ils s’adonnent encore à la chasse ; c’est-à-dire, qu’après que la partie volatile est réunie avec la fixe, le mariage est fait ; ce fameux mariage dont les Philosophes parlent dans tous leurs Traités (D’Espagnet. Can. 58. Morien, entretien du Roi Calid. 2. partie. Flamel. Désir désiré. L’Auteur anonyme du Traité, Consilium conjugii massoe Solis et Lunae ; Thesaurus Philosophiae et tant d’autres.) . Mais comme la matière n’est pas alors absolument fixe, on suppose Atalante et Hyppomene encore adonnés à la chasse. La soif donc Atalante est atteinte, est la même que celle dont brûlaient Hercule et les Argonautes auprès du Jardin des Hespérides ; et ce prétendu Temple d’Esculape n’en diffère tout au plus que de nom. Hercule dans le même cas fit sortir, comme Atalante, une source d’eau vive d’un rocher, mais à la manière des Philosophes, donc la pierre se change en eau. Car, comme dit Synesius (Sur l’oeuvre des Philosophes.), tout notre art consiste à savoir tirer l’eau de la pierre ou de noire terre, et à remettre cette eau sur sa terre. Riplée s’explique à peu près dans les mêmes termes : « Notre art produit l’eau de la terre, et l’huile du rocher le plus dur. » « Si vous ne changez notre pierre en eau, dit Hermès (Sept Chap.), et notre eau en pierre, vous ne réussirez, pas. » Voilà la fontaine du Trévisan, et l’eau vive des Sages. Synesius que nous venons de citer, avait reconnu dans l’oeuvre une Atalante et un Hyppomene, lorsqu’il dit (Loc. cit.) : « Cependant, s’ils pensaient m’entendre sans connaître la nature des éléments et des choses créées, et sans avoir une notion parfaite de notre riche métal, ils se tromperaient, et travailleraient inutilement. Mais, s’ils connaissent les natures qui fuient, et celles qui suivent, ils pourront, par la grâce de Dieu, parvenir où tendent leurs désirs. » Michel Maïer a fait un traité d’emblèmes Hermétiques, qu’il a intitulé en conséquence Atalanta fugiens, etc. Ceux d’entre les Anciens qui ont dit Hyppomene était fils de Mars, ne sont point contraires dans le fond à ceux qui le disent descendu de Neptune, puisque le Mars Philosophique se forme de la terre provenue de l’eau des Sages, qu’ils appellent aussi leur mer. Cette matière fixe est proprement le Dieu des Eaux ; d’elle est composée l’Isle de Délos, que Neptune, dit-on, fixa pour favoriser la retraite et l’accouchement de Latone, qui y mit au monde Apollon et Diane ; c’est-à-dire la pierre au blanc et la pierre au rouge, qui sont la Lune et le Soleil des Philosophes, et qui ne différent point Atalante changée en Lionne, et d’Hyppomene métamorphosé en Lion. Ils sont l’un et l’autre d’une nature ignée, et d’une force à dévorer les métaux imparfaits représentés par les animaux plus faibles qu’eux, et à les transformer en leur propre substance, comme fait la poudre de projection au blanc et au rouge, qui transmue ces bas métaux en argent ou en or, suivant sa qualité. Le Temple de Cybele où se fit la profanation qui occasionna la métamorphose, est le vase Philosophique, dans lequel est la terre des Sages, mère des Dieux Chylmiques. Quoique Appollodore ait suivi une tradition un peu différente de celle que nous venons de rapporter, le fond en est le même, et s’explique aussi facilement. Suivant cet Auteur, elle fut exposée dès sa naissance dans un lieu désert, trouvée et élevée par des chasseurs ; ce qui lui fit prendre beaucoup de goût pour la chasse. Elle se trouva à celle du monstrueux Sanglier de Calydon, et ensuite aux combats et aux jeux institués en l’honneur de Pélias, où elle lutta contre Pelée, et remporta le prix. Elle trouva depuis ses parents, qui la pressant de se marier, elle consentit d’épouser celui qui pourrait la vaincre à la course, ainsi qu’on l’a dit. Le désert où Atalante est exposée, est le lieu même où se trouve la matière des Philosophes, fille de la Lune, suivant Hermès (Tab. Smarag.) : In depopulatis terris invenitur, Sol est ejus pater, et mater Luna, comme Atalante avait Ménalion pour mère, qui semble venir de Luna. et de seges. Les chasseurs qui la trouvèrent, sont les Artistes auxquels Raymond Lulle (Theorica Testam. C. 18.) donne le nom de Chasseurs dans cette circonstance même. Cùm venatus fueris eam ( materiam ) à terra noli ponere in ea aquam, aut puverem, aut aliam quamcumque rem . L’Artiste en prend soin, il la met dans le vase, et lui donne le goût de la chasse, c’est-à-dire, la dispose à la volatilisation ; quand elle fut en âge de soutenir la fatigue, et qu’elle fut exercée, elle assista à la chasse du Sanglier de Calydon, c’est-à-dire, au combat qui se donne entre le volatil et le fixe, où le premier agit sur le second, et le surmonte comme Atalante blessa le premier d’une flèche le fier animal, et fut cause de sa prise, c’est pourquoi on lui en adjugea la hure et la peau. A ce combat succède la dissolution et la noirceur, représentées par les combats institués en l’honneur de Pélias, comme nous le verrons dans le quatrième Livre. Enfin après y avoir remporté le prix contre Pelée, elle retrouva ses parents ; c’est-à-dire, qu’après que la couleur noire a disparu, la matière commence à se fixer, et à devenir Lune et Soleil des Philosophes, qui sont les père et mère de leur matière. Le reste a été expliqué ci-devant. Ce que je viens de dire de la guerre de Calydon semblerait exiger que j’entrasse dans un plus grand détail à ce Sujet ; mais cette fable n’étant pas de la nature de celles que je me suis proposé d’expliquer dans ce second Livre, à cause de leur rapport plus apparent avec l’Art Hermétique, je n’en ferai pas une mention plus étendue. CHAPITRE IV. La Biche aux cornes d’or. L’histoire de la prise de la Biche aux cornes d’or et aux pieds d’airain, est si manifestement une fable, qu’aucun Mythologue, je pense, ne se mettra en tête de la traiter autrement. M. l’Abbé Banier (T. III. p. 276.) a bien senti lui-même que des cornes, et qui plus est des cornes d’or données a une Biche, qui n’en porte d’aucune espèce, formaient une circonstance qui rend l’histoire au moins allégorique, et que les pieds d’airain devaient faire allusion à quelque chose ; mais il a rapporté simplement le fait des cornes sans y donner aucune explication, quelque envie qu’il eût de donner cette fiction pour une histoire véritable. Il aurait bien fait de se taire aussi sur les pieds d’airain. « Hercule, dit-il, ayant poursuivi pendant un an une Biche qu’Eurysthée lui avait ordonné de lui amener en vie, on publia dans la suite qu’elle avait les pieds d’airain ; expression figurée, qui marquait la vitesse avec laquelle elle courait. » Le Lecteur pensera-t-il avec ce Mythologue que des pieds d’airain soient très propres à donner de la légèreté à un animal et à augmenter sa vitesse ? Pour moi, si je voulais expliquer cette fable dans le système de ce savant, j’aurais supposé, au contraire, que l’Auteur de cette fiction avait feint ces pieds d’airain pour rendre le fait plus croyable ; non pas quant aux pieds d’airain en eux-mêmes, mais pour donner à entendre figurativement, que cette Biche était d’une nature beaucoup plus pesante que les Biches ne le sont communément ; par conséquent bien moins légère à la course, et plus facile à être prise par un homme qui la poursuivait. Mais cette difficulté levée, il reste encore celle des cornes d’or, celle de la poursuite d’une année entière ; celle de ne pouvoir être tuée par aucune arme, ni prise à la course par aucun homme qu’un Héros tel qu’Hercule, enfin toutes les autres circonstances de cette fiction. Une histoire de cette espèce deviendrait un conte puéril, et un fait très peu digne d’être mis au nombre des travaux d’un si grand Héros, s’il ne renfermait quelques mystères. Cette Biche était, dit-on, consacrée à Diane. Elle habitait le mont Ménale, il n’était pas permis de la chasser aux chiens, ni à l’arc ; il fallait la prendre à la course, en vie, et sans perte de son sang. Eurystée commanda à Hercule de la lui amener. Hercule la poursuivit sans relâche un an entier, et l’attrapa enfin dans la forêt d’Artémise, consacrée à Diane, lorsque cet animal était sur le point de traverser le fleuve Ladon. La Biche est un animal des plus vîtes à la course, et aucun homme ne pourrait se flatter de l’atteindre. Mais celle-ci avait des cornes d’or et des pieds d’airain ; elle en était moins leste, et par conséquent plus aisée à prendre ; et malgré cela il fallait un Hercule. Dans toute autre circonstance, celui qui se serait avisé de prendre une Biche consacrée à Diane, dans les bois de cette Déesse, etc. aurait infailliblement encouru l’indignation de la soeur d’Apollon, extrêmement jalouse de ce qui lui appartenait, et punissant sévèrement ceux qui lui manquaient. Mais dans celle-ci Diane semble avoir agi de concert avec Alcide, quoiqu’elle parût faire pour fournir matière aux travaux de ce Héros. Le Lion Néméen, le Sanglier d’Erymante en sont des preuves. Hercule qui lançait des flèches contre le Soleil même, aurait-il à craindre le courroux de Diane ? mais quelque téméraire qu’il eût pu être, lui qui était dans le monde pour le purger des monstres et des malfaiteurs qui l’infestaient, auraient-ils osé s’en prendre aux Dieux, s’il avait regardé ces Dieux comme réels, et s’il n’avait su qu’ils étaient de nature à pouvoir être attaqués impunément par des hommes ? Il brave Neptune, Pluton, Vulcain, Junon. Tous cherchent à lui nuire, à lui donner de l’embarras, et il s’en tire. Mais tels sont les Dieux fabriqués par l’Art Hermétique, ils donnent de la peine à l’Artiste ; mais celui-ci les poursuit tout à coup de flèches ou de massue, et vient à bout d’en faire ce qu’il se propose. Dans la poursuite qu’il fait de cette Biche, il n’emploie pas de telles armes ; mais l’or même dont les cornes de cet animal sont faites, et ses pieds d’airain favorisent son entreprise. C’est en effet ce qu’il faut dans l’Art chymique, où la partie volatile, figurée par la course légère de la Biche, est volaille au point, qu’il ne faut rien moins qu’une matière fixe comme l’or pour la fixer. L’Auteur du Rosaire a employé figurativement des expressions qui signifient la même chose, lorsqu’il a dit : « L’argent-vif volatil ne sert de rien, s’il n’est mortifié avec son corps, ce corps est de la nature du Soleil. » « Deux animaux sont dans notre forêt, dit un ancien Philosophe Allemand (Rythmi German.) , l’un vif, léger, alerte, beau, grand et robuste ; c’est un Cerf ; l’autre est la Licorne. » Basile Valentin, dans une allégorie sur le Magistère des sages, s’exprime ainsi : « Un âne ayant été enterré, s’est corrompu et putréfié ; il en est venu un cerf ayant des cornes d’or et des pieds d’airain beaux et blancs ; parce que la chose dont la tête est rouge, les yeux noirs et les pieds blancs, constitue le Magistère. » Les Philosophes parlent souvent du laton ou leton qu’il faut blanchir. Ce laton ou la matière parvenue au noir par la putréfaction, est la base de l’oeuvre. Blanchissez le laton, et déchirez vos livres, dit Morien ; l’azoth et le laton vous suffisent. On a donc feint avec raison que cette Biche avait des pieds d’airain. De cet airain étaient ces vases antiques que quelques Héros de la fable offrirent à Minerve ; le Trépied dont les Argonautes firent présent à Apollon ; l’instrument au bruit duquel Hercule chassa les oiseaux du lac Stymphale ; la tour dans laquelle Danae fut renfermée, etc. Tout dans cette fable a un rapport immédiat avec Diane. La Biche lui est consacrée ; elle habite sur le mont Ménale, ou pierre de la Lune, de luna, et de lapis ; elle fut prise dans la forêt Artémise qui signifie aussi Diane. La Lune et Diane ne sont qu’une même chose, et les Philosophes appellent Lune la partie volatile ou mercurielle de leur matière. Lunam Philosophorum sive eorum mercurium, qui mercurium vulgarem dixerit, aut sciens fallit, aut ipse slitur (D’Espagn. Can. 44.). Ils nomment aussi Diane leur matière parvenue au blanc : Viderunt ïllam sine veste Dianam hisce elapsis annis (sciens loquor) multi et supremoe et infinoe sortis homines, dit le Cosmopolite dans la Préface de ses douze Traités. C’est alors que la Biche se laisse prendre, c’est-à-dire, la matière de volatile qu’elle était devient fixe. Le fleuve Ladon fut le terme de sa course, parce qu’après la circulation longue elle se précipite au fond du vase dans l’eau mercurielle, où le volatil et le fixe se réunissent. Cette fixité est désignée par le présent qu’Hercule en fait à Eurysthée ; car Eurysthée vient de latus, amplus, et de sto, maneo. Comme on a fait firmiter stans, ou potens, de latus, et de robur. C’est donc comme si l’on disait que l’Artiste, après avoir travaillé à fixer la matière lunaire pendant le temps requis, qui est celui d’un an, il réussit à en faire leur Diane, ou à parvenir au blanc, et lui donne ensuite le dernier degré de fixité signifié par Eurystée. Ce terme d’un an ne doit pas s’entendre d’une année commune, mais d’une année Philosophique, dont les saisons ne sont pas non plus les saisons vulgaires. J’ai ’ expliqué ce que c’était dans le Traité Hermétique qui se trouve au commencement de cet Ouvrage, et dans le Dictionnaire qui lui sert de Table. Cette poursuite d’un an aurait dû faire soupçonner quelque mystère caché sous cette fiction. Mais les Mythologues n’étant pas au fait de ce mystère, n’ont pu y voir que du fabuleux. Chaque chose a un temps fixe et déterminé pour parvenir à sa perfection. La Nature agit toujours longuement, et quoique l’Art puisse abréger les opérations, il ne réussirait pas s’il en précipitait trop les procédés. Au moyen d’une chaleur douce, mais plus vive que celle de la Nature, on peut prématurer une fleur ou un fruit ; mais une chaleur trop violente brûlerait la plante, avant qu’elle eût pu produire ce qu’on en attendait. Il faut plus de patience et de temps dans l’Artiste, que de travail et de dépense, dit d’Espagnet (Can. 35.). Riplée nous assure d’ailleurs (12. Portes.), et beaucoup d’autres, qu’il faut un an pour parvenir à la perfection de la pierre au blanc, ou la Diane des Philosophes, que cet Auteur appelle chaux. « il nous faut, dit-il, un an, pour que notre chaux devienne fusible, fixe, et prenne une couleur permanente. » Zacharie et le plus grand nombre des Philosophes disent qu’il faut 90 jours, et autant de nuits pour pousser l’oeuvre au rouge après le vrai blanc, et 275 jours pour parvenir à ce blanc ; ce qui fait un an entier, auquel Trévisan ajoute sept jours. Quelques Mythologues ont fait de cette fable une application assez extraordinaire. Hercule, disent-ils, figure le Soleil, qui fait son cours tous les ans. Mais quand il faut dire qu’elle est cette Biche que le Soleil poursuit, ils restent en chemin, tant il est vrai que toute explication fausse cloche toujours par quelque endroit. CHAPITRE V. Midas. Quoique la fable de Midas ne renferme pas une seule circonstance qu’on puisse avec fondement regarder comme historique, M. l’Abbé Banier prétend que tout en est vrai (Mythol. T. II. p. 596.). « C’est ainsi, dit ce Mythologue , que les Grecs se plaisaient à travestir l’histoire en fables ingénieuses. Je dis l’histoire, car c’en est une véritable. » Les Auteurs de cette fiction ne pourraient-ils pas dire de M. l’Abbé Banier avec plus de raison : C’est ainsi que ce savant travestit en histoire ce qui ne fut jamais qu’un fruit de notre imagination ; car l’histoire prétendue de Midas est une fable pure. En effet, tous les Acteurs de la pièce ne sont-ils pas imaginaires ? Nous avons donné Cybèle, mère de Midas, pour mère des Dieux, et il plaît à ce Mythologue d’en faire une Reine de Phrygie, fille de Dindyme et de Méon, Roi de Phrygie et de Lydie. Silène était pour nous le nourricier du Dieu Bacchus qui n’exista jamais, il le métamorphose en Philosophe aussi célèbre par sa science que par son ivrognerie. Je sais bien que plusieurs anciens Auteurs sont de son sentiment, et qu’ils ne regardent cette ivresse dont on a tant parlé, que comme une ivresse mystérieuse, qui signifiait que Silène était profondément enseveli dans ses spéculations. Cicéron, Plutarque et bien d’autres encore avaient conçu de lui une idée à peu près semblable ; mais les uns ne parlent que d’après les autres, et lorsqu’on remonte à la source, on ne voit Silène que comme un véritable ivrogne, père nourricier du Dieu Bacchus. La singularité même de l’aventure qui livra Silène, à Midas, et ce qui en résulta ne peut être regardé que comme une pure fiction. Y a-t-il apparence que Midas, en tant que le plus avare des hommes, eût prodigué du vin jusqu’à en remplir une fontaine pour engager Silène d’en boire avec excès, et l’avoir en sa possession ? Un avare n’aurait-il pas trouvé un moyen plus conforme à son avarice, et fallait-il user d’un stratagème aussi coûteux pour obtenir une chose aussi aisée ? Les façons dont Midas en usa envers Silène, suivant ce qu’en rapporte M. l’Abbé Banier (Loc. cit. p, 395.), détruisent même absolument l’idée de réalité. « Silène, dit ce Mythologue, rodait dans le pays, monté sur son âne, et s’arrêtait souvent près d’une fontaine pour cuver son vin, et se reposer de ses fatigues. L’occasion parut favorable à Midas : il fit jeter du vin dans cette fontaine, et mit quelques paysans en embuscade. Silène but un jour de ce vin avec excès, et ces paysans qui le virent ivre, se jetèrent sur lui, le lièrent avec des guirlandes de fleurs et le menèrent ainsi au Roi. Ce Prince, qui était lui-même initié aux mystères de Bacchus, reçue Silène avec de grandes marques de respect, et après avoir célébré avec lui les Orgies pendant dix jours et dix nuits consécutives, et l’avoir entendu discourir sur plusieurs matières, le ramena à Bacchus. Ce Dieu, charmé de revoir son père nourricier, dont l’absence lui avait causé beaucoup d’inquiétudes, ordonna à Midas de lui demandée tout ce qu’il voudrait. Midas qui était extrêmement avare, souhaita de pouvoir convertir en or tout ce qu’il toucherait ; ce qui lui fut accordé. » Si l’on en croit le même Auteur, Silène était donc un Philosophe très savant, dont Midas employa les lumières pour l’établissement de la Religion, et les changements qu’il fit dans celle des Lydiens. Et pour avoir un garant de la vérité de cette histoire prétendue, il cite Hérodote (L. l. c. 14.), à qui il fait dire ce qu’il ne dit pas en effet. Les autres explications sont si peu naturelles, et s’éloignent si fort du vraisemblable, que je ne crois pas devoir les rapporter. Si Silène était un Philosophe, quelle raison peut avoir engagé de le supposer nourricier de Bacchus ? La Philosophie n’est-elle pas incompatible avec l’ivresse? Un homme adonné habituellement à ce vice, n’est aucunement propre aux profondes spéculations que demande cette Science. Puisque ce Philosophe prétendu avait coutume d’aller cuver son vin auprès de la fontaine où il fut pris, était-il nécessaire de prendre tant de meures pour s’en saisir ? Pensera-t-on avec le Scholiaste d’Aristophane et M. l’Abbé Banier, qu’on n’a feint que Midas avait des oreilles d’âne, que parce que ce Prince avait partout des espions qu’il interrogeait et écoutait avec attention ? Dira-t-on avec ce Mythologue, qu’il communiqua sa vertu aurifique au fleuve Pactole, parce qu’il obligeait ses sujets à ramasser l’or que les eaux de ce fleuve entraînaient ? Et s’il est vrai qu’il était extrêmement grossier et stupide (T. II, p. 227.), comment avait-il assez d’esprit pour entreprendre de donner des lois aux Lydiens, et d’instituer des cérémonies religieuses (Ibid. p. 398.) ? Pour s’accréditer parmi tes peuples, et se faire regarder comme un second Numa ? Pour conduire un commerce de manière à devenir si opulent, qu’on ait feint qu’il changeait tout en or ? Telles sont les explications, ou plutôt les contradictions de ce savant Mythologue, qui sait ingénieusement faire usage de tous les Auteurs pour parvenir à son but. Dans un endroit Midas règne le long du fleuve Sangar ; dans l’autre, c’est le long du fleuve Pactole. Là, c’est un homme grossier et stupide qui mérite en conséquence qu’on feigne qu’il avait des oreilles d’âne : ici, c’est un homme d’esprit, un génie vaste et étendu, capable de grandes entreprises, digne d’être comparé à Numa ; et qui, ayant trouvé le secret de savoir tout par ses espions, avait par-là donné lieu de feindre qu’il portait des oreilles d’âne. Les Poètes n’avaient pas trouvé un dénouement si ingénieux à cette fiction. Ovide (Métam. 1. II. Fab. 4.) nous dit qu’Apollon ne crut pas pouvoir mieux punir Midas, que de lui raire croître des oreilles d’âne, pour faire connaître à tout le monde le peu de discernement de ce Roi, qui avait adjugé la victoire à Pan sur ce Dieu de la Musique ; ce qui prouve assez clairement que les Historiens sont assez mal entrés dans l’esprit des Poètes en voulant nous donner Midas pour un homme d’esprit et de génie. Mais prenons la chose de la manière que les Poètes la racontent. Midas était, disent-ils, un Roi de Phrygie qu’Orphée avait initié dans le secret des Orgies. Bacchus allant un jour voir ce pays-là, Silène son père nourricier se sépara de lui, et s’étant arrêté auprès d’une fontaine de vin dans un jardin de Midas, où croissaient d’elles-mêmes les plus belles roses du monde. Silène s’y enivra, et s’endormit. Midas s’en étant aperçu, et sachant l’inquiétude où l’absences de Silène avait jeté le fils de Sémélé ; il se saisit de Silène, l’environna de guirlandes de fleurs de toutes espèces, et après lui avoir fait l’accueil le plus gracieux qu’il lui fut possible, il le reconduisit vers Bacchus. Il fut enchanté de revoir son père nourricier; et voulant reconnaître ce bienfait de Midas, il lui promit de lui accorder tout ce qu’il lui demanderait. Midas demanda que tout ce qu’il toucherait devînt or : ce qui lui fut accordé. Mais une telle propriété lui étant devenue onéreuse, parce que les mets qu’on lui servait pour sa nourriture, se convertissaient en or dès qu’il les touchait, et qu’il était sur le point de mourir de faim, il s’adressa au même Dieu pour être délivré d’un pouvoir si incommode. Bacchus y consentit, et lui ordonna pour cet effet d’aller laver ses mains dans le Pactole. Il le fit, et communiqua aux eaux de ce fleuve la vertu fatale dont il se débarrassait. Quand on sait ce qui se passe dans l’oeuvre Hermétique, lorsqu’on travaille à l’élixir, la fable de Midas le représente comme dans un miroir. On peut se rappeler que quand Osiris, Denys ou Bacchus des Philosophes se forme, il se fait une terre. Cette terre est Bacchus que l’on feint visiter la Phrygie, à cause de sa vertu ignée, brûlante et sèche, parce que Phrygie, veut dire terra torrida et arida, de torreo, arefacio. On suppose que Midas y règne ; mais pour indiquer clairement ce qu’on doit entendre par ce Roi prétendu, on le dit fils de Cybèle ou de la Terre, la même qu’on regardait comme mère des Dieux, mais des Dieux Philosophico-Hermétiques. Ainsi Bacchus, accompagné de ses Bacchantes et de ses Satyres, donc Silène était le Chef, et Satyre lui-même, quitte la Thrace pour aller vers le Pactole qui descend du Mont Tmole ; c’est précisément comme si l’on disait le Bacchus Philosophique, ou le soufre après avoir été dissous et volatilisé, tend à la coagulation ; puisque Thracia, vient de curro, ou de tumultuando clamo, ce qui désigne toujours une agitation violente, telle que celle de la matière fixe quand elle se volatilité après sa dissolution. On ne pouvait guère mieux exprimer la coagulation que par le nom de Pactole, qui vient naturellement de compactus, compingo, assembler, lier, joindre l’un à l’autre. Par cette réunion se forme cette terre Phrygienne, ou ignée et aride, dans laquelle règne Midas. Ce qui était alors volatil est arrêté par le fixe, ou cette terre. C’est Silène sur le territoire de Midas. La fontaine auprès de laquelle ce Satyre se repose, est l’eau mercurielle. On feint que Midas y avait mis du vin, dont Silène but avec excès, parce que cette eau mercurielle, que le Trévisan appelle aussi fontaine (Philosoph. des Métaux.), et Raymond Lulle (Dans presque tous tes Ouvrages.) vin, devient rouge à mesure que cette terre devient plus fixe. Le sommeil de Silène marque le repos de la partie volatile, et les guirlandes de fleurs dont on le ceignit pour le mener à Midas, sont les différentes couleurs par lesquelles la matière passe avant d’arriver à la fixation. Les Orgies qu’ils célébrèrent ensemble avant de joindre Bacchus, sont les derniers jours qui précèdent la parfaite fixation, qui est elle-même le terme de l’oeuvre. On pourrait même croire qu’on a voulu exprimer ce terme par le nom de Denys donné à Bacchus ; puisqu’il peut venir de meta, le Dieu qui est la fin ou le terme. Les Poètes font des descriptions admirables du Pactole ; lorsqu’ils veulent peindre une région fortunée, ils la comparent au pays qu’arrose le Pactole, dans les eaux duquel Midas déposa le don funeste qui lui avait été communiqué. Crésus n’eût été sans le Pactole qu’un Monarque borné dans la puissance, et incapable de piquer la jalousie de Cyrus. Suivant M. l’Abbé Batthelemi, (Mém. de l’Acad. des Inscipt. et belles-Lettres pour l’année 1747. jusque et compris l’année 1748. T.XXl.) le Pactole n’a jamais été qu’une rivière très médiocre, sortie du Mont Tmolus, dirigée dans son cours au travers de la plaine, et même de la ville de Sardes, terminée par le fleuve Hemus. Homère, voisin de ces contrées, n’en parle pas, non plus qu’Hésiode, quoiqu’il soit attentif à nommer les rivières de l’Asie mineure. Longtemps avant Strabon le Pactole ne roulait plus d’or, et tous les siècles postérieurs n’ont point reconnu de richesses dans ce ruisseau si fortuné sous la plume des Poètes. Quoique plusieurs Historiens graves lui attribuent cette propriété, je ne vois pas sur quoi M. l’Abbé Barthelemi peut fixer l’époque de cette fécondité du Pactole au huitième siècle avant l’Ere Chrétienne, sous les ancêtres de Crésus, qui perdit son Royaume 545 ans avant Jésus-Christ. La Lydie pouvait être riche en or, indépendamment du Pactole, et les richesses que Cyrus y trouva ne prouvent point du tout qu’elles venaient de ce fleuve. On n’a jamais trouvé d’or sur le Mont Tmolus ; aucun Historien ne parle des mines de ce Mont. Je conclus donc de ces raisons, que le tout est une fable. Bacchus est charmé de revoir son père nourricier, et récompense Midas par le pouvoir qu’il lui donne de convertir en or tout ce qu’il toucherait. Ce Dieu ne pouvait donner que ce qu’il possédait lui-même ; il était donc un Dieu aurifique. Cette propriété aurait dû occasionner aux Mythologues quelques réflexions, mais comme ils n’ont lu les fables qu’avec un esprit rempli de préjugés pour l’histoire ou la morale, ils n’y ont vu que cela. L’or est l’objet de la passion des avaricieux ; on feint que Midas demande à Denys le pouvoir d’en faire tout ce qu’il voudra ; on conclut qu’il est un avare, et le plus avare des hommes. Mais si l’on avait fait attention que c’est à Denys qu’il fait cette demande, et que ce Dieu la lui accorde de sa pleine autorité, sans recourir ni à Jupiter son père, ni à Pluton Dieu des richesses ; on aurait pensé naturellement que Bacchus était un Dieu d’or, un principe aurifique, qui peut transmuer lui-même, et communiquer à d’autres le même pouvoir de convertir tout en or, au moins tout ce qui est transmuable. lorsque les Poètes nous disent que tout devenait or dans les mains de Midas, jusqu’aux mets qu’on lui servait pour sa nourriture, on sait bien qu’on ne peut l’entendre qu’allégoriquement. Aussi est-ce une suite naturelle de ce qui avait précédé. Midas ayant conduit Silène à Bacchus ; c’est-à-dire, la terre Phrygienne, ayant fixé une partie du volatil, tout est devenu fixe, et par conséquent pierre transmuante des Philosophes. Il reçoit de Bacchus le pouvoir de transmuer, il l’avait quant à l’argent ; mais il ne pouvait obtenir cette propriété quant à l’or, que de Bacchus, parce que ce Dieu est la pierre au rouge, qui seule peut convertir en or les métaux imparfaits. Je l’ai expliqué assez au long dans le premier Livre, en parlant d’Osiris, que tout le monde convient être le même que Denys ou Bacchus. On peut aussi se rappeler que j’ai expliqué les Satyres et les Bacchantes des parties volatiles de la matière, qui circulent dans le vase. C’est la raison qui a fait dire aux inventeurs de ces fictions, que Silène était lui-même un Satyre fils d’une Nymphe ou de l’Eau, et le père des autres Satyres ; car on ne pouvait, il me semble, mieux indiquer la matière de l’Art Hermétique, que par le portrait que l’on nous fait du bonhomme Silène. Son extérieur grossier, pesant, rustique et fait, ce semble, pour être tourné en ridicule, propre à exciter la risée des enfants, cachait cependant quelque chose de bien excellent, puisque l’idée qu’on a voulu nous en donner est celle d’un Philosophe consommé. Il en est de même de la matière du Magistère, méprisée de tout le monde, foulée aux pieds, et quelquefois même servant de jouet aux enfants, comme le disent les Philosophes ; elle n’a rien qui attirent les regards. On la trouve partout comme les Nymphes, dans les prés, les champs, les bois, les montagnes, les vallées, les jardins : tout le monde la voit, et tout le monde la méprise, à cause de son apparence vile, et qu’elle est si commune, que le pauvre peut en avoir comme le riche, sans que personne s’y oppose, et sans employer de l’argent pour l’acquérir. Il faut donc imiter Midas, et faire un bon accueil à ce Silène, que les Philosophes disent fils de la Lune et du Soleil, et que la Terre est sa nourrice, aussi Séléné signifie la Lune, et l’on peut très bien avoir fait Silène de Seléné, en changeant le premier e en i, comme on a fait, lira, plico, aries et cent autres mots semblables. (Vossius Etymolog.) Les Ioniens changeaient même assez souvent le E en I, il n’y aurait donc rien de surprenant qu’on eût fait ce changement pour le nom de Silène. Cette matière étant le principe de l’or, on a raison de regarder Silène comme le père nourricier d’un Dieu auriaque. Elle est même le nectar et l’ambroisie des Dieux. Elle est, comme Silène, fille de Nymphe, et Nymphe elle-même, puisqu’elle est eau ; mais une eau, disent les Philosophes, qui ne mouille pas les mains. La terre sèche, aride et ignée, figurée par Midas, boit cette eau avidement ; et dans le mélange qui se fait des deux, il survient différentes couleurs. C’est l’accueil que Midas fait à Silène, et les guirlandes de fleurs dont il le lie. Au lieu de nous donner Silène pour un grand Philosophe, on aurait mieux rencontré, et l’on serait mieux entré dans l’esprit de celui qui a inventé cette fiction, si l’on avait dit que Silène était propre à faire des Philosophes, étant la matière même sur laquelle raisonnent et travaillent les Philosophes Hermétiques. Et si Virgile (Eglog. 6.) le fait raisonner sur les principes du monde. Sa formation et celles des êtres qui le composent ; c’est sans doute parce que si l’on en croit les disciples d’Hermès, cette matière est la même dont tout est fait dans le monde. C’est un reste de cette masse première et informe, qui fut le principe de tout (D’Espagnet, Ench. Phys. réstit. Can. 49.). C’est le plus précieux don de la Nature, et un abrégé de la quintessence céleste. Elien (Variar. Hist. 1. 3. c.12.) disait en conséquence, que quoique Silène ne fût pas au nombre des Dieux, il était cependant d’une nature supérieure à celle de l’homme. C’est-à-dire, en bon français, qu’on devait le regarder comme un être aussi imaginaire que les Dieux de la fable, et que les Nymphes dont Hésiode (Théog.) dit que tous les Satyres sont Sortis. Enfin Midas se défait du pouvoir incommode de changer tout en or, et le communique au Pactole en se lavant dans ses eaux. C’est précisément ce qui arrive à la pierre des Philosophes, lorsqu’il s’agit de la multiplier. On est alors obligé de la mettre dans l’eau mercurielle, où le Roi du pays, dit Trévisan (Philoso. Des Métaux, 4. part.), doit se baigner. Là, il dépouille sa robe de drap de fin or. Et cette fontaine donne ensuite à ses frères cette robe, et sa chair sanguine et vermeille, pour qu’ils deviennent comme lui. Cette eau mercurielle est véritablement une eau pactole, puisqu’elle doit se coaguler en partie, et devenir or Philosophique.
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