Livre du langage analogique d’Hermès : Les Fables Égyptiennes et Grecques par Dom Antoine-Joseph Pernety
les dieux de l'Olympe
Chute des géants Giulio Romano
Livre d’Alchimie et d’ésotérisme les fables Égyptiennes et Grecques par Dom Antoine-Joseph Pernety. Chapitre III à IV : L’origine de la Guerre de Troie. Remontons à la source de cette guerre, et prenons-la, ab ovo, suivant l’expression d’Horace (Art. Poèt.), puisqu’en effet un oeuf en fut le premier principe, et une pomme y donna occasion. Jupiter devenu amoureux de Léda, femme de Tyndare, se changea en cygne, jouit de Léda, qui mit au monde deux oeufs : de l’un sortit Pollux et Hélène, et de l’autre Castor et Clytemnestre. Hélène épousa Ménélas, et Clytemnestre fut femme d’Agamemnon. Voila l’oeuf, voyons la pomme. Jupiter épris des charmes de la Déesse Thétis, ayant appris de Prométhée, que, suivant un oracle de Thémis, l’enfant qui naîtrait de cette Déesse, serait plus puissant que son père, se détermina à la marier avec Pelée, fils d’Eaque, fils de Jupiter même et d’Egine. Thétis fut très mécontente de voir qu’on lui faisait épouser un mortel, mais Jupiter le voulait, il fallut y consentir. Jupiter invita lui-même tous les Dieux à la cérémonie et au repas de ce mariage, afin de le rendre plus célèbre, la seule discorde fut oubliée, ou exclue. Cette Déesse, pour se venger de ce mépris, se rendit secrètement aux noces, et jeta au milieu de l’assemblée une pomme d’or, avec cette inscription, pour la plus belle. Il n’était aucune des Déesses qui n’y prétendît, mais soit qu’elles fussent moins susceptibles, soit qu’elles eussent de la déférence pour Junon, Minerve et Vénus, elles leur cédèrent leurs prétentions. Il fallut adjuger la pomme à une des trois. Tous les Dieux sentant bien l’embarras où se trouverait celui d’entre eux qui se porterait pour Juge dans cerce dispute, ne voulurent point se charger d’une affaire si délicate. Jupiter lui-même ne crut pas devoir décider entre son épouse et fille et Vénus ; il les envoya sous la conduite de Mercure à un Berger, nommé Alexandre, qui gardait ses troupeaux sur le Mont Ida. Ce Berger prit dans la suite le nom de Paris, et était fils de Priam, Roi de Troye. Les Déesses se présentèrent au Berger de la manière que chacune crue la plus propre à relever sa beauté, Elles lui firent d’abord les promesses les plus flatteuses chacune en particulier. Junon lui offrit des sceptres et des couronnes ; Minerve lui promit la vertu et les belles connaissances, et Vénus, la plus belle femme qui fût sur la terre. Elles consentirent même aux conditions qui pouvaient d’abord alarmer leur pudeur ; mais que Paris exigea, pour porter son jugement avec connaissance de cause. Enfin, soit que l’appât d’une couronne fît peu d’impression sur l’esprit de Paris, et que la vertu le touchât moins que les charmes d’une belle femme, il adjugea la pomme à Vénus, qui en effet passait pour la plus belle. On sent bien que Junon et Minerve ne furent point satisfaites de cette décision, aussi jurèrent-elles de s’en venger sur leur Juge, sur Priam son père, et sur la ville de Troye, dont la perte fut résolue, et ensuite exécutée. Paris laissa exhaler leur ressentiment, et ne pensa plus qu’à voir effectuer la promesse de Vénus. Cette Déesse ne tarda pas à l’accomplir. Elle fit naître l’occasion à Paris d’aller dans la Grèce, elle le conduisit à Sparte chez Ménélas, qui en était Roi, et fit en sorte qu’Hélène son épouse, la plus belle femme de son temps, devînt sensible aux voeux de Paris, qui l’enleva : ce rapt fut cause de la guerre et de la ruine de Troye. Tous les Dieux prirent parti dans cette guerre ; et combattirent les uns contre les autres. Jupiter, à la prière de Thétis, prit longtemps le parti des Troyens, pour venger Achille de l’injure que lui avait faite Agamemnon, de lui enlever sa chère Briséis. Il menaçait même de son courroux ceux d’entre les immortels qui favorisaient les Grecs ; mais enfin ayant assemblé tous les Dieux et les Déesses dans l’Olympe, le seul Océan excepté, ils s’y rendirent tous jusqu’aux Nymphes des forêts, des fleuves et des prairies : Neptune lui-même quitta le fond de la mer pour y assister (Iliad. I. 20. v. 5.). Jupiter leur dit qu’il leur laissait alors la liberté d’aller combattre pour on contre les Troyens. Junon, Minerve, Neptune, Mercure, auteur des coomodités de la vie, et Vulcain, se rendirent aux vaisseaux des Grecs. Mars, Apollon, Diane, Latone, Xanthe et Vénus furent joindre les Troyens (Ibid. v. 33.). Chacun exhortait les siens à haute Voix. Jupiter fit gronder son tonnerre ; Neptune excita un tremblement de terre, qui répandit l’épouvante et la frayeur dans la ville de Troye, et mit une espèce de confusion parmi les vaisseaux mêmes des Grecs qu’il favorisait. Les secousses en furent si terribles, que le Mont Ida en fut ébranlé jusque dans ses fondements. Pluton lui-même en tressaillit de peur dans le fond des enfers, et craignant que la voûte de son palais ténébreux ne s’écroulât sur lui, il sauta au bas de son trône, et fit un grand cri (Ibid. v. 56.). Apollon avec ses flèches d’or combattit contre Neptune ; Minerve eut Mars et Vénus contre elle : Junon attaqua Diane, et Mercure Latone. Xanthe, ainsi nommé par les Dieux, et Scamandre par les hommes, avait Vulcain en tête. Ainsi combattirent les Dieux contre les Dieux, et Achille contre Hector. C’est dont un oeuf et une pomme qui furent la source de l’expédition des Grecs, et la cause de la ruine de Troye. Si on ne les admet point comme tels, ou que l’on suppose qu’ils n’ont jamais existé, c’en est fait de la prétendue expédition des Grecs. Car si cet oeuf n’a pas existé, Hélène, la plus belle des femmes, digne récompense de Paris, n’aura pas existé, puisqu’on la dit sortie de cet oeuf, fille de Jupiter change eu cygne, et nourrie de lait de poule on de coq. Et si la pomme de discorde ne fut jamais, que deviendra Achille, né du mariage de Pelée et de la Déesse Thétis ? Il n’y aura jamais eu de dispute sur la beauté entre Junon, Minerve et Vénus. S’il n’y a point eu de différend entre elles, Paris n’a pu en être le Juge. Vénus n’aura point eu cette pomme chimérique, et n’aura point promis Hélène pour récompense. Si Hélène n’a pas existé, comment Paris aura-t-il pu en devenir le ravisseur ? comment Ménélas aura-t-il intéressé toute la Grèce dans sa querelle, pour venger l’injure qui ne lui a pas été faite, et pour ravoir en sa possession une femme qui n’exista jamais ? Bien plus ; si nous ôtons l’existence réelle à Neptune, Apollon et Vulcain, qui fondèrent et bâtirent la ville de Troye, à Jupiter qui enleva Ganymède ; à Télamon qui épousa Hésione, fille de Laomédon, à Junon, Pallas et Vénus, qui allumèrent le flambeau de la guerre, à Pelée, Thétis et la Déesse Discorde : quelles raisons resteront aux Grecs pour faire la guerre aux Troyens ? quelle ville auront-ils dont ils puissent faire le siège ? et si Ilion n’a point existé, où Priam aura-t-il régné ? que faudra-t-il penser des longues et pénibles courtes d’Enée et d’Ulysse, celles de l’un comme un effet de la colère du courroux de Junon, et celles de l’autre, comme une vengeance de Vénus ? Le songe d’Hécube n’a-t-il pas lui-même tout l’air d’une fable, de même que la naissance de Paris et son éducation. Hécube, dit-on, étant grosse, eut un songe funeste : elle pensait qu’elle portait dans son sein un flambeau qui devait embraser un jour l’Empire des Troyens. L’oracle consulté sur ce rêve, répondit que le fils que cette Princesse mettrait au monde, serait cause de la désolation du Royaume de Priam. La Reine étant accouchée, on fit exposer l’enfant sur le Mont Ida, où heureusement pour lui quelques Bergers le trouvèrent, et le nourrirent. Alexandre (c’est le nom qu’il porta d’abord) étant devenu grand, devint amoureux d’une belle Bergère, nommée oenone, fille du fleuve Cédrenne, entre les bras de laquelle Paris fut mourir sur le Mont Ida, après avoir été blessé devant la ville d’Ilion. Voyons si toute cette fable n’a pas un rapport plus immédiat avec la Philosophie Hermétique qu’avec l’Histoire, et l’on jugera par-là si ce n’est pas plutôt une allégorie qu’un fait réel. Hécube étant grosse songe qu’elle porte dans son sein un flambeau qui doit embraser et causer la ruine d’Ilion. Nous avons dit plus d’une fois que les Philosophes Hermétiques appellent feu, flambeau, minière de feu, leur soufre philosophique, et nous avons cité à ce sujet le traité Hermétique de d’Espagnet, avec celui de Philalèthe, sur les trois sortes de médecines de Geber. Nous avons aussi prouvé qu’ils donnent le nom de femme à leur eau mercurielle, qu’ils parlent de conception et d’enfantement, qu’ils nomment cette eau mère, de même que leur matière, et qu’ils appellent enfant le soufre philosophique qui en a été produit. On peut voir Morien à cet égard, et l’on va voir que toute l’histoire de Paris y convient parfaitement. Hécube est l’eau mercurielle, ou la matière qui la produit, et Paris est le soufre philosophique qu’elle porte dans son sein, et qui, après avoir été mis au monde, est exposé sur le Mont Ida, dont j’ai parlé précédemment. Ce mont est appelé Ida, comme si l’on disait mont qui sue ; de , sueur, parce qu’il paraît toujours des gouttes d’eau dessus, comme si ce mont philosophique suait. C’est de lui dont les Philosophes ont dit : enfermez-le dans une chambre ronde transparente et chaude, afin qu’il y sue, et qu’il soit guéri de son hydropisie, la Tourbe en parle, Avicenne, et plusieurs autres Philosophes. Paris étant devenu grand sur le Mont Ida, y devint amoureux d’ oenone, fille du fleuve Cédrenne. C’est comme si l’on disait en français : Paris étant devenu grand sur le Mont qui sue, il devint amoureux de l’eau vineuse, ou de couleur de vin, fille du fleuve appelé la sueur brûlante. On peut se rappeler qu’en expliquant d’autres fables, nous avons dit que l’eau mercurielle devient rouge comme du vin, lorsque le magistère, ou soufre philosophique est en voie de perfection, et que Raymond Lulle, Riplée, et quelques autres lui ont donné en conséquence le nom de vin : oenone où cette eau mercurielle est en effet fille de Cédrenne, ou de la sueur brûlante, puisqu’elle ne devient rouge qu’à mesure que le mont de sueur philosophique sue, et qu’il rougit. Or oenone vient d’, vin, et Cédrenne de , je brûle, et , sueur. Paris fut mourir entre les bras d’oenone, des blessures qu’il avait reçues dans le siège d’Ilion : c’est-à-dire, que le soufre philosophique ayant été dissous pendant l’opération de l’élixir, dont le siège d’Ilion est l’allégorie, il fut enfin fixé dans l’eau mercurielle couleur de vin ; car, suivant Morien ; la seconde opération n’est qu’une répétition de la première. Les blessures de Paris sont désignées par la dissolution ; et l’état de la matière de î’élixir en putréfaction, est indiqué par Ilion, qui vient d’, lie, ordure, bourbier. Quant aux Dieux et aux Déesses, nous avons dit dans le troisième Livre et ailleurs ce qu’on, doit en penser. Et si l’on a égard à ce que les Auteurs disent d’Hélène, on fera aisément convaincu que son histoire est une fable pure, puisqu’il n’est pas possible qu’elle fût assez jeune pour être encore la plus belle des femmes du temps, où l’on feint que Paris l’enleva. On est obligé d’avouer qu’il se rencontre des difficultés insurmontables sur l’âge de cette Princesse (M. l’Abbé Banier, Mythol. Tom. III. pag. 516.), quand même on accorderait à cet Auteur les combinaisons déterminées de chronologie qu’il fait à ce sujet, Hélène aurait eu au moins soixante et quelques années au temps du siège de Troye. Mais suivons M. l’Abbé Banier dans ses calculs chronologiques, et l’on verra que les choses ne peuvent s’accorder, malgré la torture qu’il s’est donnée pour ajuster tout à ton système, en rejetant ce qu’il ne peut y amener, et en n’admettant seulement que ce qu’il croit pouvoir y convenir. Selon cet Auteur (Tom. III. pag. 317.), Pélops eut d’Hippodamie, Pithée et Lysidice, Pithée fut père d’Ethra, et Lysidice mère d’Alcmène. Il avait dit (ibid. p. 266.) qu’Alcmène était fille d’Anaxo et d’Electrion, et que Mestor, fils de Persée et frère d’ElecIrion, avait épousé Lysidice, fille de Pélops, dont il eut Hyppothoé, enlevée par Neptune ; mais passons-lui cette contradiction ; l’indulgence est extrêmement nécessaire à cet égard, quand un lit son Ouvrage (Je sais que M, l’Abbé Banier n’est pas l’inventeur de ces généalogies. Mais set-il moins blâmable de les adopter routes, quelque contradictoires qu’elles soient, par la seule raison sans doute que ces contradictions viennent de temps en temps fort à propos pour le tirer d’embarras.). Ethra fut mère de Thésée, qui, selon le même Auteur, avait au moins cinquante ans, quand il enleva Hélène. Après qu il l’eut enlevée, il fut avec Pyrithoüs pour enlever Proserpine, femme d’Aidonée ; il sur arrêté prisonnier par Aidonée, et Hercule le délivra de cet esclavage. Après cette expédition Hercule en fit bien d’autres avant que de mourir ; il délivra Alceste ; il fit la guerre aux Amazones avec Thésée, à qui il céda Antiope, l’une d’entre elles, il accompagna Jason avec Thésée à l’expédition de la Toison d’or, il fut ensuite à Troye, où il délivra Hésione, et tua Laomédon, et mourut enfin âgé seulement de cinquante-deux ans. Par conséquent depuis l’enlèvement d’Hélène par Thésée, jusqu’a la mon d’Hercule, il doit s’être écoulé environ une dizaine d’années. Or si Thésée avait lors de cet enlèvement, au moins cinquante ans, il en avait dont au moins soixante quand Hercule mourut. Thésée était par conséquent plus âgé de dix-huit ans qu’Hercule. Mais comment accorder cela avec l’histoire de Thésée, rapportée dans la page 317 du même Tome III ? M. l’Abbé Banier représente Thésée comme un jeune homme, dont la gloire, la vertu et les grandes actions d’Hercule enflammaient le courage naissant qui n’estimait rien au prix de lui, et était toujours prêt à étonner ceux qui lui racontaient quel personnage c’était, et surtout ceux qui l’avaient vu, et qui pouvaient lui apprendre quelques particularités de sa vie : que l’admiration que lui donnait la vie d’Hercule, faisait que ses actions lui revenaient la nuit en songe, et qu’elles le piquaient le jour d’une noble émulation, et excitaient en lui un violent désir de l’imiter. Si Thésée avait 60 ans à la mort d’Hercule, arrivée 30 ans avant la guerre de Troye, comment Thésée n’en avait-il que 70 la première année du siège ? il en aurait eu 90, et si Ethra sa mère se trouva parmi les Esclaves d’Hélène, lors de la prise d’Ilion, et que Démophoon la demanda à Agamemnon, Ethra devait avoir alors cent quinze ou seize ans au moins, car elle avait sans doute quinze ou seize ans quand elle mit Thésée au monde ; et le siège de Troye dura dix ans. Autre contradiction : Admettons pour un moment que Thésée soit mort à l’âge de soixante et dix ans, la première année de la guerre de Troye, et ; Hercule cinquante-deux, trente ans avant le commencement de cette guerre. Cinquante-deux et trente font quatre-vingt-deux ans, qu’aurait eu Hercule, s’il eût vécu jusqu’à la mort de Thésée. Hercule n’aurait dont eu que douze ans, lorsque Thésée naquit ; peut-on dire qu’Hercule à cet âge eut détruit tant de brigands, les eût cherchés par route la terre, et eut fait toutes ces belles actions qui faisaient l’admiration de Thésée, et qui excitaient en lui un violent désir de l’imiter ? Il y aurait bien d’autres observations à faire au sujet d’Hercule et de Thésée, mais passons à celui d’Hélène. Quelques anciens Auteurs ont assuré que Thésée, après avoir enlevé Hélène, et avant son voyage d’Epire, la laissa grosse entre les mains de sa mère Ethra, et qu’elle accoucha d’une fille. Si la chose est ainsi, il fallait qu’Hélène fût déjà, d’un âge fait, puisque ses frères jumeaux étaient alors en état de conduire une armée, et que pendant l’absence de Thésée, on dit que Castor et Pollux prirent les armes, se rendirent maîtres de la ville d’Aphidnès, délivrèrent leur soeur, qu’ils ramenèrent à Sparte avec Ethra, mère de Thésée, qui devint par-là esclave d’Hélène, qui la mena à Troye, lorsque dans la suite elle fut enlevée par Paris. J’ai dit qu’Hélène devait avoir au moins soixante ans au temps de la guerre de Troye ; et si je ne lui en ai pas donné davantage, c’est que ce nombre d’années sur la tête d’Hélène suffisait pour prouver ce que j’avançais alors, et que je me servais des armes mîmes de M. l’Abbé Banier pour le combattre. Mais si nous nous en rapportons à Apollonius (Liv. 3. v. 996.) et a Valérius Flaccus (Liv. 6. v. 90.), Hélène devait être beaucoup plus âgée, puisqu’ils nous apprennent que Jason racontait à Médée l’histoire de Thésée et d’Ariadne comme une histoire du temps passé. Elle l’était en effet : car Hypsiphile était fille de Thoas, et Thoas fils de cette même Ariadne, que Thésée avait abandonnée dans l’Ile de Naxo, après l’avoir enlevée de l’île de Crête, lorsque par son secours il eut défait la Minotaure. Jason devint amoureux d’Hypsiphile dans l’île de Lemnos, en allant à la conquête de la Toison d’or, et y fit un séjour assez long, car il y eut deux enfants d’Hypsiphile, dont l’un fut appelé Thoas, et l’autre Ennéus. Thésée n’était pas fort jeune dans le temps qu’il enleva Ariadne, c’est à son retour qu’il succéda à son père, qui s’était précipité dans la mer, lorsqu’il vit revenir le vaisseau de son fils avec des voiles noires, parce qu’il lui avait dit d’en mettre de blanches s’il retournait heureusement de son expédition. Thésée avait déjà fait alors toutes ces grandes actions qu’on lui attribue, il avait combattu avec Hercule les Centaures qui troublaient les noces de Pirithoüs son, ami ; et cette action se passa avant qu’Hercule par ordre d’Eurysthée, fût chercher le sanglier d’Erymanthe, car c’est en y allant qu’il défit le reste des Centaures, et que Chiron mourut d’une blessure que lui fit une flèche d’Hercule empoisonnée du venin de l’Hydre de Lerne. La prise de ce sanglier est regardée comme le troisième des travaux d’Hercule. Or, suivant Hérodote (In Euterpe.), Hercule vivait près de trois cens ans avant la guerre de Troye ; Hélène ne devait donc en avoir guère moins. Mais abandonnons, si l’on veut, le sentiment d’Hérodote, il est du moins confiant que Thésée enleva Hélène avant que Pirithoüs se mît en devoir d’enlever Proserpine. Pirithoüs était fils de Jupiter, suivant Homère (Iliad. 1. 4.), et Proserpine fille de Cérès, et femme de Pluton ; ce qui reculerait encore davantage la naissance d’Hélène. M. l’Abbé Banier croit devoir s’en tenir à la généalogie de Pirithoüs, donnée par Diodore de Sicile. Il ne fait pas attention qu’elle n’en est pas moins fabuleuse, et qu’elle prouve encore mieux combien Pirithoüs était éloigné du temps de la guerre de Troye. De tous les enfants de l’Océan et de Thétis, dit Diodore, un des plus fameux fut Pelée, qui donna son nom à un fleuve de Thessalie. (Hésiode avait dit (Théogon.) que ce Pénée était ce fleuve lui-même.) Ce Prince épousa Creuse, dont il eut Iphéus, et une fille nommée Stilbia. Apollon eut de cette Princesse Centaurus et Lapithus. Celui-ci eut de sa femme Eurionne, veuve d’Arsinous, deux fils, Phorbas et Périphas. Phorbas lui succéda, mais après sa mort Périphas prit sa place, et ayant épousé Astiagée, fille d’Iphéus, il en eut plusieurs enfants, dont Antion fut le plus connu, pour avoir donné naissance à Ixion, qui épousa Clia, ou Dia, et en eut Pirithoüs. Il s’ensuit de cette généalogie que Pirithoüs est le septième, depuis Océan et Thétis, qu’Hésiode compte pour le plus ancien des Dieux, et le sixième depuis Apollon. Il faudrait, pour prouver cette antiquité, rappeler ici la généalogie ides Dieux, mais il n’est pas nécessaire de répéter ce que nous avons dit dans le troisième Livre et ailleurs. On ne finirait pas si l’on voulait examiner tous les articles qui causent tant de difficultés et d’embarras aux Mythologues. Car plusieurs Auteurs accrédités (Servius sur le V. de l’Enéide.) prétendent qu’Hélène ne fut enlevée que par Thésée, qui ne la mena, pas à Aphidnès, comme on le dit communément, mais en Egypte, où il la mit entre les mains de Prothée, fils de Neptune, dont Hercule tua les enfants Tmylus et Télégonus, parce qu’ils faisaient mourir les étrangers qui venaient chez eux. Et pour le dire en deux mots, c’est perdre son temps et ses peines de vouloir arranger Historiquement des faits purement fabuleux. J’aimerais mieux dire, avec quelques Auteurs, qu’Hélène était immortelle, un tel sentiment a un rapport plus immédiat avec la Fable ; aussi Servius (Sur le II. de l’Enéide.) embrasse-t-il ce sentiment. D’autres, pour éluder tant de difficultés insurmontables., on dit que la guêtre de Troye ne fut point entreprise par les Grecs à l’occasion d Hélène, mais à cause de l’enlèvement d’Hésione que Priam voulait ravoir. Mais alors rouie l’Iliade serait fausse ; et c’est cet ouvrage d’Homère qui a enfanté tous les autres faits à ce sujet. CHAPITRE IV. On ne peut déterminer au juste l9 époque de cette guerre. Les Auteurs anciens et modernes sont si différents les uns des autres sur cet événement, qu’il est impossible ne les concilier. Coringius et le Chevalier Newton le mettent 900 ou 907 ans avant l’Ere vulgaire, et le P. Souciet 1388 ans. On compte au moins 40 ou 50 opinions, qui, pour accorder ces deux extrémités, approchent ou éloignent p’us ou moins cet événement. On peut consulter là-dessus Scaliger, le P. Petau, et Dom Pezron, de même que le dixième chapitre du troisième livre des Réflexions critiques sur les Histoires des anciens Peuples, par M. Fourmont l’aîné. Homère est le premier qui ait fait mention de cette guerre. Il l’a prise pour le sujet de son Iliade et de son Odyssée, mais il se contente de parler des Dieux, des Déesses, des Nymphes, des Héros et des Héroïnes qui s’y trouvèrent, sans déterminer aucun temps fixe pour cet événement, ni pour rien de ce qui pouvait y avoir quelque rapport. Cela seul devrait faire penser que c’est une pure fiction de ce Poète, qui a voulu égayer son imagination, et faire voir à la postérité la fécondité de son génie. S’il est vrai que cette prétendue guerre n’est qu’une allégorie du grand oeuvre, il eût pu la décrire en moins d’une page ; suivant ce qu’en dit le Cosmopolite (Epilogue de ses 12 Traités.). Cette manière de traiter le grand oeuvre n’est pas extraordinaire , Denis Zachaire a aussi supposé le siège d’une ville ; mais il n’a fait qu’un seul traité ; et l’histoire du siège qu’il suppose, est contenue dans un seul chapitre. Philalèthe a fait au moins 28 Ouvrages sur cette matière ; et Raymond Lulle l’a étendue dans une infinité de volumes. Ceux qui sont venus après Homère, et qui ont voulu déterminer l’époque fixe de cette expédition, auraient dû nous dire sur quoi ils fondaient leur sentiment : sans cette précaution, nous avons droit de les récuser, et de ne pas les en croire sur leur parole : nous avons même raison de penser que c’est une pure supposition de leur part. Hérodote, à l’histoire duquel Strabon (Liv. 14.) dit qu’il ne faut pas beaucoup ajourer foi, dit sans aucune preuve (Liv. 2. c. 53.), qu’il croit qu’Homère vivait environ 400 ans avant lui, et 169 ans après la guerre de Troye. A. Gelle (Liv. 17. c. 21.) ne met que cent ans d’intervalle entre la prise d’Ilion et la naissance d’Homère. Hérodote semble déterminer cet événement sous le règne de Prothée, Roi d’Egypte, que toutes les Fables disent fils de Neptune, par conséquent un personnage fabuleux ; et d’ailleurs on ne peut déterminer l’époque du règne de ce Roi. Varron, qui fit tout son possible, et employa tout son esprit à rapprocher de la raison la Théologie des Païens, et à la rappeler au civil ou au physique, suivant le témoignage de S. Augustin (De la Cité de Dieu, liv. 6. c. 2, 3, 4.), est un des premiers qui, sur le raisonnement d’Homère, ait voulu fixer l’époque de la guerre de Troye. Mais il a puisé cela, comme bien d’autres choses, dans son imagination, et S. Augustin le réfute très solidement. Virgile, sur le témoignage de Varron, fixe le siège de Troye à l’an 300 avant le siège de Rome. Livius et les autres Romains qui sont venus après, ont suivi aussi Varron, et ont donné le fait et son époque pour certains, de même que mille autres choses qui ne furent jamais. On ne sait pas même en quel temps vivait Homère ; on ignore jusqu’à sa pairie, et l’endroit où il est mort, et quoique Hérodote ait écrit la vie d’Homère en abrégé, il était lui-même incertain de ce qu’il dit à ce sujet, puisqu’il se sert souvent du terme, je pense, je conjecture. Thomas Valois (Sur le liv. 3 de S. Aug. de la Cité de Dieu, c. 2.) avoue que la variété des sentiments des Auteurs, sur ce qui regarde Homère, fait qu’il est impossible de rien déterminer sur le temps où a vécu ce Poète. S. Augustin (Ibid. c. 6. 1.22.), Eusèbe et S. Jérôme (In Chronicis.). A. Gelle (Liv. 9.), conviennent tous qu’Homère vivait avant Romulus. Eutrope dit qu’il vivait du temps d’Agrippa Sylvius, Roi d’Albanie, auquel succéda Arenius Sylvius, qui régna 9 ans, à celui-ci Aventinus Sylvius, qui en régna 34. Procas Sylviys vînt ensuite, qui porta la couronne 22 ans ; enfin Amulius, à la septième année duquel naquit Romulus ; ce qui fait environ 80 ans d’intervalle entre Romulus et Homère. Cicéron (Orat. pro Archai Poèta.) dit que sept Villes se disputaient la gloire d’avoir vu naître Homère dans leur sein ; et il nomme entre autres Smyrne, Chio, Salamine, Colophone, Argos. Aulu Gelle, avec plusieurs autres, ont cru qu’il était né en Egypte : et Aristote le croyait né dans l’île Io. De manière que ceux qui approchaient le plus du temps d’Homère, n’étaient pas mieux instruits de ce qui le regardait, que ceux qui sont venus dans la suite. On ne peut donc en juger que par conjecture, et l’on n’a rien de certain. Homère étant donc le premier qui ait parlé de la guerre de Troye, et de la ruine de cette ville, les autres Auteurs ne pouvant nous donner rien d’assuré sur l’époque de cet événement, et sur l’événement lui-même, ne peut-on pas le regarder comme une fiction pure ? Les temps doivent répondre à certains temps déterminés, les choses aux choses, et les personnes aux personnes, quand il s’agit d’établir et de constater la réalité d’un fait. On sait, par exemple, en quelle année, et sous quel Roi d’Egypte Moïse est né. Nous savons où, et sous quel Empereur Jésus-Christ notre Sauveur a pris naissance ; sous quels Consuls Corinthe fut détruire, et Carthage ruinée, enfin tant d’antres faits de cette espèce, dont personne ne doute. Mais il n’en est pas de même de la ville de Troye. Rien ne nous certifie son existence et sa destruction, que ce qu’en a dit Homère, et ceux qui l’ont copié, ou qui en ont écrit sur des traditions émanées des écrits de ce Poète. Nous trouvons à la vérité dans Homère, qu’Enée, après la destruction de Troye, se sauva en Italie ; et les Ecrivains Romains n’ont pas manqué de faire valoir ce trait, pour donner du lustre a. leur ville, en faisant descendre Romulus de ce Héros, au moins par les femmes ; car ils lui donnaient le Dieu Mars pour père. Tout cela s’accordait fort bien avec la Fable. Enée était fils de Vénus, et Romulus fils de Mars, et qui ne sait le bon accord qui régnait entre ce Dieu et cette Déesse ? Les Romains étaient-ils de pire condition que les autres, qui se flattaient à l’envi d’avoir des Dieux pour fondateurs de leurs villes ? Lorsque ces fondateurs n’étaient pas des Dieux, ils savaient les immortaliser. Et si un Ancien (Juvenal.) se moquait des Egyptiens, en disant que cette nation était bien heureuse de voir naître des Dieux dans ses jardins ; on aurait bien pu le dire des Romains et des Grecs, qui se vantaient hautement d’être tous descendus des Dieux. S. Augustin ne laissa pas tomber ce trait de leur vanité, il le rappelle (De la Cité de Dieu, 1. 22., c. 6.) en ces termes : « Nous lisons, et on nous dit que Romulus a fondé Rome, et qu’il y a régné. On nous a aussi laissé par écrit qu’il a été mis au nombre des Dieux. Les écrits nous apprennent les faits, mais ils ne les prouvent point ; car on ne montre aucun monument, aucun prodige qui atteste que cela lui soit arrivé. La Louve qu’on dit avoir nourri les deux frères, pourrait à la vérité être mise au nombre des prodiges : mais quel est un tel prodige, et que prouve-t-il pour la divinité de Romulus ? si cette prétendue Louve ne fut pas une femme prostituée, mais un animal réel ce prodige étant commun aux deux frères, pourquoi l’un et l’autre ne sont-ils pas réputés Dieux ? » Quelques Auteurs n’ont pas même fait difficulté d’avancer que Romulus pouvait bien être l’enfant qui naquit de l’ancien adultère de Vénus et de Mars, lorsque Vulcain les lia ensemble, quand il les prit sur le fait. D’autres ont dit que Romulus était né dune vierge vestale, parente de Vulcain. Mais quoi, doit on regarder comme un Dieu, un homme qui a commencé son règne par un fratricide ? On dit même fort sérieusement qu’un aigle fut l’augure de la fondation de ce Royaume, et de sa dénomination ; qu’une oie prit la défense de la ville de Rome, et la protégea (lorsque les Gaulois attaquèrent le Capitole), et qu’elle fut gouvernée par une poule avec ses poussins (lorsqu’un aigle, qui en emportait un, le laissa tomber dans le sein de Livie ) : que ce poussin était d’une race si heureuse, que les Romains n’auraient osé entreprendre aucune expédition, sans avoir consulté auparavant les poulets qui en étaient issus. Les Romains, à l’imitation des Troyens, regardaient donc Mars et Vénus comme les Dieux tutélaires de leur ville et de leur empire. On peut voir particulièrement dans le Liv. III. de la Cité de Dieu, comment S. Augustin parle aux Païens là-dessus. Il est surprenant qu’on ait encore aujourd’hui assez de crédulité, pour penser que Rome soit un phénix ressuscité des cendres ce Troye. On dira peut-être qu’on peut le croire, en faisant abstraction de l’origine divine d’Enée et de Romulus ; mais ce sentiment ne sera fondé sur le témoignage d’aucun Auteur ancien. Ceux par qui nous avons appris l’origine et la fondation de Troye et de Rome, ne nous ont rien laissé que de fabuleux à ce sujet ; sur quoi les modernes fonderont-ils donc la réalité de ces faits ? On sait bien que Rome a existé ; mais on n’a aucune preuve de cette origine divine (Tout le monde en convient, Tite-Live lui-même. Voyez sa Préface.). Il n’en est pas de même de Troye ; on ne l’a jamais connu que par le récit d’Homère ; elle est périe sans aucun reste qui ait pu attester son existence, sinon le prétendu établissement d’Enée, et de quelques Héros Grecs dans l’Italie, suivant le récit du même Poète. Puisque Homère est regardé comme fabuleux tant sur la fondation de Troye, que sur la plupart des faits qui se sont passé pendant le siège de cette ville, pourquoi ajourera-t-on plus de foi à ce qu’il dit de la suite d’Enée, et de son établissement en Italie ? La manière dont ce Poète fait parler et agir les Dieux et les Déesses dans toutes les occasions, prouve bien qu’il regardait le tout comme une pure fable, et qu’il n’en parlait qu’autant qu’ils venaient à propos, soit pour embellir sa fiction, soit pour égayer son imagination. Homère fondant donc sur des fables l’établissement d’Ilion, et tout ce qu’il dit du siège, sans doute que le tout n’est qu’une fiction pure. Je ne conçois pas après cela comment les Mythologues osent avec un grand sérieux nous débiter tant de fables à ce sujet, uniquement fondés sur le témoignage de Pausanias, et de quelques Auteurs qu’ils méprisent eux-mêmes, et avec raison, puisqu’ils sont pleins de fables, de contradictions, de puérilités, et qu’enfin ces Anciens n’avaient pas plus de preuves de ce qu’ils avançaient, qu’en ont aujourd’hui nos Mythologues modernes. La table Iliaque, les pierres gravées, les marbres de Paros sont des monuments fort postérieurs à Homère, et qui prouvent tout au plus qu’on racontait cet événement dans le temps qu’ils ont été faits, comme on le raconte aujourd’hui. CHAPITRE V. Fatalités attachées à la Ville de Troye. on était intimement persuadé dans l’armée des Grecs et des Troyens, que la ville de Troye ne pouvait être prise, si l’on n’était attentif à exécuter certaines choses dont le sort de cette ville dépendait, Homère ne fait pas expressément mention de toutes ; mais Ovide, Lycophron, et quelques autres Anciens en ont parlé. On peut cependant les déduire de ce que rapporte Homère en différents endroits ; tels que ceux où il décrie ce que l’on fit pour aller chercher Philoctète à Lemnos, Pyrrhus à Scyros ; l’attention que les Grecs avaient à empêcher que les chevaux de Rhésus ne bussent de l’eau du Xanthe, et les dangers qu’ils bravèrent pout enlever le Palladium. Ces fatalités avaient été déclarées aux Grecs par Calchas, lorsque Agamemnon et les autres Chefs de l’armée des Grecs furent le consulter sur la réussite de l’expédition qu’ils projetaient contre la ville de Troye. Calchas répondit, qu’ils ne prendraient jamais cette ville, si Achille et son fils Néoptolême ne les accompagnait, 2°. qu’il fallait avoir les flèches d’Hercule, dont ce Héros avant de mourir avoir fait présent à Philoctète : 3°. que l’enlèvement du Palladium conservé soigneusement par les Troyens dans le temple de Minerve, était absolument requis : 4°. qu’un des os de Pélops devait nécessairement être porté à Troye avant le siège : 5°. qu’il fallait enlever les cendres de Laomédon : 6°. qu’on se donnât bien de garde de laisser boire de l’eau du Xanthe aux chevaux de Rhésus. On peut des écrits d’Homère en conclure deux autres, dont la première est qu’il était nécessaire de faire mourir Troïle, fils de Priam, avant de prendre la ville ; en second lieu, que la destinée de Troye dépendait tellement d’Hector, que cette ville ne serait jamais prise tant qu’il vivrait. On en a enfin ajouté une septième ; savoir, que Télèphe, fils d’Hercule et d’Augé, devait nécessairement y être appelé, et combattre pour les Grecs. Il est constant que tout homme sensé, à qui on dirait de pareilles choses, les regarderait comme des fables ; et qu’elles paraissent telles effets. Car quel rapport peuvent avoir des choses si différentes, et si étrangères au but que se proposaient les Grecs, le siège d’une ville et la ruine des Troyens ? A quoi pouvaient servir aux Grecs un des os de Pélops, et en quoi pouvait-il nuire à ceux qui défendaient Ilion ? Quand on ne regardera Achille que comme un Héros, brave, belliqueux, et qui par son savoir dans l’art de la guerre, peut être d’une grand utilité dans l’armée où il se trouvera, passe ; on a raison de le croire nécessaire ; mais quand on fondera cette nécessité sur ce qu’Apollon et Neptune, employés par Laomédon à bâtir la ville de Troye, avaient prié Eaque de les aider (Scholiaste de Pindare sur la cinquième Olymp.), afin que l’ouvrage d’un homme mortel venant à être mêlé avec celui des Dieux, la ville, qui sans cela aurait été imprenable, pût un jour être prise ; et qu’il fallait par conséquent qu’un des descendants de celui qui avait aidé à la bâtir, aidât aussi à la détruire. N’était-il pas plus naturel d’imaginer que le petit-fils de celui qui avait contribué à son élévation, s’opposerait de toutes ses forces à sa destruction ? à moins qu’on ne veuille supposer quelque chose d’allégorique dans tout cela. Des murs de cette ville ne tombent pas au son des trompettes : il fallait autrefois des béliers, et, aujourd’hui non-seulement le bruit du canon, mais le choc des boulets. L’Ecriture nous apprend cependant que les murs de Jéricho s’écroulèrent (Josué, c.6.) au seul son des trompettes, que Josué fit retentir autour de cette ville ; mais nous savons aussi qu’il le fit par un ordre exprès de Dieu, et l’Ecriture nous atteste la vérité du fait. Ce que nous rapportent les Poètes n’a pas ce degré de certitude ; on doit même le regarder comme des fictions pures, puisqu’elles ne sont pas même vraisemblables. Examinons ces fatalités chacune en particulier. PREMIERE FATALITÉ. Achille et son fils Pyrrhus sont nécessaires pour la prise de Troye. M. l’Abbé Banier et les partisans de son système sont bien embarrassés pour y adapter ces fatalités : aussi se contente-t-il de les rapportée, sans se mettre en devoir d’en donner presque aucune explication. Quant à cette première, il conjecture que Calchas, gagné par les Chefs de l’armée des Grecs, imagina cette fatalité pour attirer Achille et ses troupes au siège de Troye ; et que pour y réunir, on en donna la commission à l’artificieux Ulysse. Mais prenons les choses dans le sens naturel que nous présente la Fable ; et voyons si elles ne renferment pas une allégorie toute simple de la Philosophie Hermétique. On feint qu’Achille était fils de Pelée et de Thétis. Quoique nous ayons déjà expliqué ce que la Fable a voulu nous donner à entendre par-là,, il est à propos d’en retoucher quelque chose, pour rendre la preuve plus complète. Pelée vient de , noir, brun, livide ; ou de , boue, bourbier. Thétis est prise pour l’eau. Isacius dit que Pelée, par le conseil de son père, eut commerce avec Thétis, lorsque entre les différentes formes qu’elle prenait pour éviter les poursuites de Pelée, elle eut pris celle d’un poisson, connu sous le nom de sèche. Ainsi voilà Achille fils de la Boue noire et de l’Eau. On sait que la sèche jette une liqueur noire qui tient l’eau dans laquelle elle se trouve, et la change pour ainsi dire en encre. Tout cela convient donc bien à la circonstance de la conception de l’enfant philosophique, que nous avons dit se faire, suivant les Philosophes, lorsque la matière mise dans le vase, est parvenue à un état semblable à celui d’une boue noire, ou à de la poix noire fondue. Par la même raison la Fable dit que les noces de Pelée et de Thétis se firent sur le Mont Pélion en Thessalie. A peine Achille fut-il né, que sa mère, pour l’accoutumer à la fatigue, et le rendre comme immortel, le nourrit et l’éleva d’une façon qui ne fut propre qu’à Cérès et à Thétis. Elle le cachait toute la nuit dans le feu, pour consumer en lui tour ce qu’il avait de mortel et de corruptible ; pendant le jour elle l’oignait d’ambrosie. Cette méthode lui réussit seulement pour Achille ; tous ses autres enfants en moururent, c’est ce qui lui fit donner le nom de Pyrithoüs, comme sauvé du feu, ou vivant dans le feu. Pelée ayant voulu se mêler de l’éducation d’Achille, Thétis l’abandonna et se retira avec les Néréides. On mit ensuite Achille entre les mains de Chiron, pour être instruit dans la Médecine et les Arts. Comme Achille avait appris de Thétis qu’il périrait dans la guerre de Troye, lorsqu’il fut question de cette guerre, Achille se retira chez Lycomède, pour ne pas s’y trouver, il se déguisa sous un habit de femme, et y eut commerce avec Déïdamie, dont il eut Pyrrhus. Les Grecs ayant appris de Calchas la nécessité de la préSence d’Achille, chargèrent Ulysse de le chercher. Il le trouva après bien des perquisitions, et l’engagea à joindre les autres Chefs de l’armée des Grecs. Cette action est une de celles qui font le plus d’honneur à Ulysse. Il faut regarder Ulysse comme le symbole de l’Artiste prudent et habile dans son art, ou l’agent extérieur qui conduit l’oeuvre. Achille est l’agent intérieur, sans lequel il est impossible de parvenir au but que le Philosophe se propose. Nous avons parlé, dans le cinquième Livre, des qualités requises dans l’Artiste ; qu’on se rappelle ce que nous avons dit à ce sujet, et qu’on fasse attention à ce que nous allons rapporter d’après Geber, on y reconnaîtra le portrait d’Ulysse d’après nature. « Celui qui n’a point un génie étendu et un esprit subtil, propre à pénétrer dans les secrets replis de la Nature, à découvrir les principes qu’elle emploie, et l’artifice dont elle use dans ses opérations, pour parvenir à la perfection des mixtes et des individus, ne découvrira jamais la simple et véritable racine de notre précieuse science. » Tels sont les termes de Geber (Summâ perfect, part. I. c. 5.), qui après avoir fait l’énumération des défauts de l’esprit, qui donne l’exclusion à cette science, tels que sont l’esprit pesant et bouché, l’ignorance, la crédulité téméraire qui en est une suite ; l’inconstante, l’inquiétude des affaires qui occupent trop, l’avarice, la nonchalance, l’ambition, et le peu d’aptitude pour les sciences ; conclut enfin dans le chapitre septième par un épilogue, où l’on reconnaît Ulysse comme dans un miroir. « Nous concluons donc, dit cet Auteur, que l’Artiste de cet oeuvre doit être versé dans la science de la Philosophie naturelle, et qu’il doit en être parfaitement instruit ; parce que, quelque esprit et quelques biens qu’il ait, il n’en obtiendra, jamais la fin sans cela.... Il faut donc que l’Artiste appelle à son secours une méditation profonde de la Nature, et un génie fin, industrieux. La science seule ne suffit pas, ni le génie seul ; il les Faut tous deux, parce qu’ils se prêtent un secours mutuel. Il doit être d’une volonté constante, afin qu’il ne coure pas tantôt à une chose, tantôt à l’autre ; car notre art ne consiste pas dans la multitude des choses. Il n’y a qu’une pierre, qu’une médecine et qu’un magistère. Il doit être attentif et patient, afin qu’il n’abandonne pas l’oeuvre à moitié fait. » « Il ne faut pas qu’il soit prompt et trop vif : la longueur de l’oeuvre l’ennuierait. Qu’il sache enfin que la connaissance de cet art dépend de la puissance divine, qui en favorise qui il lui plait, qu’il ne la communique pas aux avares, aux ambitieux, et à ceux qui ne cherchent qu’à assouvir leurs passions déréglées ; car Dieu est plein de justice, comme il est plein de bonté. » Ovide dans ses Métamorphoses (Liv. 13. Fab. 1.) introduit Ulysse et Ajax, qui se disputent les armes d’Achille. Chacun d’eux fait l’énumération des droits qu’il a sur ces armes, par les belles actions qu’il a faites, et par les services qu’il a rendus aux Grecs. Quand on a lu l’Iliade d’Homère, on voit bien qu’Ulysse peut se comparer à Ajax pour les actions de bravoure et de courage. Ajax en fait trophée dans Ovide ; il montre son bouclier tout criblé de coups de lances et de javelots, et reproche à Ulysse que le sien est encore entier dans toutes ses parties. Quoique Ajax haranguât des guerriers, qui n’ignoraient point sa valeur, et qui naturellement auraient été disposés à donnée la préférence à un aussi grand Héros, ils les adjugèrent cependant à Ulysse, quand ils eurent entendu sa harangue. En quoi consistait-elle ? a rappeler, 1°. qu’il avait su découvrir Achille, déguisé même sous l’habit de femme, et l’amener dans l’armée des Grecs ; 2°. qu’il a vaincu Télèphe, et la guéri de sa blessure ; 3°. qu’il a pris les villes d’Apollon ; 4°. qu’il est cause de la mort d’Hector, puisqu’il a succombé sous les armes d’Achille ; 5°. qu’il a déterminé Agamemnon à sacrifier Iphigénie pour le bien public ; 6°. que malgré le danger qu’il y avait à se présenter devant Priam, pour revendiquer Hélène, il n’a point craint d’y aller avec Ménélas ; 7°. que les Grecs ennuyés de la longueur et des fatigues du siège, et ayant pris le parti de l’abandonner et de se retirer, il fit tant par ses exhortations et ses remontrances, qu’il les détermina à les continuer : qu’il tendait des pièges aux Troyens, et avait mis le camp des Grecs a l’abri de leurs insultes par un bon mur de circonvallation : que par ses conseils et ses expédients l’abondance avait toujours été entretenue dans l’armée. C’est moi, ajoute- t-il, qui ai surpris Dolon. J’ai pénétré moi-même jusqu’à la tente de Rhésus, et je lui ai ôté la vie. Ajax dans les horreurs de la nuit, a-t-il passé à travers les sentinelles ; pénétré non-seulement dans la ville, mais jusqu’aux forts mêmes au milieu du fer et du feu, et enlevé le Palladium ? Qui, j’ai pris la ville par cette action, puisque par elle je l’ai mise en état d’être prise. J’ai amené Philoctète au camp avec les flèches d’Hercule, et c’est par leur secours que nous avons vaincu. Si l’on veut faire attention aux explications des différentes fables que j’ai données jusqu’ici, on verra clairement que tous ces faits sur lesquels Ulysse fonde ses droits sur les armes d’Achille, sont précisément des allégories des opérations du magistère des Sages. Voyons-en quelques-uns. Nous avons dit qu’Achille est le symbole du feu du mercure philosophique. La Fable dit qu’Achille était fils de Pelée et de Thétis, ou de la boue noire. La boue est composée de terre et d’eau, le mercure des Philosophes s’extrait de ces deux matières. Suivant d’Espagnet (Arcan. herm. Philos, opus, Can. 46.), « on l’appelle tantôt terre, et tantôt eau, pris sous divers aspects, dit cet Auteur, parce qu’il est naturellement composé de ces deux. » Pour indiquer l’état de cette terre philosophique, ou du sujet sur lequel travaillent les Philosophes, lorsqu’il doit enfanter le mercure, d’Espagnet cite les vers suivant de Virgile, qui expriment très bien la dissolution et la putréfaction de cette matière, signifiée alors par Pelée, parce qu’elle est comme une boue noire, à laquelle presque tous les Philosophes la comparent. Pingue solum primis extemplo à mensibus anni Fortes invertant tauri. ...... Tunc zephyro putris se geba resolvit. Géorgie. I. Lorsque Achille fut né, Thétis le nourrît comme Cérès avait fait Triptolème ; elle le cachait la nuit sous le feu, et le jour elle l’oignait d’ambrosie. Je ne repérerai pas ici ce que j’ai dit là-dessus dans l’article de Cérès, le Lecteur peut y avoir recours. Achille devenu grand, se retira chez Lycomède ; où il devine amoureux de Déïdamie, et en eut un fils nommé Pyrrhus. Le mercure parvenu au temps où il commence à se fixer, quitte pour ainsi dire la maison paternelle et maternelle, en passant de la couleur noire à la blanche. Dans cet état il se retire chez Lycomède, parce qu’il se change en une espèce de terre, que les Philosophes appellent or blanc, soleil blanc, pierre qui commande, et qui règne ; ce qui est exprimé par Lycomède, qui vient de , soleil, et de , je commande, je prends soin. C’est pour cela que Lycomède est appelé père de Déïdamie ; car la partie fixe dans cet état a une venu propre à fixer la partie volatile, elle a, disent les Philosophes, une vertu aimantine qui attire à elle la partie volatile, pour la fixer et ne former qu’un corps des deux. Tout le monde sait que le mercure est volatil. L’amour qu’Achille, symbole de ce mercure, a pour Déïdamie, est cette vertu aimantine et attractive réciproque, qui fait que l’un et l’autre se réunirent, et que le volatil devient enfin fixe. On ne pouvait l’exprimer plus heureusement que par le nom de Déïdamie, puisqu’il signifie une chose qui en fixe une autre, ou qui l’arrête dans sa courte, de , , et de , je dompte, j’arrête. Déïdamie donna un fils à Achille, qui fut pommé Pyrrhus à juste titre, puisque de l’union du fixe et du volatil se forme le soufre philosophique, qui est un vrai feu ou une pierre ignée, que d’Espagnet appelle minière de feu céleste ; Philalèthe le nomme feu de nature. Alphidius dit, que lorsque celui qui fuit est arrêté dans sa course par celui qui le poursuit, la course des deux finit ; ils se réunissent, et ne font plus qu’un, qui devient rouge et feu. Homère désigne cette volatilité du feu mercuriel, en disant toujours d’Achille, qu’il a le pied léger, qu’il est extrêmement prompt à la course : . Ce Poète l’insinue encore mieux (Iliad. 1. 16. v. 145.), lorsqu’il dit qu’Achille dit à Automedon d’atteler son char pour Patrocle son ami, et d’y mettre ses deux chevaux Xantheis et Balius, dont la vitesse égalait celle du vent : Harpuie Podarge les avait engendrés de Zéphire, lorsqu’elle paissait sur les bords de l’Océan, et qui plus est, ces chevaux étaient immortel (Iliad. 1. 17. v. 444.). Ulysse ayant déterminé Achille à se joindre aux Grecs, celui-ci assembla les Myrmidons ses sujets, il se mit à leur tête, avec Menestius, fils du fleuve Sperchius, Dieu, et fils de Jupiter et de la belle Polydore (Iliad. 1. 16. v. 173.), avec Eudorus, fils de Mercure, appelé dans cette circonstance , ou le pacifique (ibid. v. 185 ) ; mais Eudorus étant devenu grand, était célèbre par sa grande légèreté à la course. Pisandre fut le troisième Chef des Myrmidons : Homère (ibid. v. 194-) dit de lui qu’il était le plus vaillant de cette troupe, après Achille. Phoenix, vieillard, fut le quatrième, et Alcimédon, fils de Laerce, le cinquième. Pyrrhus étant né, ou le soufre philosophique parfait, il faut que l’Altiste procède à la seconde opération, que les Philosophes appellent le second oeuvre, ou l’élixir. C’est cet élixir, ou le procédé qu’il faut tenir en le faisant, qu’Homère a eu en vue dans son Iliade. La première fatalité de Troye était qu’Achille, et après lui son fils Pyrrhus, devaient nécessairement se trouver dans le camp des Grecs, pour que cette ville fût prise. La raison est que l’élixir ne peut se faire sans le mercure philosophique, qui en est le principal agent. Cette seconde opération n’est, selon Morien (Entretien du Roi Calid et de Morien.), qu’une répétition de la première, quant au régime et aux signes apparents, ou à ce qui se passe dans le vase, par rapport aux couleurs qui se succèdent. Homère dit en conséquence qu’Achille assembla les Myrmidons, et joignit les autres Grecs. On est surpris qu’Homère commence son Iliade par la colère d’Achille, que M. l’Abbé Banier (Tom. III. page 389.) ne regarde que comme un pur incident. Ce Poète, pour suivre son but, ne pouvait pas commencer autrement, ou il aurait renversé l’ordre des choses. Il suppose la première ; opération parfaite, ou l’or philosophique, que j’ai nommé ci-devant soufre. Il vient par conséquent tout d’un coup à la dispute d’Agamemnon et d’Achille, qu’il fait naître de la demande que Chrysès, Prêtre d’Apollon, fait de Chryséis : on sait que veut dire de l’or, on y introduit Apollon, pour désigner l’or philosophique. Agamemnon refuse, dit-on, de rendre Chryséis, qu’il dit être vierge, et qu’il préfère à Clytemnestre son épouse. Les Philosophes lui donnent aussi le nom de vierge. Prenez, dit d’Espagnet (Can. 58.), une vierge ailée, bien nette et bien pure, ayant les joues teintes de couleur de pourpre (Il est bon de remarquer qu’Homère dit aussi que Chryséis avait les joue belle et vermeilles. Iliad. Liv. I. v. 323.). Néanmoins Agamemnon se rend aux exhortations d’Ulysse, et rend Chryséis ; mais il proteste à Achille qu’il s’en dédommagera, en lui enlevant Briséis qu’Achille aimait éperdument. Agamemnon remit donc Chryséis entre les mains du sage Ulysse, c’est-à-dire, de l’Artiste, pour la mener à Chrysès son père. Ulysse sut constitué le chef de la dépuration, et fit montrer Chryséis dans un vaisseau, c’est-à-dire, qu’il la mit dans le vase. Après qu’Ulysse fut parti, Agamemnon envoya prendre de force Briséis (Ibid, v. 324. et suiv.). Ceux qui furent envoyés, trouvèrent Achille assis dans sa tente, et dans son vaisseau noir. Il reconnue aussitôt le sujet qui les amenait, et dit à son ami Patrocle de tirer Briséis de sa tente, et de la leur remettre pour la conduire à Agamemnon. Patrocle le fit ; et Achille la voyant partir, se mit a pleurer en regardant la mer noire, et se plaignit à Thétis sa mère, de l’injure que venait de lui faire Agamemnon. Elle entendit ses plaintes du fond de la mer blanche, où elle était avec le vieillard Nérée son père, et aussitôt elle s’éleva du fond comme un nuage. Il lui raconta comment, après avoir ruiné Thèbes, Agamemnon avait eu Chryséis en partage, et lui Briséis ; qu’Agamemnon obligé de remettre Chryséis à son père, parce qu’Apollon irrité avait envoyé la peste dans le camp des Grecs, il s’en était vengé sur lui Achille, en lui enlevant de force sa chère Briséis. Thétis lui répondit aussi en pleurant : « Pourquoi, mon fils, vous ai-je mis au monde, et vous ai-je élevé avec tant de soins ? vous êtes le plus malheureux des hommes, car je sais que le destin fatal vous menace d’une mort prochaine. Je vais cependant trouver Jupiter dans l’Olympe plein de neige, et je ferai mon possible pour l’engager à seconder vos désirs. Pour vous, demeurez dans vos vaisseaux sans combattre aucunement, et nourrissez votre colère contre les Grecs. Jupiter fut hier en Ethiopie, pour assister à un repas avec tous les autres Dieux. » Ayant ainsi parlé, elle s’en fut. Pendant ce temps-là, Ulysse avec Chryséis abordèrent à Chryse, ville d’Apollon, et ayant mis le vaisseau à l’ancre, il remit Chryséis entre les mains de Chrysès son père, qui adressa ses voeux à Apollon, donc l’art est d’argent, afin qu’il favorisât les Grecs. Le lendemain Ulysse appareilla des voiles blanches, et Apollon leur ayant envoyé un vent humide favorable, ils arrivèrent heureusement au camp des Grecs. Il ne faut qu’avoir lu même très superficiellement les livres des Philosophes hermétiques, pour reconnaître, dans ce que je viens de rapporter des propres termes d’Homère, les mêmes façons d’exprimer, et tout ce qui se passe dans le vase depuis que les ingrédients qui composent l’élixir, commencent à se dissoudre et à tomber en putréfaction, jusqu’à ce que la matière soit parvenue au blanc. On peut le comparer avec ce que nous allons rapporter de d’Espagnet (Can. 64.) : « Les moyens ou signes démonstratifs sont, dit-il, les couleurs qui apparaissent successivement, et qui font voir à l’Artiste les changements qui affectent la matière, et le progrès de l’oeuvre. On en compte trois principales, qui sont comme des symptômes critiques auxquels il faut bien faire attention : quelques-uns en ajoutent une quatrième. La première couleur est noire, on lui a donné le nom de la tête de corbeau, à cause de sa grande noirceur. Lorsqu’elle commence à noircir, c’est un signe que le feu de nature commence son action ; et quand le noir est parfait, il indique que les éléments sont confondus ensemble, et que la dissolution est achevée ; alors le grain tombe en putréfaction, et se corrompt, pour être plus propre à la génération. La couleur blanche, succède à la noire ; le soufre blanc est alors dans son premier degré de perfection : c’est »> une pierre qu’on appelle bénite ; c’est une » terre blanche feuillée, dans laquelle les Philosophes sèment leur or. La troisième couleur, est la citrine, qui est produite par le passage de la couleur blanche à la rouge : elle est comme une couleur moyenne et participante des deux, comme l’aurore safranée, qui nous annonce le Soleil. La quatrième enfin est la rouge, ou couleur de sang, qui se tire de la blanche par le seul moyen du fieu. Comme la parfaite blancheur s’altère aisément, elle passe assez vite ; mais la rougeur foncée du soleil dure toujours, parce qu’elle parfait l’oeuvre du soufre, que les Philosophes appellent sperme masculin, feu de la pierre, couronne royale, or, et fils du soleil. » Revenons à l’Iliade d’Homère, et voyons si ce qu’il dit est conforme à ce que nous apprend d’Espagnet, que je me contente de citer : pour ne pas multiplier les citations sans nécessité, j’en rapporterai de différents Auteurs, pour preuve des expirations que je donnerai. Nous avons vu ci-devant qu’Achille, symbole du feu du mercure, était le principal agent dans l’oeuvre philosophique ; nous avons suivi sa vie jusqu’à la naissance de Pyrrhus chez Lycomède. Homère a passé tout cela, et commence par le supposer amoureux de Briséis, c’est-à-dire, en repos, ou dans l’état que se trouve le mercure après que sa volatilité a été arrêtée dans sa course par Déïdamie. C’est ce qu’il fait dire à Achille dans la plainte qu’il porte à Thétis sa mère. Apres avoir ruiné Thèbes, dit-il, Agamemnon eue Chryséis en partage, et les Grecs me donnèrent Briséis. On fait que Thèbes sur le terme des courses de Cadmus ; c’est aussi là qu’Achille trouva Briséis, qui, comme nous l’avons dit, signifie dormir, se reposer. Il s’agit de faire le second oeuvre, semblable au premier ; Homère suppose donc les matières dans le vase, et l’opération commencée, c’eSt à-dire, la fermentation de la matière. Cette fermentation occasionne un mouvement dans la matière, qui menace le mercure, ou Achille, de lui ôter son repos, ou Briséis. A cette fermentation succède la dissolution, et la putréfaction causée par l’or philosophique, ou Apollon ; c’est la peste qu’Apollon envoie dans le camp des Grecs. A. cette peste succède la mort des Grecs, ou la noirceur, appelée mort par tos Philosophes. Dans cet état, le volatil domine sur le fixe, et cette peste ne cessera que lorsque Chryséis, sera rendue à son père, c’est-à-dire quand la matière aura passé de la couleur noire à la blanche, qui est l’or blanc des Philosophes. Que peuvent signifier le voyage de Jupiter et des autres Dieux en Ethiopie, et leur retour dans l’Olympe plein de neige, sinon la noirceur de la matière, et son passage de la couleur noire à la blanche ? Les larmes de Thétis et d’Achille n’expliquent-elles pas la matière qui se dissout en eau ? Le voyage d’Ulysse indiqua tout cela, et encore mieux ce qui se passa dans le camp des Grecs jusqu’à son retour. A peine, dit Homère, Chryséis fut-elle partie sous la conduite d’Ulysse, c’est-à-dire, mise dans le vase philosophique par l’Artiste, qu’Agamemnon envoie prendre Briséis dans la tente d’Achille : voila la fermentation qui commence. Ils arrivent à son vaisseau noir, et le trouvent dans sa tente assis, mais extrêmement irrité ; c’est la putréfaction et la noirceur, indiquée aussi par les Myrmidons, auxquels Homère feint qu’Achille commandait. La Fable nous donne elle-même à entendre ce qu’il faut penser des Myrmidons, en nous apprenant qu’ils naquirent des fourmis, et cela parce que les fourmis sont noires, et que quand elles sont toutes ensemble dans leur fourmilière, leur tas représente assez bien la matière dans son état de noirceur. La même raison à fait dire que Pelée, père d’Achille, règnent en Phthie sur les Myrmidons, parce que Pelée veut dire boue noire, ordure, et Phthie, corruption, de , corrompre. Les autres Chefs qui commandaient les Myrmidons sous les ordres d’Achille, indiquent par l’étymologie seule de leurs noms, tout ce qui se passe dans l’oeuvre. Ménestius marque le repos où est d’abord la matière, et la qualité de cette même matière, puisqu’il vient de , attendre en repos, et de , petite pierre, ou de , être fixe et immobile. Le second se nommait Eudorus, d’, dormir. Homère en conséquence dit qu’il était fils de Mercure le pacifique ; mais il ajoute aussi que quand il fut en âge, il se rendit célèbre par sa légèreté à la course, afin de nous indiquer la volatilisation de la matière fixe. Le troisième était Pisandre, ou qui verse à boire, qui arrose, de , j’arrose ; d’où l’on a fait , pré, lieu arrosé ; et , faîte, cime ; parce que la matière en se volatilisant monte au sommet du vase en forme de vapeur, et retombe ensuite sur la matière en forme de pluie ou de rosée. Il était, dit Homère, le plus brave des Myrmidons près Achille, et il le dit avec raison, car sans cette rosée la terre philosophique ne produirait rien, de même qu’un terrain toujours aride ne serait point propre à faire germer le grain : la terre est le réceptacle des semences, et la pluie en est la nourrice. Le quatrième était Phoenix, c’est-à-dire, la pierre même des Philosophes parvenue au rouge. Aussi les Philosophes lui donnent- ils le nom de Phoenix, non seulement parce que dans l’élixir il renaît de ses cendres, mais à cause de sa couleur de pourpre ; car Phoenix vient de , rouge, couleur de sang. C’est l’oiseau fabuleux du même nom ; on le dit rouge pour cette raison, et personne ne peut se flatter d’en avoir vu d’autre ; aussi les Egyptiens faisaient-ils courir le bruit que cet oiseau venait dans la ville du Soleil, pour y faire son nid, et y renaître de ses cendres. Le cinquième enfin était Alcimédon, ou qui commande à la force même, c’est-à-dire, la pierre parfaite. Hermès (Table d’Emeraude.) lui donné le même nom, et dit qu’elle est la force qui surpasse toute force, dès qu’elle est fixée en terre. Mais revenons à Ulysse. Un des faits tes plus remarquables dit sa vie, est d’avoir su découvrir Achille déguisé sous un habit de femme, et de l’avoir engagé à se réunir avec les Grecs, pour aller miner la ville de Troye. Quel rapport, dira-t-on peut avoir ce déguisement avec le grand oeuvre ? Le fait n’est-il pas tout simple et tout naturel ? Un jeune bomme veut se cacher, pour ne pas aller à une guerre dans laquelle on lui a prédit qu’il mourrait : n’était-ce pas un expédient qui pouvait réussir selon son dessein ? Mais pense-t-on que partout on nous donne d’Achille une idée bien différente de celle d’un poltron ? Ce trait seul aurait été capable de le faire méprises des Grec, bien loin de le faire considérer par dessus tous les autres. En effet, quelle idée aurions-nous d’un jeune homme, fils d’un Roi, d’un Prince ou d’un grand seigneur, qui dans le temps que les troupes s’assemblent et se mettent en mouvement pour aller à une bataille, ou à un siège périlleux, s’aviserait de se déguiser sous un habit de femme, et irait se confondre avec les suivantes d’une Princesse, pour éviter le danger qui le menace ? Quelque bonne que fût l’idée qu’il eût donnée jusque là de son courage et de sa bravoure, une telle action ne le serait-elle pas mépriser à jamais ? On ne voit cependant rien de tout cela ; Achille est au contraire estimé, considéré, et regardé comme le plus vaillant de tous les Grecs. D’où peut donc venir un tel contraste ? Qu’on se rappelle les explications que nous ayons données jusqu’ici, on en verra bientôt le dénouement. Nous avons prouvé en plus d’un endroit que les Philosophes prenaient le sexe féminin pour symbole de l’eau mercurielle volatile, la fable nous en parle sous les noms de Muses, de Bacchantes, de Nymphes, de Naïades, de Néréides. Voilà précisément la raison pour laquelle on dit qu’Achille se cacha sous l’habit de femme, car le mercure des Philosophes n’eu proprement mercure que lorsqu’il est eau ; et loin qu’Achille sente énerver son courage sous ce déguisement, il n’en devient que plus actif ; il faut même qu’il parte par cet état pour devenir propre à l’oeuvre ; sans cela, il ne saurait pénétrer les corps durs, et les volatiliser. On a raison de regarder cette découverte d’Ulysse comme une de ses plus belles actions, puisque selon tous les Philosophes hermétiques, la dissolution de la matière en eau mercurielle est la clef de l’oeuvre. Cherchez, dit le Cosmopolite, une matière de laquelle vous puissiez faire une eau, mais une eau pénétrante, active, et qui puisse cependant dissoudre l’or sans bruit, sans corrosion, et d’une dissolution naturelle ; si vous avez cette eau, vous avez un trésor mille fois plus précieux, que tout l’or du monde ; avec elle vous ferez tout, et sans elle vous ne ferez- rien. C’est pourquoi avec Achille les Grecs pouvaient tout contre la ville. de Troye, et sans lui ils ne pouvaient rien faire. On dit qu’il devait y périr, et il y, périt en effet, c’est que, pour parfaire l’oeuvre, il faut fixer le mercure philosophique, et faire en sorte que la partie volatile ne fasse qu’une même chose avec la fixe. Cette dernière est représentée par les. Troyens, qui pour cela sont toujours appelés Dompteurs de chevaux, ou sont qualifiés par des épithètes qui signifient quelque chose de pesant, de fixe et de propre à arrêter ce qui est en mouvement. Hector lui-même (Iliad. Liv. 13. v. 137.) est comparé par Homère à un rocher. Les Grecs, au contraire, et tout ce qui leur appartient, sont toujours représentés, comme actifs, toujours en mouvement. Homère dit de presque tous les Chefs, qu’ils n’avaient pas leurs semblables pour la légèreté à la course pour l’adresse à tirer de l’arc et à lancée le javelot ; leurs chevaux sont légers comme le vent, les juments de Phérétiade (Ibid. liv. 2. v. 763) marchent aussi vite que les oiseaux volent ; Apollon lui-même les avait élevées dans le séjour des Muses. Enfin, tout ce qui peut désigner le volatil, est attribué aux Grecs, et tour ce qui est propre à dénoter le fixe, est attribué aux Troyens. On voit par ce que nous avons dit, pourquoi la présence d’Achille était nécessaire pour la prise de Troye, et pourquoi l’on feint qu’Eaque son grand-père avait aidé à Apollon et à Neptune à bâtir cette ville. Car Eaque signifie proprement la terre, d’, terre, ou la matière dont on fait l’oeuvre : cette matière mise dans le vase, se corrompt ; voilà le royaume de Phthie, où règne Pelée, c’est-à-dire la noirceur, qui est un effet de la corruption. Cette dissolution ou putréfaction produit le mercure philosophique ; c’est par conséquent Achille qui naît de Pelée. Le Soufre des Philosophes étant parfait, Troye est bâtie : et par qui ? par Eaque, Neptune et Apollon, parce que le soufre a été fait d’eau et de terre. Cette terre étant le principe de l’or philosophique, ou d’Apollon, il n’est pas surprenant qu’il y ait concouru, puisque c’est la propriété fixative de cette terre qui fait la fixité de ce soufre. Mais pour finir l’oeuvre, ce n’est pas assez d’avoir ce soufre, ou la ville de Troye édifiée, il faut détruire cette ville ; et c’est ce qui fait la sujet de l’Iliade, où l’on voit qu’après la mort d’Achille on va chercher son fils Pyrrhus encore fort jeune ; parce que, selon la fatalité, il fallait qu’il y eût quelqu’un de la race d’Eaque. Pourquoi cela ? C’est qu’à la fixation du mercure, signifiée par la mort d’Achille, succède Pyrrhus, ou la pierre ignée, comme nous l’avons vu ci-devant. Cette fixation est indiquée par le nom de celui qui tua Achille, c’est-à-dire Paris ; car Paris vient de et d’, je fixe, je fais asseoir ; ou si l’on veut, de , j’ôte la vigueur, je rends languissant. La seconde raison d’Ulysse, pour justifier son droit sur les armes d’Achille, est qu’il a pris et ruiné les villes d’Apollon, c’est-à-dire, qu’il a fait l’oeuvre, et la pierre, par conséquent que le résultat doit lui en rester, car sans les armes d’Achille, c’est-à-dire sans l’action pénétrante, dissolvante et volatilisante du mercure, il n’aurait pu venir à bout de pousser l’élixir à sa perfection. Nous pourrons discuter ses autres raisons dans la suite, en expliquant les fatalités suivantes, et la suite du siège. II. FATALITÉ. Sans les flèches d’Hercule, Troye ne pouvait être prise. HERCULE en mourant sur le Mont oeta, fit présent de ses flèches à Philoctète, et l’obligea par serment et de découvrir à personne ce qu’était devenu son corps, et ce qui lui avait appartenu. Lorsque les Grecs entreprirent la guerre de Troye, ils consultèrent l’oracle de Delphes sur sa réussite, et il leur fut répondu que la ville ne pourrait être prise sans les flèches d’Hercule. Ulysse découvrit que Philoctète les avait ; il fut donc le trouver, et les lui demanda ; Philoctète ne répondit rien, sinon qu’il ne pouvait lui en donner ces nouvelles. Ulysse ne se contenta pas de cette réponse, il insista ; Philoctète se voyant pressé, montra avec le pied le lieu où elles étaient. Ulysse les prit, et les porta aux Grecs. D’autres disent qu’Ulysse engagea Philoctète à joindre les Grecs, et les porter lui-même. En allant à Troye, les Grecs l’abandonnèrent inhumainement à Lemnos, à cause d’un ulcère qui lui était venu pour avoir été mordu d’un serpent (Iliad. l. 2. v. 723), lorsqu’il cherchait à Chryse un autel d’Apollon, ou Hercule avait autrefois sacrifié, et où les Grecs devaient, selon l’Oracle, sacrifier avant d’aller au siége d’Ilion ; ou, comme d’autres le prétendent, cet ulcère lui était venu d’une blessure que lui fit une des flèches d’Hercule, qu’il laissa tomber sur son pied. Ces flèches teintes du sang de l’hydre de Lerne, en avaient été empoisonnées. Ulysse fut donc député une seconde fois à Philoctète, quoiqu’ils fussent ennemis parce que Ulysse avait été un de ceux qui furent d’avis qu’on l’abandonnât dans cette île à cause de sa blessure. Malgré cela Ulysse réussit et l’emmena au siège. Et qui en effet aurait pu résister à Ulysse, ce Capitaine rusé et artificieux, qui venait à bout de tout ce qu’il entreprenait ? La Fable nous apprend que Philoctète fut un héros célèbre, et compagnon d’Hercule, comme Thésée, l’un et l’autre pour la même raison que nous avons apportée lorsque nous avons parlé de Thésée, c’est-à-dire, parce que, suivant Homère (Iliad. Liv. 2. v. 718.), Philoctète tirait parfaitement de l’arc. Ce fut lui que les Grecs en conséquence jugèrent le plus digne de succéder à Achille, et de venger la mort de ce héros ; ce que Philoctète exécuta, en tuant Paris. Sans doute cette adresse, qu’Homère lui suppose, détermine Hercule à le faire l’héritier de ses flèches, comme il avait consacré sa massue à Mercure ; avec les flèches il atteignait les monstres de loin, et avec la massue il les assommait quand ils se trouvaient à sa portée. Ce sont aussi les deux armes nécessaires à l’Artiste du grand oeuvre : le volatil pour inciser, ouvrir, amollir, dissoudre, et pénétrer les corps durs et fixes ; et le fixe, pour arrêter le volatil, et le fixer. Il n’est donc pas surprenant quo l’on regardât les flèches d’Hercule comme absolument nécessaires pour la prise de Troye. Qu’on fasse attention aux circonstances où l’on suppose que Philoctète en fit usage, on verra qu’elles ne signifient que cela. La première fois qu’il, veut s’en servir, une de ces flèches lui tombe sur le pied, et lui cause un ulcère si puant, qu’Ulysse est d’avis qu’on abandonne Philoctète à Lemnos, séjour de Vulcain, et le lieu où les Argonautes abordèrent d’abord ; ce qui indique le commencement de l’oeuvre. La putréfaction qui survient à la matière dans le vase, ne se fait que par l’action du volatil sur le fixe, en occasionnant sa dissolution ; c’est même l’évaporation du volatil qui nous fait sentir la puanteur des choses pourries. Ces, flèches, symbole du volatil, sont donc la véritable cause de l’ulcère de Philoctète. On dit qu’on le laissa à Lemnos, parce que tant qu’Achille vécut, ou que le mercure ne fut point fixé, on pouvait se passer de Philoctète ; mais sitôt qu’Achille fut mort, il fallut recourir aux flèches d’Hercule ; c’est pourquoi Ulysse fut chargé daller chercher Philoctète, et de le ramener an camp des Grecs. On voit par là pourquoi il est mis au nombre des Argonautes. Les flèches servent à atteindre de loin les oiseaux ou les animaux, qu’on n’ose ou qu’on ne peut approcher. On suppose aussi qu’Apollon et Diane avaient un arc et des flèches ; l’un s’en servit pour tuer le serpent Python, et l’autre pour faite mourir Orion. C’est encore d’un coup de flèche qu’Apollon tua Patrocle. Mais nous avons assez parlé de ce que signifient ces flèches d’Hercule, lorsque nous avons expliqué ses travaux. On remarquera ici en passant, qu’Homère parle d’Hercule, de Thésée et de Pirithoüs, comme étant des enfants des Dieux, et comme ayant vécu longtemps avant lui (Odys. liv. II. v. 629.) ; ce qui est contredit par M. l’Abbé Banier.
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