les dieux de l'Olympe
Chute des géants Giulio Romano
Livre du langage analogique d’Hermès : Les Fables Égyptiennes et Grecques par Dom Antoine-Joseph Pernety
Livre d’Alchimie et d’ésotérisme les fables Égyptiennes et Grecques par Dom Antoine-Joseph Pernety. Chapitre V : Descente d’Enée aux Enfers. Tout le monde sait que quoique l’Enéide ce Virgile soit sans contredit le plus beau Poème latin que nous ayons, elle est cependant une imitation d’Homère, on ne sera donc pas surpris que je joigne à l’Iliade (1) un lambeau de l’Enéide. Virgile a suivi ses idées : il a donné carrière à son imagination ; mais il ne s’est pas écarté du canevas qu’Homère lui avoir fourni ; il se l’est seulement rendu propre par la manière dont il l’a traité. Je ne prétends donc pas attribuer à Virgile toutes les connaissances de la Philosophie Hermétique ; il avoir sans doute emprunté d ailleurs ce qu’il en dit, comme il avait fait beaucoup d’autres choses ; on pourrait aussi penser que Virgile en avait quelque idée : qu’il sentait quel était l’objet de l’Iliade et de l’Odyssée, et qu’il ne les regardait que comme des allégories de la médecine dorée. Il se trouvait peut-être dans le cas de bien des savants, qui, par une étude assidue et réfléchie des Auteurs Hermétiques, ont des idées vraies, quoique indéterminées, de la matière, et des opérations de cet Art ; mais qui ne mettent point la main à l’oeuvre faute de quelque ami, qui leur indique quelle est précisément cette matière, et qui fixe leur indétermination pour le commencement et les suites du travail requis pour la réussite (2). (l) Il est à propos de remarquer que le terme même d’Ilias a été pris par beaucoup d’Auteurs pour signifier la fin, le terme d’une chose. Le Cosmopolite l’a employé dans ce sens-là. Ita etiam, dit-il, dans son premier Traité, generosa natura semper agit usque in ipsum Iliadum, hoc est, terminum ultimum, postea cessat. (2) J’ai tout expliqué dans ces douze Traités, dit le même Cosmopolite dans son Epilogue, et j’ai rapporté toutes les raisons et les preuves naturelles, afin que le Lecteur craignant Dieu et désireux de cet Art, puisse plus facilement comprendre, tout ce que Dieu aidant, j’ai vu, et j’ai fait de mes propres mains sans aucune fraude ni sophistication. Il n’est pas possible de parvenir à la fin de cet Art, sans une connaissance profonde de la Nature, à moins que Dieu, par une faveur singulière, ne daigne le révéler, ou qu’un ami de coeur ne déclare ce secret. Il n’est donc pas surprenant que Virgile ait glissé dans son Enéide quelques traits qui y ont du rapport. Tel est en particulier celui de la descente d’Enée aux Enfers. D’Espagnet (Arcanum Herm. Philosophiae opus.), Augurelle (Chrysopoeia.), Philalèthe (Introitus apertus.), et plusieurs autres Philosophes ont adopté les propres termes de Virgile, et en ont fait des applications très heureuses, dans les traités qu’ils ont composés sur le grand oeuvre. Je ne suppose donc pas sans fondement ces idées à Virgile, et je me conformerai aux applications qu’en ont faites ces Auteurs, dans les explicitions que je donnerai a la narration de ce Poète. Enée ayant pris terre à Cames (Enéid. 1. 6. v. et suiv.), dirigea ses pas vers le temple d’Apollon, et vers l’antre de l’effrayante Sibylle, que ce Dieu inspire, et à laquelle il découvre l’avenir. L’entrée de ce temple était décorée par une représentation de la fuite de Dédale, ayant les ailes qu’il s’est fabriquées, et qu’il consacra ensuite à Apollon, en l’honneur duquel il avait édifié ce temple. On y voyait aussi le labyrinthe que Dédale construisit à Crète pour renfermer le Minotaure, les peines et les travaux qu’il fallait essuyer pour vaincre ce monstre, et pour sortir de ce labyrinthe quand on s’y était une fois engagé ; le filet qu’Ariadne donna à Thésée pour cet effet (3). (3) Les décorations de ce Temple sont remarquables, et il n’est pas étonnant qu’elles aient attiré l’attention d’Enée. Un Artiste ne saurait trop réfléchir sur une entreprise telle que celle du grand oeuvre, afin de pouvoir venir au point de prendre, comme Zachaire (Opuscule.), une dernière résolution qui ne trouve aucune contradiction dans les Auteurs. Non seulement les opérations et le régime sont un vrai labyrinthe, d’où il est très difficile de se tirer ; mais les ouvrages des Philosophes en forment un encore plus embarrassant. Le grand oeuvre est très aisé, si l’on en croît les Auteurs qui en traitent, tous le disent, et quelques-uns ont même assuré que ce n’était qu’un amusement de femmes et un jeu d’enfants ; mais le Cosmopolite fait observer, que quand ils disent qu’il est aisé, il faut entendre, pour ceux qui le savent. D’autres ont assuré que cette facilité ne regarde que les opérations qui suivent la préparation du mercure. D’Espagnet est de ce dernier sentiment, puisqu’il dit (Can.42.) :« Il faut un travail d’Hercule pour la sublimation du mercure, ou sa première préparation, car sans. Alcide, Jason n’aurait jamais entrepris la conquête de la Toison d’or. » Augurelle (Chrysop. 1. 3.) s’exprime à ce sujet dans les termes suivants. Alter inallo atam noto de vertice pellem Principium velut oftendit, quod sumere possis, Aller onus quantum subeas. J’ai expliqué la Fable du Minotaure et de Thésée. On peut y avoir recours. Ces représentations frappèrent Enée, et il s’arrêtait à les contempler ; mais la Prêtresse lui dit que le temps ne lui permettait pas de s’y amuser. Il se rendit donc à l’antre où la Sibylle rendait ses oracles, et à peine y fût-il arrivé, qu’il la vit saisie de la fureur qui avait coutume de l’agiter dans ces circonstances. Les Troyens qui accompagnaient Enée furent saisis de frayeur. Enée lui-même trembla à cet aspect, et adressa, du meilleur de son coeur, sa prière à. Apollon. Il lui rappela la protection toute particulière donc il avait toujours favorisé les Troyens, et le pria instamment de la leur continuer. Il promit par reconnaissance d’élever deux temples de marbre, l’un en son honneur, l’autre en celui de Diane (4), dès qu’il serait établi en Italie, avec les compagnons de son voyage. Il s’engagea même d’instituer des fêtes de Phoebus, et de les faire célébrer avec toute la magnificence possible. Il adressa ensuite la parole à la Prêtresse, et la pria de ne pas mettre ses oracles sur des feuilles volantes, crainte que le vent ne les dissipât, et qu’on ne pût les recueillir. La Sibylle parla enfin, et prédit à Enée toutes les difficultés qu’il rencontrerait, et les obstacles qu’il aurait à surmonter tant dans son voyage, que dans son établissement en Italie (5). Mais elle l’exhorta à ne pas perdre courage, et à prendre occasion de là de pousser sa pointe avec plus de vigueur. Ses oracles étaient (6) cependant pleins d’ambiguïtés, d’équivoques, et l’intelligence n’en était pas facile ; car elle enveloppait le vrai d’un voile obscur et presque impénétrable (Ibid. v. 98.). Enée répondu à la Sibylle qu’il avait prévu tout ce qui pouvait lui arriver, qu’il y avait réfléchi, et qu’il était disposé à tout. Mais puisqu’on assure, lui dit-il, que c’est ici rentrée du ténébreux Empire de Pluton, je souhaiterais ardemment voir mon père Anchise, lui que j’ai sauvé des flammes à travers de mille traits dardés contre nous, lui qui, malgré la faiblesse de son âge, a eu le courage de s’exposer aux mêmes dangers que moi, et de m’accompagner dans tous les travaux que j’ai essuyés. Il m’a lui-même recommandé de venir vous trouver, et de vous demander cette grâce. Rendez-vous propice à mes voeux ; vous qu’Hécate a sans doute préposée ici pour cela. On l’a bien accordée à Orphée pour y aller chercher sa chère épouse. Castor et Pollux y vont et, en reviennent alternativement tous les jours. Thésée y est descendu pour enlever Proserpine ; et Hercule pour en emmener le Cerbère. Ils étaient fils des Dieux, je le suis aussi. (4) Apollon et Diane étant les deux principaux Dieux de la Philosophie Hermétique, c’est-à-dire, la matière fixée au blanc et au rouge, c’est avec raison qu’Enée s’adresse à eux, et qu’il promet de leur élever des temples. Le marbre indique par sa dureté la fixité de la matière ; et l’établissement d’Enée en Italie désigne le terme des travaux, de l’Artiste, ou la fin de l’oeuvre. (5) Les difficultés qui se rencontrent pour parvenir à cet établissement ne sont pas petites, puisque tant de gens le tentent et l’ont tenté sans y réussir. Nous pouvons en juger par ce que dit Pontanus (Epist.), qu’il a erré plus de deux cens fois, et qu’il a travaillé pendant très longtemps sur la vraie matière sans pouvoir réussir, parce qu’il ignorait le feu requis. On peut voir l’énumération de ces difficultés, dans le traité qu’en a fait Thibault de Hogelande. (6) Cette manière de s’expliquer par des termes ambigus et équivoques, est précisément celle de tous les Philosophes. Il n’en est pas un qui ne l’ait employée ; et c’est ce qui rend cette science si difficile, et presque impossible à apprendre dans les ouvrages qui en traitent. Ecoutons D’Espagnet là-dessus (Can. 9.) : « Que celui qui aime la vérité, et qui désire apprendre cette science, fasse le choix de peu d’Auteurs, mais marqués au bon coin, qu’il tient pour suspect tout ce qu’il lui parait facile à entendre, particulièrement dans les noms mystérieux des choses, et dans le secret des opérations. La vérité est tachée sous un voile très obscur, les Philosophes ne dirent jamais plus vrai que lorsqu’ils parlent obscurément. Il y a toujours de l’artifice, et une espèce de supercherie dans les endroits où ils semblent parler avec le plus d’ingénuité. » Il dit aussi (Can. 25.) : « Les Philosophes ont coutume de s’exprimer en termes ambigus et équivoques, ils paraissent même très souvent se contredire. S’ils expliquent leurs mystères de cette façon, ce n’est pas à dessein d’altérer ou de détruire la vérité, mais afin de la cacher sous ces détours, et de la rendre moins sensible. C’est pour cela que leurs écrits sont pleins de termes synonymes, homonymes, et qui peuvent donner le change. Leur usage est aussi de s’expliquer par des figures hiéroglyphiques et pleines d’énigmes, par des fables et des symboles. Il suffit de lire ces Auteurs pour y reconnaître ce langage. Quant aux fables d’Orphée, de Thésée et d’Hélène, nous les avons expliquées dans les Livres précédents. La Sibylle lui répondit : Fils d’Anchyse et des Dieux, il est aisé de descendre aux Enfers, la porte de ce lieu obscur est ouverte jour et nuit (Ibid. v. 126.) ; mais l’embarras est d’en revenir, et de remontée au séjour des vivants (7). Il en est peu qui puissent le faire. Il faut être fils des Dieux, il faut par une sublime vertu s’être rendu semblable aux Immortels, ou avoir du moins mérité l’affection de Jupiter toujours équitable. Au milieu de ce lieu font de vastes forêts environnées du noir Cocyte. Mais puisque vous montrez une si grande envie de passer deux fois le lac du Styx, et de voir deux fois le séjour ténébreux du Tartare, je veux bien seconder vos désirs. Ecoutez donc ce que vous avez à faire pour réussir, et retenez bien ce que je vais vous dire. (7) La Sibylle a raison de dire que l’entrée de ce lieu est ouverte jour et nuit, puisque les Philosophes disent qu’en tout temps et en tout lieu on peut faire l’oeuvre. Mais ce n’est pas le tout que d’y entrer ; il faut être au fait des opérations, savoir faire l’extraction du mercure, et deviner de quel mercure parlent les Philosophes. C’est précisément à cela que d’Espagnet fait l’application de ces paroles de la Sibylle, Pauci quos oequus, etc. Car comme le dit le même Auteur (Cant. 36.) : Pour empêcher de distinguer quel est le mercure dont parlent les Philosophes, et le cacher dans des ténèbres plus obscures, ils en ont parlé comme s’il y en avait de plusieurs fortes ; et l’ont nommé Mercure dans tous les états de l’oeuvre où il se trouve, et dans chaque opération. Après la première préparation ils l’appellent leur Mercure, et Mercure sublimé ; dans la seconde, qu’ils nomment la première, parce que les Auteurs ne font point mention de cette première, ils appellent ce mercure, Mercure des corps, ou Mercure des Philosophes ; parce qu’alors le Soleil y est réincrudé ; le tout devient chaos ; c’est leur Rebis ; c’est leur tout, parce que tout ce qui est nécessaire à l’oeuvre s’y trouve. Quelquefois même ils ont donné le nom de Mercure à leur élixir, ou médecine tingente, et absolument fixe, quoique le nom de Mercure ne convienne guère qu’à une substance volatile. Il faut donc être fils des Dieux pour se tirer d’embarras, et suivre exactement les enseignements de la Sibylle ; si l’on veut passer deux fois le lac du Styx, et voir deux fois le séjour du Tartare, c’est-à-dire, faire la préparation de la pierre ou du Soufre, et puis l’élixir. Dans chaque opération on voit une fois le noir Styx et le ténébreux Tartare, c’est-à-dire, la matière au noir. Un arbre épais cache dans la multitude de ses branches un rameau flexible, dont la tige et les feuilles sont d’or. Il est consacré à Proserpine. Il n’est point de forêts, point de bocages, point de vallées couvertes où l’on ne le trouve (8). (8) Cet arbre est le même que celui où était suspendue la Toison d’or ; c’est la même allégorie expliquée dans le second livre. Mais la difficulté est de reconnaître cette branche ; car les Philosophes, dit d’Espagnet (Can. 15.), ont donné une attention plus particulière à cacher ce rameau d’or, que toute autre chose ; et celui-là seul peut l’arracher, ajoute le même Auteur d’après les paroles de la Sibylle : qui Maternas agnoscit aves. ...... Et geminae cui forte columboe. Ipsa sub ora viri calo venere volantes. Il n’est pas étonnant que les Philosophes se soient appliqués à cacher ce rameau d’or, puisqu’il est devant les yeux de tout le monde (Comosp. Epilog. et in oenigm.), qu’il se trouve partout, que tout le monde en fait usage, et que tout en provient. Il est connu des jeunes et des vieux, dit l’Auteur du Traité qui a pour titre, Gloria mundi ; il se trouve dans les champs, les forêts, les montagnes et les vallées. Mais on le méprise, parce qu’il est trop commun. La force ni le fer ne sont point nécessaires pour l’arracher ; c’est la science de l’oeuvre. Ce rameau est le même que cette plante appelée Moly, que Mercure donna à Ulysse (Odyss. 1. 10. v. 302 et suiv.) pour se tirer des mains de Circé. Sic utique loquutus Mercurius proebuit remedium Ex terra evulsum ; et mihi naturam ejus monstravit Radice quidem, nigrum erat, lacti autem simile flore ; Et Moly ipsum vocant Dii ; difficile vero effossu Viris utique mortalibus. On voit par-là qu’Homère et Virgile sont d’accord ; mais le premier indique plus précisément la chose, puisqu’il marque la couleur de la racine et de la fleur. Les Auteurs anciens qui pensaient bien qu’Homère n’écrivait qu’allégoriquement, ne se sont pas avisés de chercher cette plante dans le nombre des autres. Ils ont pensé qu’Homère n’avait voulu signifier par-là que l’érudition et l’éloquence. On peut voir à cet égard Eustathius, fol. 397. lig. 8. Théocrythus, Idyll. 9. v. 35. Ils ont même voulu le prouver par la langue Hébraïque, dont plusieurs pensent que ce Poète était parfaitement instruit, de même que des cérémonies du culte des Juifs. Philostrate favorite ce sentiment (In Hetoicis, fol. 637.). Voyez aussi Photius dans sa Biblioth. fol, 482. Duport. Gnomolog. Homeric. Noël le Comte, Mythol. 1.6. ch. 6. Antholog. fol. 103. Pilne le Naturaliste a cru que cette plante croit le Cynocéphale, en latin Antirrhinum, et en François mufle de veau (L. 25. c. 4. et liv. 30.). L’Emeri dans son Dictionnaire des Plantes, pense que le Moly est une espèce d’ail, dont il donne la description sous le nom de Moly. Ptolem. Héphaestion en parle aussi, 1. 4. collat, cum Scholiis Sycophron, v. 679. On peut encore consulter là-dessus Maxime de Tyr, . 19 ; mais les uns et les autres n’ont pas touché au but. Homère parlait à la vérité allégoriquement, mais il faisait allusion aux couleurs qui surviennent à la matière du grand oeuvre pendant les opérations. La racine de cette plante est noire, parce que les Philosophes appellent racine et la clef de l’oeuvre la couleur noire, qui paraît la première. La couleur blanche qui succède à la noire sont les fleurs de cette plante, ou les roses blanches d’Abraham Juif, et de Nicolas Flamel, le lis de d’Espagnet et de tant d’autres ; le narcisse que cueillait Proserpine, quand elle fut enlevée par Pluton, etc. On voit par-là pourquoi la force et le fer sont inutiles peur arracher cette plante. On ne saurait pénétrer dans ces lieux souterrains sans avoir cueilli ce rameau, qui porte des fruits d’or. C’est le présent que Proserpine veut qu’on lui offre. On le trouve toujours : car à peine l’a-t-on arraché, qu’il en pousse un autre de même métal. Voyez, cherchez-le de tous vos yeux ; et lorsque vous l’aurez trouvé, saisissez-le, vous l’arracherez sans peine ; si le destin vous est favorable, il viendra de lui-même ; mais s’il vous est contraire, tous vos efforts deviendront inutiles ; il n’est ni force, ni fer qui puisse en venir à bout. Vous avez encore une autre chose à faire. Vous ignorez sans doute que le corps mort d’un de vos amis infecte toute votre flotte ; allez-donc l’inhumer ; et pour expiation sacrifiez des bêtes noires : c’est par-là qu’il faut commencer (9) ; vous pourrez ensuite voir les bois Stygiens, et ces Empires inaccessibles aux vivants. Enée s’en retourna donc tout pensif avec Achate son compagnon fidèle. Ils trouvèrent sur le rivage le cadavre de Misene, fils d’Eole, que Triton avait fait noyer en le précipitant à travers les rochers dé la mer (si cependant le fait est croyable ). Ils se mirent donc en devoir d’exécuter les ordres de la Sibylle, et pour cet effet ils se transportèrent dans une forêt ancienne, et en coupèrent du bois pour former le bûcher. Enée pendant ce travail regardait à travers cette forée avec des yeux avides de découvrir le rameau d’or dont la Sibylle lui avait parlé. (9) Proserpine exige qu’on lui présente ce rameau d’or ; il n’est pas même possible d’aller à elle sans l’avoir. Mais avant de le cueillir, il faut inhumer celui qui a toujours accompagné Hector jusqu’à la mort, et que Triton avait fait périr parmi les rochers de la mer. C’est-à-dire, qu’il faut mettre dans le vase le mercure fixé en pierre dans la mer philosophique, et continuer le régime de l’oeuvre ; alors la matière se disposera à la putréfaction et à l’inhumation philosophique, comme faisaient les compagnons d’Enée à l’égard du corps de Misene, auxquels if laisse le soin des funérailles, pendant qu’il cherche le rameau d’or. On sait ce qu’il tant entendre par la mort et les funérailles, nous en avons parlé bien des fois dans les livres précédons. Virgile, qui ne voulait pas donner cette histoire comme vraie, mais comme une pure allégorie, a soin d’en prévenir le Lecteur une fois pour toute, en disant (V. 173.) : Si credere dignum est. Ce n’est donc qu’après l’inhumation de Misene qu’Enée pouvait voir le lac du Styx, et l’Empire ténébreux de Pluton ; et c’est pendant les funérailles, pendant que les Troyens pleurent sur r le corps du défunt ; qu’ils environnent le bûcher de feuillages noirs (V. 213.) ; qu’ils lavent le cadavre, et lui font des onctions ; c’est alors qu’Enée trouve ce rameau tant désiré, sous la conduite des deux colombes. Morien (Entret. du Roi Calid.) parle en plusieurs endroits de ce corps infecte et puant qu’il faut inhumer, qu’il l’appelle l’immondice du mort. Philalèthe emploie le même terme dans son Traité De vera confectione lapidis, pag. 48. et il dit, que la graisse, le plomb, l’huile de Saturne, la magnésie noire, le venin igné, les ténèbres, le Tartare, la terre noire, le fumier, le voile noir, l’esprit fétide, l’immondice du mort, le menstrue puant, sont tous des termes synonymes, qui ne signifient que la même chose, c’est-à-dire, la matière parvenue au noir. Quant aux colombes, d’Espagnet a employé la même allégorie, et dit (Can. 42 et 52.) : que l’entrée du Jardin des Hespérides est gardée par des bêtes féroces, qu’on ne peut adoucir qu’avec les attributs de Diane, et les colombes de Vénus, Philalèthe a parlé aussi plus d’une fois de ces colombes, dans ton Traité Introitus apertus ad occlusum Regis palatium. Sans elles, dit cet Auteur, il n’est pas possible d’y parvenir. Qu’on fasse attention à ce que signifient les attributs de Diane, et l’on verra qu’il n’est pas plus facile de pénétrer dans le séjour de Proserpine sans leur secours, qu’il était possible de prendre la ville de Troye sans les flèches d’Hercule : c’est pour cela que les colombes vinrent à Enée en volant, et furent aussi en volant le reposer sous l’arbre double, qui caché le rameau d’or. Le Cosmopolite fait mention de cet arbre (Enigme.) en ces termes : « Je fus ensuite conduit par Neptune dans une prairie, où il y avait un jardin, dans lequel étaient plusieurs arbres dignes d’attention, et parfaitement beaux. Entre plusieurs on en voyait deux principaux, plus élevés que les autres, sortis d’une même racine, donc l’un portait des fruits brillants comme le Soleil, et dont les feuilles étaient d’or, l’autre produisait des fruits blancs comme les lis, et ses feuilles étaient d’argent. Neptune appelait l’un l’arbre Solaire, et l’autre l’arbre lunaire. » Lorsque les colombes arrivèrent près d’Enée, elles se posèrent sur le gazon ; c’est la prairie du Cosmopolite. Elles s’écartèrent de l’entrée du puant Enfer, parce que la matière se volatilise pendant la putréfaction. Elles furent se reposer sous l’arbre Solaire, c’est-à-dire, que la volatilisation cesse dès que les parties volatiles se fixent en une matière que les Philosophes appellent or. Sur ces entrefaites deux colombes (V. 190.) vinrent à lui en volant, et se reposèrent sur le gazon. Il les reconnut pour les oiseaux consacrés à sa mère, et le coeur plein de joie, il leur adressa la parole en ces termes : Servez-moi de guides, et dirigez mes pas dans l’endroit de la forêt, où croît ce rameau d’or. Et vous, Déesse ma mère, ne m’abandonnez pas dans l’incertitude où je suis. Ayant ainsi parlé, il se mit en marche, observant avec attention les signes que les colombes lui donnaient, et la route qu’elles prenaient. Elles prirent leur vol, et furent aussi loin que la vue pouvoir s’étendre. Mais lorsqu’elles arrivèrent à l’entrée du puant Enfer, elles s’en écartèrent promptement, et furent se poser, suivant le désir d’Enée, sur le double arbre, donc les rameaux ont la brillante couleur d’or. Enée ayant aperçu le rameau (V. 110.) tant désiré, le saisit avec ardeur, et le porta dans l’antre de la Sibylle. Il rejoignit ensuite ses compagnons occupés aux funérailles de Misene. Chorinée en recueillit les ossements et les enferma dans une urne d’airain (10). Enée lui éleva un tombeau, et se rendit vers la Sibylle pour se conformer aux conseils qu’elle lui avait donnés. Son antre était élevé, pierreux, gardé par un lac noir, et environné d’une sombre forêt. Les oiseaux ne sauraient voler par-dessus impunément (11) ; car une vapeur noire et puante s’exhale de l’ouverture, s’élevé jusqu’à la convexité du ciel, et les fait tomber dedans. (10) Virgile ne dit pas qu’on mît les ossements de Misene dans une urne d’or, ni d’argent, comme Homère dit qu’on avoir enfermé ceux d’Hector et ceux de Patrocle ; mais dans une d’airain : et ce n’est pas sans raison. Ce sont trois états où se trouve la matière, bien différents les uns des autres. Celui qui est représenté par Misene est le premier des trois ; le temps même où la matière est en putréfaction, et c’est alors que les Philosophes l’appellent airain, laton qu’il faut blanchir. Blanchissez le laton, et déchirez vos livres, ils vous font alors inutiles, dit Morien (Entretien du Roi Calid.). Les Sages dans cet art l’on appelé dans cet état chyle, plomb, Saturne, et quelquefois cuivre ou airain, à cause de la couleur noire et de son impureté dont il faut le purger (Philalèthe. loc. cit. p. 43.). « Par ce moyen, dit Riplée, (récapitulation de son Traité) vous aurez un soufre noir, puis blanc, puis citrin, et enfin rouge, sorti d’une seule et même matière des métaux ; c’est ce qui a fait dire aux Philosophes : Quand vous ignoreriez tout le reste, si vous savez connaître notre laton ou airain : » Cuisez donc cet airain, ajoute Philalèthe après avoir cité ce trait de Riplée, cuisez cet airain, et ôtez-lui sa noirceur en l’imbibant, en l’arrosant jusqu’à ce qu’il blanchisse. Notre airain, dit Jean Dastin, se cuit d’abord et devient noir, il est alors proprement notre laton qu’il faut blanchir. Voilà l’urne d’airain dans laquelle ont mis les ossements de Misene. Ceux de Patrocle furent mis dans de l’argent, et ceux d’Hector dans de l’or, parce que l’un signifiait la couleur blanche de la matière appelée argent, ou or blanc, lorsqu’elle est dans cet état ; et l’autre indiquait la couleur rouge appelée or. Enée sacrifia ensuite quatre taureaux noirs (V. 243.), en invoquant Hécate, dont la puissance se fait sentir dans le Ciel et dans les Enfers. Il offrit une brebis noire à la Nuit, mère des Eumenides, et à la Terre sa soeur ; et immola enfin une vache stérile à Proserpine, et finit par des sacrifices à Pluton. (11) Les oiseaux ne pouvaient passer en volant sur l’ouverture de l’antre qui sert d’entrée à l’Enfer, sans y tomber ; parce que la matière qui se volatilise, signifiée par les oiseaux, retombe dans le fond du vase après être montée jusqu’au sommet. L’espace qui se trouve vide entre la matière et ce sommet, est appelle Ciel par les Philosophes : ils donnent aussi le nom de Ciel à la matière qui se colore. La noirceur qui survient à la matière ne pouvait être mieux désignée que par les sacrifices et les immolations d’animaux noirs qu’Enée fait à Hécate, à la Nuit et à Pluton. La Sibylle entra dans cette ouverture effrayante (V. 270.), et Enée l’y suivit d’un pas ferme. Ils marchaient l’un et l’autre dans une obscurité semblable à celle où sur la fin du jour on commence à ne plus distinguer la couleur des objets. On trouve à l’entrée de ce lieu, les soins, les soucis, les maladies, la mort, le sommeil et les songes. On y voit divers monstres, tels que les Centaures (12), les Scyllas à deux formes, Briarée, l’Hydre de Lerne, la Chimère, les Gorgones, les Harpies, et les Ombres à trois corps. (12) Virgile présente ici sous un seul point de vue tout ce que les Fables renferment d’hideux, d’horrible et d’effrayant ; on dirait qu’il a voulu nous apprendre que toutes ces Fables différentes n’ont qu’un même objet, que ce l’ont des allégories de la même chose, et qu’en vain chercha-t-on à les expliquer différemment. C’est ce but que je me suis proposé dans cet Ouvrage, toutes mes explications ne tendant qu’à cela. On peut se rappeler celles que j’ai données jusqu’ici ; on verra que j’ai expliqué tous ces monstres delà même manière, c’est-à-dire, de la dissolution qui se fait pendant que la matière est noire : j’ai tiré mes preuves des Ouvrages des Philosophes, et je les ai expliquées selon les circonstances ; on peut donc y avoir recours. Mais Virgile suit pas à pas ce qui se passe dans l’oeuvre, et nous conduit insensiblement. Des monstres il va au fleuve Achéron, tout bourbeux ; ce qui forme la boue, ou le sur mer philosophique ; et les fables du Cocyte indiquent les par-tirs de la matière dont la réunion compose la pierce. De là il vient à Charon. Au portrait qu’il en fait, peut-on méconnaître la couleur d’un gris sale qui succède immédiatement au noir ? Cette barbe grise de vieillard mal peignée, ces haillons de toile malpropres qui le couvrent, sont un symbole des plus faciles à entendre. La commission qu’il a seul de passer les ombres au-delà du noir et bourbeux Achéron, indique parfaitement qu’on ne peut passer de la couleur noire à la blanche, sans la couleur grise intermédiaire. L’Erèbe qui fut père de Charon, et la Nuit sa mère, nous font encore mieux comprendre quel il était. Tel est le chemin qui mené au fleuve Achéron, plein de la boue du Styx et du sable du Cocyte. Charon, l’affreux Charon, est le garde de ces eaux ; sa barbe est à demi blanche, sale, et mal peignée ; un haillon de toile mal-propre lui sert de vêtement : c’est lui qui est chargé de passer de l’autre côté les ombres qui se présentent. Une multitude innombrable (V. 305 et suiv.) d’ombres erraient et voltigeaient sur les bords du fleuve, et priaient instamment Charon de les passer. Il repoussait brutalement toutes celles donc les corps n’avaient pas été inhumés ; mais enfin au bout d’un temps, il les prenait dans sa barque (13). (13) Il eût été bien difficile d’exprimer la volatilisation de la matière pendant et après la putréfaction, par une allégorie plus expressive que celle des ombres errantes et voltigeantes sur les bords du Styx, la chose s’explique d’elle-même. Mais pourquoi Charon refusait-il de passer celles dont les corps étaient sans sépulture ? La raison en est fort simple. Tant que les parties volatiles errent et voltigent dans le haut du vase au-dessus du lac philosophique, elles ne sont point réunies à la terre des Philosophes, qui passe de la couleur noire à la grise, signifiée par Charon ; cette terre nage comme une île flottante, et a donné occasion de feindre la barque. Lorsque ces parties volatiles sont au bout d’un temps réunies à cette terre, le temps qui leur est fixé pour errer est fini ; elles retournent d’où elles étaient parties, et passent avec les autres. Virgile a parfaitement bien exprimé ce qu’il faut entendre par cette inhumation, c’est-à-dire, cette réunion des parties volatiles voltigeantes, avec celles qui sont au fond du vase, d’où elles croient séparées. Sedibus hunc refer ante suis, et conde sepulchro, dit Virgile, v. 152, en parlant de Misene, et v. 327, en parlant des ombres : Nec ripas datur horrendas, nec rauca fluenta Transportare prius, quam sedibus ossa quiurunt. La Sibylle et Enée (V. 384.) continuèrent leur route, et s’approchèrent du Styx. Charon les ayant aperçus de sa barque, adressa ces paroles à Enée : Qui que vous soyez qui vous présentez en armes sur le rivage de ce fleuve, parlez, que venez-vous faire ici ? Retirez-vous ; ce séjour est celui des ombres, de la nuit et du sommeil. Il ne m’est pas permis d’admettre les vivants dans ma barque ; Je me suis bien repenti d’y avoir reçu Hercule, Thésée et Pirithoüs, quoique fils des Dieux, et d’une valeur extraordinaire. Le premier eut la hardiesse d’y lier Cerbère, gardien du Tartare, et de l’emmener ; les deux autres eurent la témérité de vouloir enlever Proserpine. La Sibylle voyant Charon en colère, lui dit : apaisez-vous, cessez de vous échauffer, nous ne venons pas dans le dessein de faire aucune violence. Que le gardien dans son antre aboie éternellement, si bon lui semble, et que Proserpine demeure tranquille tant qu’elle voudra à la porte de Pluton, nous ne nous y opposerons pas. Enée est un héros recommandable par sa piété ; le désir seul de voir son père l’amené ici. Si une envie aussi religieuse ne fait point d’impression sur vous reconnaissez ce rameau d’or. Enée le lira pour lors de dessous son habit, où il le tenait caché. A l’aspect de ce rameau Charon se radoucit, et après l’avoir admiré assez longtemps, il conduisit sa barque au rivage où était Enée. Il en éloigna les ombres ; et ayant introduit Enée dans son bord avec la Sibylle, il les passa de l’autre coté du fleuve limoneux. Là se trouve le Cerbère à trois gueules, dont les aboiements affreux retentissent dans tout le royaume de Pluton. Dès qu’il aperçut Enée, il hérissa les couleuvres qui lui couvrent le cou ; mais la Sibylle l’endormit, en jetant dans sa gueule béante une composition soporifique de miel et d’autres ingrédients (14) ; il l’engloutit avidement, mais sa propriété fit son effet. Cerbère se coucha, tout de son long, et l’immensité de son corps remplissait tout l’antre. Enée débarqua aussitôt, et s’empara de l’entrée. (14) Il est inutile de répéter ici ce que nous avons dit dans le second Livre, au sur jet de la composition que Médée donne à Jason, pour endormir le Dragon, gardien de la Toison d’or. Le Lecteur voit bien que ce l’ont deux allégories tout-à-fait semblables, et qu’elles doivent par conséquent être expliquées et entendues de la même manière ; ce qui forme une nouvelle preuve, qui justifie l’idée que je veux donner de cette descente d Enée aux Enfers. Le Dragon constitué gardien du Jardin des Hespérides, y a encore un rapport très immédiat, Cerbère était frère des deux, ne comme eux de Typhon et d’Echidna. L’hydre de Lerne, le serpent Python, le Sphinx, la Chimère, étaient aussi sortis du même père et de la même mère que Cerbère. Cette parenté explique ce qu’ils étaient, et ce qu’on doit en, penser. Dès qu’il eut fait quelques pas, il entendis les pleurs et les cris des enfants, que la mort cruelle, a arrachés de la mamelle de leurs mères, les gémissements de ceux que l’on a condamnés injustement à la mort ; chacun y a la place déterminée, et va subir l’interrogatoire de Minos. Auprès, de ces deniers sont ceux qui se sont eux-mêmes, donnés, la mort par ennui de la vie, dont ils voudraient bien jouir aujourd’hui, dussent-ils même y être sujets aux travaux les plus pénibles, et plongés dans la dernière misère. On en voit une infinité d’autres répandus ça et là, et qui versent des larmes amères : les Amants et les Amantes, à qui les soins et les soucis ont donné la mort ; Phèdre, Procris, Eriphyle, Evadnes, Pasiphaé, Laodomie, Cénéus et Didon. Dès qu’Enée l’aperçut, il fut à elle : et lui parla, mais les, excuses du Héros ne firent point d’impression sur elle ; elle lui tourna le dos, prit la fuite, et fut joindre Sichée son époux, qui payait son amour d’un retour partait, et qui vouloir la consoler dans son affliction. De la Enée fut aux lieux occupés, par ceux qui croient fait un nom par leurs travaux militaires. Le premier qui se présenta à ses yeux fin Tydée, puis Parchénopée et Adraste. Il vit ensuite entre autres Troyens morts pendant la guerre de Troye, Glaucus, Médonte, Thersiloque, Anténor, Polybete, favori de Cérès, et Idée cocher de Priam. La plupart des Grecs qui aperçurent Enée avec ses armes brillantes, furent saisis de crainte ; les uns s’enfuirent, les autres se mirent à jeter des cris. Il vit Déïphobe fils de Priam, et en le voyant il ne put retenir un soupir, parce que Déïphobe lui parut des oreilles, du nez et des mains cruellement mutilé (15). (15) Cette énumération des ombres que vît Enée, semble n’être placée là que pour orner le récit, et le rendre plus intéressant, mais il n’en est pas de même de la description qu’il fait du Tartare. Tisiphone la cruelle exécutrice des supplices auxquels les Dieux condamnent les criminels, et les criminels eux-mêmes sont désignés par leurs supplices. On y voit les Titans, Othus et Ephialtes, ces deux Géants énormes dont parle Homère, liv. 11. de l’Odyssée, Salmonée, Tytius, les Lapithes, Ixion, son fils Pirithoüs et ton ami Thésée, Phlégyas, etc. On croit même que Virgile a voulu faire allusion à quelques personnes vivantes de son temps, en désignant les crimes dont le bruit public les disait coupables, et qu’il parlait d’eux sous des noms empruntés de la Fable. Aussi Virgile ne dit pas qu’Enée y fût, mais que la Sibylle lui raconta ce qui s’y passait. Le portrait que ce Poète fait du Tartare, semble être mis a dessein, pour désigner les souffleurs et chercheurs de pierre philosophale, qui travaillent sans principes, et qui passent toute leur vie dans des travaux fatigants, dont ils ne retirent que les maladies et la misère. Nous avons déjà dit que Pirithoüs en était le symbole. Les autres le sont encore d’une manière plus déterminée. Ixion qui n’embrasse qu’une nuée, y est attaché à une route qui tourne sans cesse ; pour nous donner à entendre que les souffleurs ne recueillent de leurs travaux que des vapeurs, et la fumée des matières qu’ils emploient, et que ce sont une espèce de gens condamnés à un travail perpétuel et infructueux. Sisyphe y roule un rocher pesant, et fait tous ses efforts pour le monter au sommet d’une montagne, lorsqu’il croit être sur le point de l’y placer, le rocher lui échappe des mains, et retombe au pied de la montagne, où il va le rechercher, pour recommencer le même travail avec aussi peu de fruit. C’est ici le vrai portrait de ces souffleurs de bonne foi, qui travaillent jour et nuit dans l’espérance de réussir, parce qu’ils croient être dans le bon chemin, mais après bien des fatigues, lorsqu’ils sont parvenus presque au point qu’ils attendaient, ou leurs vaisseaux se cassent, ou quelque autre accident leur arrive, et ils se trouvent au même point où ils étaient lorsqu’ils ont commencé, ils ne se rebutent point, dans l’espérance de mieux réussir une autre fois. Les Danaïdes, qui puisent sans cesse de l’eau qui leur échappe, parce que le vase est percé, représentent parfaitement ceux qui puisent toujours dans leur bourse et dan celle d’autrui, des biens qui leur échappent, sans qu’il leur reste autre chose que les vases, où ces biens s’évanouissent et se perdent. On peut juger des autres par ceux-ci. Ils tenaient ensemble conversation, lorsque la Sibylle craignant qu’elle ne s’étendît trop loin, avertie Enée que l’aurore commençait à paraître, et que le temps fixé pour de telles opérations avançait. Enée, lui dit-elle, voilà la nuit qui se passe, et nous perdons le temps à pleurer. C’est ici-où le chemin (16) se partage en deux ; l’un mène aux murs ou Palais de Pluton et aux Champs-Élysées, l’autre qui est à gauche, con-duit au Tartare. Enée ayant levé les yeux, aperçut tout à coup de grands murs élevés sur le rocher qui était à gauche ; il était environné d’un fleuve de flammes très rapide, qu’on nomme Phlégéton, et qui fait un grand bruit par le choc des cailloux qu’il roule. En face était une grande et vaste porte, aux deux côtés de laquelle étaient posées deux colonnes de diamants, que les habitants du ciel même ne sauraient tailler avec le fer ; une roue de fer s’élevait dans les airs, Tisiphone en garde l’entrée jour et nuit. (l6) Le chemin qui conduit au Tartare est celui que prennent les gens dont je viens de parler, celui qui mène aux Champs-Élysées est celui que suit Enée, et avec lui les Philosophes hermétiques. Les premiers trouvent dès l’entrée Tisiphone et les furies, et ils ne rencontrent au bout qu’un air empressé, un séjour sombre et ténébreux, avec un travail pénible et infructueux. Les seconds au contraire, assurés de leur fait, parce qu’ils onc la Sibylle pour guide, aperçoivent dès l’abord les murs et la porte du Palais du Dieu des richesses ; tout ce que la nature a de plus agréable se présente à leurs yeux. On peut se rappeler a cette occasion ce que j’ai rapporté d’après les Philosophes, au sujet du séjour de Bacchus à Nisa, et de Proserpine en Sicile ; c’est une description des Champs-Élysées sous autre nom. Il suffit de gémir comme Enée sur le fort malheureux de ceux qui n’étant pas guidés par la Prêtresse d’Apollon, prennent le chemin du Tartare ; mais il ne faut pas les sur ivre, c’est même perdre le temps que de s’amuser à les contempler : il vaut mieux continuer sa route et aller placer le rameau d’or. L’aurore commençait à paraître lorsqu’ils aperçurent les murs du palais, c’est-à-dire, que la couleur noire, signifiée paria nuit, commençait à faire place à la couleur blanche, appelée lumière et jour par les Philosophes. Ils marchèrent donc ; et étant arrivés à la porte, Enée y plaça le rameau d’or ; parce que la matière dans cet état de blancheur imparfaite, commence à se fixer, et à devenir par conséquent or des Philosophes. C’est pourquoi l’on dit qu’Enée enfonça son rameau dans le seuil de la porte, car la porte indique l’entrée d’une maison, comme cette couleur de blanc imparfait est un signe du commencement de la fixation. Apres ce récit, la vieille Prêtresse d’Apollon dit à Enée : il est temps de continuer notre route et de finir l’ouvrage que nous avons entrepris ; je vois déjà les murs de la demeure des Cyclopes, et les portes du Palais voûté, où nous devons déposer le rameau d’or. Ils marchèrent donc, étant arrivés a ces portes, Enée se lava le corps, et enfonça son rameau dans le seuil même. Ce qu’ayant exécuté, ils se transportèrent dans ces lieux fortunés, où l’on ne respire qu’un air suave, et où la béatitude a établi son séjour. On y voit les Troyens (V. 662.) qui se sont sacrifiés pour leur patrie, les Prêtres d’Apollon qui ont vécu religieusement, et qui ont parlé de ce Dieu de la manière qu’il convient, ceux qui onc inventé ou cultivé les arts, et ceux qui se sont rendus recommandables par leurs bienfaits ( 17 ) ; tous le dont ceint d’une bandelette blanche, et un diadème de même couleur. La Sibylle leur adressa à tous ces paroles, et à Musée en particulier (18) : Dites-nous, âmes bienheureuses, dites-nous, illustre Musée, où trouverons-nous Anchise ? En quel endroit de ces lieux fait-il son séjour ? C’est l’envie de le voir qui nous amené, et qui nous a fait traverser les grands fleuves de l’Enfer. Nous n’avons point de retraite fixe, leur répondit Musée, nous habitons tous également ces agréables rivages, ces prairies verdoyantes et toujours arrosées : mais, si vous le voulez, montons sur cette élévation, et nous palerons de l’autre côté. (17) Ils entrèrent ensuite dans ce lieu de délices, de joie et de satisfaction, dont tous les habitants ont un diadème blanc. Voilà le progrès insensible de l’oeuvre ; voilà les différentes nuances des couleurs qui se succèdent. On à vu le noir représenté par la nuit, l’obscurité de l’antre de la Sibylle par les eaux noires des fleuves de l’Enfer, et la dissolution de la matière par les monstres qui habitent les bords de ces fleuves, la couleur grise, par la barbe de Charon et ses sales habillements ; le blanc un peu plus développé, par le jour que répand l’aurore, et l’apparence des murs du Palais. Voilà enfin le blanc tout-à-fait manifesté par les bandelettes blanches, et le diadème des habitants des Champs-Élysées. (18) La Sibylle adressa la parole à Musée en particulier ; et pourquoi ? C’est que Musée passe pour un de ceux qui avaient puisé en Egypte la connaissance de la généalogie dorée des Dieux, et qui a peut-être le premier transporté dans la Grèce leur Théogonie. Il avait parlé d’Apollon, ou l’or philosophique, de la manière qu’il convenait de le faire, il avait même cultivé l’art qui apprend à le faire, et à en parler. Ce n’est donc pas sans raison qu’on feint que la Sibylle s’adressa à lui pour trouver ce qu’Enée cherchait. Musée y étant monté avec eux, leur fit remarquer ces campagnes brillantes, dont l’éclat éblouissait les yeux. Ils descendirent ensuite de l’autre côté, et aperçurent Anchise, qui parcourait avec des yeux attentifs les ombres Troyennes et autres, qui devaient aller joindre les immortels. Il repassait sans douce dans son esprit ceux qui lui appartenaient par les liens du sang, leur état, leurs moeurs, leurs actions. Il aperçut sur ces entrefaites Enée qui venait à lui ; des larmes de joie mouillèrent ses joues ; il lui tendit les bras, en lui disant : Vous voila donc venu, et l’amour paternel vous a fait vaincre les travaux d’un voyage si pénible : je vous vois, je vous parle, je comptais jusqu’aux quarts d’heure dans l’impatience de vous voir, et mon espérance n’a point été vaine. Combien de terres combien de mers avez-vous parcourus ! combien de dangers avez-vous essuyés ! que j’ai eu d’inquiétudes à cause de vous ! Je craignais bien fort que la Libye ne ruinât votre projet (15). (19) La Libye est au touchant de l’Egypte ; c’est une partie de l’Afrique, qui eut anciennement les nous d’Olympie, Océanie, Coryphé, Hespérie, Ortygie, Ethiopie, Cyrenne, Ophiusse. Anehise avait raison de dire qu’il avait craint pour Enée au sujet de la Libye ; puisque le régime le plus difficile de l’oeuvre est, selon tous les Philosophes, celui qu’il faut garder pour parvenir à sa couleur noire, et pour en sortir, car le noir est la clef de l’oeuvre, et c’est la première couleur solide qui doit survenir à la matière ; elle est te signe de la dissolution et de la corruption qui doit nécessairement précéder toute génération. Si l’on presle trop le feu, disent les Philosophes, la couleur rouge paraîtra avant la noire, on brûlera les fleurs, et l’on fera frustré de l’on attente. Donnez donc toute votre attention, ajoutent-ils, au régime du feu, cuisez votre matière, jusqu’à ce qu’elle devienne noire, parce que c’est la marque de la dissolution et de la putréfaction ; quand vous y ferez parvenu, continuez vos soins pour blanchir votre laiton (Philalèthe, Enarrat. Méthod. p. 80.), lorsqu’il sera blanc, réjouissez-vous alors, car le temps des peines est passé : dealbate latonem, et rumpite libros. Enée lui répondit : Depuis que la mort nous avait séparés, la tristesse s’était emparée de mon coeur, vous étiez toujours présent à mon esprit, et l’ardent défit de vous voir m’amène ici. J’ai laissé ma flotte sur les rivages Tyrrhéniens, ne soyez point inquiet d’elle : permettez que je vous embrasse, et ne me privez pas de cette satisfaction. En exprimant ainsi sa joie, il versait des larmes abondantes, il tendit trois fois les bras pour l’embrasser, et trois fois l’ombre d’Anchise, semblable à l’image d’un songe, s’évanouit de ses mains. Pendant cette conversation, Enée vit à coté d’eux un bosquet situé dans une vallée écartée ; c’était une demeure tranquille pour ses habitants, et le fleuve Léthé l’environnait de toutes parts ; une multitude innombrable d’ombres de toutes les Nations voltigeaient tour autour, et ressemblaient à un essaim d’abeilles, qui dans un beau jour d’été fondent en troupes, et voltigent autour des lys et des fleurs qui émaillent une prairie. (20). Enée, tout étonné de ce Spectacle, demanda ce que c’était que ce fleuve, et cette troupe d’hommes répandus sur son rivage, Anchise l’en instruit, en ces termes : Dès le commencement un certain esprit igné fut infusé dans le Ciel, la Terre, la Mer, la Lune et les Astres Titaniens ou terrestres ; cet esprit leur donne la vie, et les entretient ; une âme ensuit répandue par tout le corps, donne le mouvement à toute la masse. De là sont venues toutes les espèces d’hommes, de quadrupèdes, d’oiseaux et de poissons ; cet esprit igné est le principe de leur vigueur ; son origine est céleste, et il leur est communiqué pat les semences qui les ont produits. Anchise les conduisit ensuite au milieu de cette multitude d’ombres qu’ils avaient vues, et étant monté sur une petite élévation, pour mieux voir tout son monde, et les passer en vue l’un après l’autre, il désigna à Enée tous ceux qui dans l’Italie devaient dans la suite des temps descendre de lui, et soutenir la gloire du nom Troyen. (20) Cette affectation de Virgile à citer d’abord les lys, qui est une fleur extrêmement blanche et peu commune dans les prairies, semble n’avoir eu d’autre but que de confirmer l’idée de la matière parvenue au blanc, qu’il avait d’abord désignée par les bandelettes blanches, qui ceignent le front des habitants des Champs-Élysées. On dirait même qu’il n’a pas poussé au-delà la description de l’oeuvre, s’il n’avait ajouté que beaucoup d’autres fleurs émaillent les prairies. Quelque variétés que soient ces fleurs en total, on fait que prises chacune en particulier, elles ne sont communément que toutes blanches, ou jaunes, ou rouges, ou nuancées de quelques-unes de ces couleurs. Virgile avait désigné la blanche en particulier par les lys, il s’est contenté d’indiquer les deux autres en général, qui marquent la suite de l’oeuvre jusqu’au rouge. La réponse que fait Anchise à Enée le prouve parfaitement. Cet esprit igné répandu dans la matière, est précisément celui que les Philosophes hermétiques disent être dans leur magistère parfait, à qui ils ont donné aussi le nom de Microcosme, ou petit Monde, comme étant un abrogé de tout ce que le Macrocosme à de parfait. Il est, disent-ils, le principe de tout ; c’est de lui que tout est fait ; il produit le vin dans la vigne, l’huile dans l’olivier, la farine dans le grain, la semence dans les plantes, la couleur dans les fleurs, le goût dans les aliments, il est le principe radical et vivifiant des mixtes et de tous les corps, c’est l’esprit universel corporifié, et qui se spécifie suivant les différentes espèces des individus des trois règnes de la nature. Le magistère est, dit d’Espagnet, une minière de feu céleste. Il faut observer à cet égard que Virgile a eu foin de distinguer les affres terrestres d’avec les célestes, afin que le Lecteur ne les confondît pas ; c’est pour cela qu’ils a appelés Titaniens, parce qu’on fait que les Titans étaient fils de la Terre. Les astres terrestres font les métaux, auxquels la Chimie a donné les noms des Planètes. Virgile ajoute que ce feu est d’origine céleste, parce que, suivant Hermès (Table d’Emeraude.), le Soleil est son père, et la Lune sa mère. Tous les Philosophes Hermétiques le disent comme lui. On remplirait un volume de citations à ce sujet ; j’en ai même rapporté un assez bon nombre dans le cours de cet Ouvrage. Quand le magistère a donc acquis sa perfection, il est alors ce feu concentré, cet esprit igné de la nature, qui a la propriété de corriger les imperfections des corps, de les purifier de ce qu’ils ont d’impur, de ranimer leur vigueur, et de produire tous les effets que les Philosophes lui attribuent. C’est enfin une médecine de l’esprit, puisqu’elle rend son possesseur exempt de toutes les passions d’avarice, d’ambition, d’envie, de jalousie, et autres qui tyrannisent sans cesse le coeur humain. En effet, ayant la source des richesses et de la santé, que peut-on désirer davantage dans le monde ? On n’aspirerait guère aux honneurs, si la misère y était attachée. On n’envie pas le bien et la fortune d’autrui, quand on en a de quoi se satisfaire, et en rendre les autres participants. Les Philosophes ont donc raison de dire que la science hermétique est le partage des hommes prudents, sages, pieux, et craignant Dieu ; que s’ils n’étaient pas tels lorsque Dieu a permis qu’ils en eussent la possession, ils le sont devenus dans la suite. FIN.
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