D’Hermès à Ovide la tradition du monde : Livre des Métamorphoses, l'hermétisme de l'analogie.
Livre des Métamorphoses d’Ovide, dans la grande tradition d'Hermès. Céyx et Alcyone (XI, 410-580) Cependant, Céyx, inquiet et troublé par le prodige de son frère en oiseau transformé, et par ceux dont il vient d’être témoin, ô vain désir de l’homme d’interroger ! veut aller consulter l’oracle de Claros, car l’impie Phorbas, avec ses Phlégyens, de l’oracle de Delphes infestait les chemins. Il te fait connaître son pieux dessein, tendre et fidèle Alcyone. Un froid soudain a glacé tous tes sens. Ton visage du buis prend la pâleur. Les pleurs coulent sur tes joues décolorées. Trois fois tu t’efforces de parler, et trois fois tes larmes ont arrêté ta voix. Enfin, elle laisse échapper ces douces plaintes qu’entrecoupent ses pleurs et ses sanglots : "Cher époux, quel est donc le crime de ton Alcyone ! Qui a pu changer ainsi ton coeur ! Que sont devenus et cette tendre inquiétude, et ces soins empressés, et ton premier amour ! Tu peux déjà t’éloigner de moi, tranquille et sans regrets. Déjà un voyage lointain occupe ta pensée. Déjà tu m’aimes mieux absente. Ah ! du moins, si tu n’allais traverser les mers fertiles en naufrages, je m’affligerais sans doute, mais je ne craindrais pas ; et mes ennuis alors seraient sans pénibles alarmes. Mais la mer, la triste image de la mer m’épouvante. Hier encore, sur ses bords, j’ai vu les débris d’un naufrage. Souvent j’y ai lu de vains noms inscrits sur des tombeaux. Qu’une fausse confiance ne t’abuse point parce qu’Éole est ton beau-père. Il tient les vents renfermés dans des prisons profondes. Il peut, quand il le veut, calmer les flots soulevés. Mais lorsqu’une fois déchaînés, les vents règnent sur l’onde, ils osent tout. Ils agitent et la terre entière et le vaste sein des mers. Au ciel même ils déclarent la guerre, et leur choc impétueux fait jaillir de la nue embrasée la foudre et les éclairs. Plus je les connais (et je les connais bien ; enfant, je les ai vus souvent dans le palais de mon père), plus je les crois redoutables. Que si mes prières ne peuvent t’émouvoir, cher époux ; si rien ne peut te détourner de ce funeste voyage, permets du moins que je te suive. Errant tous deux sur les flots, les dangers que je craindrai pour toi me seront moins pénibles ; je les partagerai, nous les supporterons également, voguant ensemble sur le vaste abîme des mers." Céyx est attendri par ce discours et par les pleurs de son épouse. Il l’aime comme il est aimé d’elle. Mais son dessein est pris. Il ne veut ni retarder son voyage, ni souffrir qu’Alcyone en coure les dangers. Que ne lui dit-il pas pour rassurer son coeur timide, et calmer ses alarmes ! Mais ses efforts sont vains. Il apporte enfin quelque calme à sa douleur, il la fléchit en ajoutant ces mots : "Le temps que je passe loin d’Alcyone est toujours long pour moi. Je te jure par l’astre du matin qui m’a donné le jour, que si les destins le permettent, je serai de retour avant que la lune ait deux fois arrondi son croissant." Il la console ainsi par ses promesses ; elle espère. On équipe un vaisseau dans le port. En le voyant son coeur est agité de sombres présages. Ses yeux se remplissent de larmes. Elle embrasse Céyx. Enfin, éplorée, éperdue, d’une voix mourante, elle lui dit un dernier adieu, et tombe évanouie. Cependant les matelots empressés craignent de vains retards, et la rame, à coups égaux, redoublés, frappe et sillonne les flots. Alcyone rouvre ses yeux baignés de larmes. Elle voit Céyx, qui, debout sur la poupe, lui parle du geste ; elle le voit, et lui répond. Cependant le vaisseau s’éloigne. Déjà aux regards des deux époux les objets se confondent. Alcyone cherche à suivre de l’oeil, sur la plaine azurée, la voile au haut du mât flottant, et qui s’enfuit et disparaît. Elle rentre au palais ; elle mouille de ses pleurs sa couche solitaire. Le lieu, les objets qui l’environnent renouvellent sa douleur. Tout l’avertit, tout lui rappelle que Céyx est absent d’auprès d’elle. Déjà le vaisseau est en pleine mer. Les vents enflent la voile. Le matelot suspend la rame oisive. Il élève les antennes, déploie toutes les voiles, et se confie à la faveur des vents. Le vaisseau voguait à une égale distance de Trachine et de Claros. Pendant la nuit, la mer s’enfle et blanchit. L’Auster impétueux souffle avec plus de violence ; "Baissez les antennes, s’écrie le pilote ! pliez les voiles" ! Il commande, mais la fureur des vents empêche d’obéir, et le bruit des vagues écumantes ne permet point qu’on entende sa voix. Plusieurs cependant, de leur propre mouvement, se hâtent de retirer les rames, d’autres de munir les flancs du navire, d’autres de détendre les voiles. Celui-ci pompe l’eau qui pénètre, et rejette les flots dans les flots ; celui-là enlève les antennes, tristes jouets des vents. La tempête augmente. De toutes parts les vents se combattent avec furie. Ils soulèvent et bouleversent l’onde. Le pilote frémit : il avoue qu’il ne sait plus ce qu’il faut ordonner et ce qu’il faut défendre ; tant le mal est grand et surmonte son art. L’air retentit des cris des matelots, du bruit sifflant des cordages, du choc des flots contre les flots, des éclats de la foudre qu’allument les vents. Tantôt la mer s’élève, semble toucher aux cieux, et mêler son onde à l’onde des nuages ; tantôt les flots précipités au fond de leurs abîmes en arrachent le sable brillant, en prennent la couleur, et bientôt paraissent plus noirs que les ondes du Styx. Quelquefois la mer s’aplanit, et soudain elle mugit blanchissante d’écume. Le vaisseau de Trachine suit tous les mouvements de l’onde. Tantôt emporté comme sur le sommet d’une montagne, il voit au-dessous de lui les profonds abîmes et les gouffres des Enfers ; tantôt précipité dans les profonds abîmes, des gouffres des Enfers il semble porter ses regards vers les cieux. Souvent, par les vagues frappés, ses flancs d’un bruit affreux retentissent, pareils aux remparts qu’ébranle la baliste ou le fer du bélier. Tel qu’on voit un lion multipliant sa force par la vitesse de sa course, se précipiter sur les traits des chasseurs, tels les flots excités, soulevés par la fureur des vents, attaquent les flancs du navire, et s’élèvent au-dessus des mâts. Déjà toutes les pièces s’ébranlent, les coins se relâchent, le bitume tombe et aux vagues funestes ouvre plus d’un passage. La pluie en torrents s’échappe de la nue. Le ciel tout entier semble descendre dans la mer. La mer tout entière semble montervers les cieux. Leurs eaux se mêlent et se confondent. La voile mouillée par les vagues, s’appesantit. Tous les astres ont disparu. Sur les flots règne une nuit affreuse, épaissie de ses ténèbres et de celles de la tempête : la foudre les divise et les traverse de ses feux étincelants, et par ces feux l’onde semble embrasée. Cependant les flots pressent le navire et vont pénétrer dans ses flancs. Comme dans l’assaut d’une ville, un soldat plus intrépide que ses compagnons, après s’être élancé à plusieurs reprises vers des murs vaillamment défendus, animé par la gloire, seul entre mille, arrive au faîte des remparts, et en fait la conquête : tel entre les flots qui battent le navire, le dixième flot, plus vaste et plus terrible, s’élance, roule, et tombe dans ses flancs, comme dans une forteresse prise d’assaut. D’autres flots tentent de le suivre, d’autres flots entrent après lui. Les nautoniers frémissent : le tumulte est pareil au tumulte d’une ville assiégée en dehors, attaquée en dedans. L’art est impuissant le courage succombe, et chaque vague qui s’avance, s’élève, et tombe, offre la mort aux pâles matelots. L’un s’abandonne aux larmes ; l’autre est immobile et glacé d’effroi. Celui-ci nomme heureux ceux que la sépulture attend après le trépas. Celui-là, invoquant les dieux, lève ses bras tremblants vers les cieux qu’il ne voit pas, et dont vainement il implore l’appui. Tous songent en pleurant à des parents qu’ils chérissent ; ils regrettent des enfants tendres gages de leur hymen, leur maison, et tout ce qu’ils ont abandonné. Céyx pleure Alcyone. Le nom d’Alcyone est le seul qui sorte de sa bouche. Il ne regrette qu’elle, et se croit pourtant heureux d’en être séparé. Il voudrait tourner les yeux vers sa douce patrie, à sa maison adresser un dernier regard. Mais dans cette horrible agitation d’une mer en furie, il ne sait où trouver et sa patrie et sa maison ! La tempête qui redouble les ténèbres, tout le ciel voilé par des nuages sombres, d’une double nuit lui présentent l’image. Le choc d’un horrible tourbillon brise le mât, brise le gouvernail. Fière de ces dépouillés, une vague puissante s’enfle et s’élève, semble regarder, en vainqueur, les flots qui grondent autour d’elle, et sur le vaisseau se précipite et tombe avec le même poids, le même fracas que le Pinde ou l’Athos, si, arrachés de leurs vieux fondements, ils s’écroulaient dans le gouffre des mers. Le navire est englouti. Les nochers, pour la plupart entraînés dans l’abîme, ne reparaissent plus à sa surface, et dans les flots terminent leurs destins. Les autres s’attachent aux débris du navire dispersés sur les eaux. De cette main dont il porta le sceptre, Céyx saisit une rame flottante. En vain il appelle à son secours Éole dont il est le gendre, et l’Astre du matin qui lui donna le jour. Mais plus souvent encore il invoque, il appelle Alcyone, Alcyone sans cesse occupant sa pensée, et comme présente à ses tristes regards. Il souhaite du moins que ses restes glacés portés par les flots sur le rivage de Trachine, y soient recueillis par une épouse et si tendre et si chère. Triste jouet des vagues, tant que sa tête s’élève au-dessus d’elles, il prononce le nom d’Alcyone ; il le murmure dans les flots. Mais en noir tourbillon l’onde s’élève sur sa tête, se courbe en arc, se crève, et l’engloutit. Son père est dans le deuil ; on ne peut le reconnaître en cette nuit funeste ; et ne pouvant abandonner les cieux, il cache son front obscurci dans de sombres nuages. Cependant Alcyone ignore son malheur ; elle compte et les nuits et les jours. Elle hâte le travail des vêtements qu’elle prépare pour son époux, et de ceux dont elle veut se parer à son retour. D’un espoir inutile abusée, elle offre aux dieux des sacrifices ; tous les jours l’encens fume sur leurs autels. Elle fréquente surtout le temple de Junon ; elle invoque cette déesse pour un époux qui n’est plus. Elle demande qu’il vive, qu’il revienne promptement, qu’il lui soit fidèle. Hélas !, le dernier de ses voeux peut seul être exaucé. Livre des Métamorphoses d’Ovide : Le Sommeil et les Songes (XI, 581-748) Junon ne peut souffrir qu’Alcyone lui adresse encore des prières pour un époux qui n’est plus, et voulant de son autel écarter ses mains funestes et des voeux superflus : "Iris, dit-elle, de mes volontés fidèle interprète, pars, vole rapidement aupalais du Sommeil ; ordonne-lui d’envoyer vers Alcyone un Songe qui, sous les traits de Céyx, lui fasse connaître son naufrage et sa mort." Elle dit. Iris a revêtu sa robe aux mille couleurs ; elle part ; son arc brillant trace sa route. Elle vole vers l’antre du Sommeil. Près du pays des Cimmériens, un mont creusé en voûte, recèle un antre profond, du Sommeil nonchalant retraite et palais solitaire. Soit que le soleil se lève à l’orient, soit qu’il arrive au milieu de sa carrière, ou que vers l’Hespérie il abaisse son char, jamais ses rayons ne pénètrent l’obscurité de ces lieux. D’humides brouillards les environnent. Un jour douteux àpeine les éclaire. Jamais le chant du coq n’y appelle l’Aurore. Jamais le silence n’y est troublé par la voix des chiens vigilants, par celle de l’oiseau qui, plus fidèle encore, sauva le Capitole. On n’y entend jamais le lion rugissant, l’agneau bêlant, ni l’aquilon sifflant dans le feuillage, ni l’homme et ses clameurs. Le repos muet habite ce désert. Seulement du fond de la caverne obscure, sort un ruisseau, image du Léthé, qui, sur les cailloux roulant une onde paresseuse, par son doux murmure appelle le sommeil. Autour de l’antre croissent diverses plantes et fleurissent d’innombrables pavots. La Nuit exprime leurs sucs assoupissants, et les répand dans l’univers. Rien ne défend l’entrée de ce palais ; aucune garde n’y veille. Une porte tournant sur ses gonds du dieu fatiguerait l’oreille. Au fond s’élève un lit d’ébène fermé d’un rideau noir. Là, plongé dans un épais duvet, le dieu sans cesse repose ses membres languissants. Autour de lui, sous mille formes vaines, sont couchés des Songes, égaux en nombre aux épis des champs, aux feuilles des forêts, aux sables que la mer laisse sur le rivage. Iris écarte, de ses mains, les Songes fantastiques ; elle entre : les feux dont brille son écharpe de ce palais éclairent les ténèbres. Le dieu ouvre à peine et referme ses yeux appesantis. Plusieurs fois il se soulève sur sa couche et retombe. Plusieurs fois son menton se relève et sur son sein redescend. Enfin il s’arrache à lui-même, et sur un bras languissamment penché, il reconnaît la déesse, et demande quel motif l’amène dans ces lieux : "Sommeil, dit-elle, repos de la Nature ; ô toi, des dieux le plus paisible ; Sommeil, paix de l’âme, doux remède aux peines qu’elle endure ; qui du corps répares la fatigue et lui rends sa vigueur : commande aux Songes, qui du vrai sont l’image fidèle, d’aller à Trachine, sous les traits de Céyx, apprendre à la triste Alcyone le naufrage de son époux. Tel est l’ordre de Junon". Iris a rempli son message, et s’envole soudain. Elle ne pouvait plus résister à la vapeur assoupissante qui déjà se glissait dans ses sens. Elle remonte au céleste séjour, sur cet arc brillant qui l’avait amenée. Parmi ses mille enfants, le Sommeil choisit Morphée habile à revêtir la forme et les traits des mortels. Nul ne sait mieux que lui prendre leur figure, leur démarche, leur langage, leurs habits, leurs discours familiers. Mais de l’homme seulement Morphée représente l’image. Un autre imite les quadrupèdes, les oiseaux, et des serpents les replis tortueux. Les dieux le nomment Icélos, les mortels Phobétor. Un troisième, c’est Phantasos, emploie des prestiges différents. Il se change en terre, en pierre, en onde, en arbre ; il occupe tous les objets qui sont privés de vie. Ces trois Songes voltigent, pendant la nuit, dans le palais des rois, sous les lambris des grands ; les autres, Songes subalternes, visitent la demeure des vulgaires mortels. Ce n’est point à ces derniers que le Sommeil s’adresse. Il n’appelle que Morphée. Il le charge de remplir les ordres de Junon, et succombant aux langueurs du repos, il retombe sur sa couche, abaisse sa paupière, et s’endort. Morphée vole à travers les ténèbres. Son aile taciturne ne trouble point le silence de l’air. Dans un instant il arrive aux remparts de Trachine. Il dépose son plumage sombre, prend les traits de Céyx, et, sous cette forme, nu, livide, et glacé, il s’arrête devant le lit de la triste Alcyone. Sa barbe est humide, et l’onde a mouillé ses cheveux épars. Il se penche sur le lit, et le visage baigné de larmes : "Malheureuse épouse, dit-il, reconnais-tu Céyx ? La mort a-t-elle pu changer mes traits ? Regarde : c’est ton époux, ou plutôt c’est son ombre. Tes voeux, chère Alcyone, ne m’ont été d’aucun secours. J’ai cessé de vivre. Cesse d’espérer que je puisse être rendu à ton amour. Au sein de la mer Égée, la tempête a surpris mon vaisseau ; bientôt submergé, les vents l’ont englouti dans les ondes. J’appelais en vain Alcyone lorsque ma bouche a reçu le flot mortel. Tu ne vois point en moi l’auteur suspect d’une fausse nouvelle. Elle ne te parvient point par les bruits vagues de la renommée. C’est moi-même qui viens après mon naufrage te faire connaître mon triste destin. Éveille-toi, lève-toi, donne des larmes à ma mort. Revêts des voiles funèbres, et ne laisse point mon ombre descendre dans les Enfers, sans avoir reçu le tribut de tes larmes." Ainsi parle Morphée. Sa voix est celle de l’époux d’Alcyone. Il paraît verser des larmes véritables. Son geste est semblable au geste de Céyx. Alcyone gémit ; elle pleure, elle agite ses bras en dormant. Elle veut embrasser son époux, et c’est l’air qu’elle embrasse : "Demeure, s’écrie-t-elle, où fuis-tu? Nous irons ensemble chez les morts". Troublée par la voix et par l’image de Céyx, elle s’éveille. Ses esclaves ont entendu ses cris ; une lampe à la main, elles accourent : Alcyone cherche l’ombre à ses yeux apparue. Ne la trouvant plus, ses mains meurtrissent son visage, elle déchire son sein et les voiles légers qui le couvrent, elle s’arrache les cheveux ; et lorsque sa nourrice fidèle veut connaître le sujet de sa douleur : Tu n’as plus d’Alcyone, dit-elle, Alcyone n’est plus ; elle est morte avec son cher Céyx. Ne la console point, il a fait naufrage, il est mort ! Je l’ai vu, je l’ai reconnu. Comme il s’éloignait, je lui ai tendu les bras pour le retenir près de moi. L’ombre a fui ; mais c’était une ombre réelle, l’ombre manifeste de mon époux. À la vérité ses traits étaient changés. Son front n’avait plus cet éclat qu’il reçut de l’Astre. du matin. Hélas ! je l’ai vu pâle, nu, les cheveux dégouttants. Là, je l’ai vu paraître. Voici l’endroit même où le malheureux Céyx s’est arrêté (et son regard semble chercher encore les traces de l’ombre). Ah ! c’était là ce que me présageaient mes craintes, ma douleur, lorsque je te conjurais de ne pas me quitter, de ne pas te confier à la fureur des vents. Pourquoi, devant périr, avec toi refusas-tu de me conduire ! Il m’eût été plus doux de te suivre, de ne passer aucun instant de ma vie séparée de toi. La mort même n’eût pu nous désunir. Maintenant, absente du naufrage, avec toi j’y péris ; je roule dans les flots qui t’ont englouti, et sans me posséder, la mer m’a reçue dans son sein. Ah ! que mon coeur soit plus cruel que les gouffres de l’onde, si je consens à prolonger mes jours, si je cherche même à combattre ma douleur ! Mais je ne la combattrai point. Époux infortuné ! je ne t’abandonnerai pas. Maintenant du moins, je puis t’accompagner ; et si nos ossements ne sont pas rejoints dans le même tombeau, du moins nos noms s’y toucheront à jamais réunis." La douleur ne lui permet pas d’en dire davantage. Sa voix s’étouffe dans les sanglots, et de son coeur oppressé sortent de longs gémissements. Le jour luit. Elle sort du palais, elle court au rivage, elle revoit l’endroit fatal où s’embarqua Ceyx. Elle s’arrête : "C’est ici, dit-elle, que j’ai reçu ses embrassements et son dernier baiser" ! Et tandis que son âme est occupée du souvenir de ces tristes adieux, tandis que sur la mer elle promène un regard inquiet, elle aperçoit dans le lointain, flottant sur l’onde, un objet inconnu qui semble un cadavre glacé. Elle ne peut d’abord distinguer ce qu’il est. Mais les flots l’approchant davantage, et quoiqu’il soit encore éloigné, elle reconnaît le corps d’un malheureux qui a péri dans le naufrage. Elle donne des larmes à son triste destin. "Ô qui que tu sois, dit-elle, que je te plains ! et que je plains ton épouse, s’il te reste une épouse" ! Cependant ce corps flotte plus près du rivage. Plus elle regarde, plus ses sens sont émus. Il approche ; déjà elle peut reconnaître ses traits. Elle regarde... C’était son époux : "C’est lui-même ! s’écrie-t-elle". Et déchirant son visage et sa robe, arrachant ses cheveux, tendant ses mains tremblantes : "Est-ce ainsi, cher époux, est-ce ainsi que tu devais m’êtrerendu" ! Sur les bords de la mer est une digue, ouvrage de l’art, qui brise à ses pieds la première impétuosité des flots, fatigue et rompt leur violence. Elle y vole ; on s’étonnerait qu’elle pût y monter, mais elle vole en effet. De ses ailes naissantes elle frappait les airs légers ; oiseau plaintif, elle effleurait les vagues, et son bec aigu jetait un cri lugubre et gémissant. Elle vole à son époux ; elle presse, elle embrasse de ses ailes ce corps froid et glacé qu’elle aime, et de son bec cherche et caresse sa bouche. Témoin de ce prodige, le peuple ignore d’abord si Céyx a senti ses baisers, ou si le mouvement des ondes a soulevé sa tête ; il les avait sentis. Les dieux, touchés de leur malheur, en oiseau changent aussi le tendre époux d’Alcyone. Dans leurs nouveaux destins, ils conservent leur premier amour ; ils sont toujours unis. Au milieu de l’hiver, pendant sept jours calmes et sereins, l’Alcyon couve les tendres fruits de l’hymen dans des nids suspendus sur les mers. Alors le nautonier ne craint point les tempêtes. Éole enchaîne les vents, il les retient au fond de leurs cachots, et veut que ses petits-fils puissent éclore sans péril sur des flots unis et paisibles. Livre des Métamorphoses d’Ovide : Esaque (XI, 749-795) Un vieillard les voyant voler sur les plaines des mers, applaudit à des amours fidèles conservés si longtemps. Un autre vieillard, si ce n’est le même, dit alors : Voyez-vous cet oiseau qui plonge sa tête dans l’onde (et il montrait un plongeon aux longs pieds, au long cou) ? il sort du sang des rois ; et si vous voulez connaître son origine, il compte pour aïeux Ilus, Assaracus, Ganymède, qui verse aux dieux l’ambroisie ; le vieux Laomédon, et Priam, qui a vu les derniers jours de Troie. Il fut frère d’Hector, et peut-être si dans son printemps il eût pu se défendre de son destin funeste, il aurait égalé la gloire d’Hector, quoique d’Hector Hécube fût la mère, et qu’Éaque eût été enfanté secrètement dans les forêts d’Ida, par Alexirhoé, nymphe champêtre qui du Granique avait reçu le jour. Esaque haïssait le tumulte des villes ; il fuyait des cours la pompe ambitieuse, et se plaisait sur les monts solitaires, dans les champs, séjour du paisible bonheur. Il se montrait rarement au palais de son père. Mais son coeur n’était point sauvage et inaccessible aux traits de l’amour. Il aimait Hespérie, fille du fleuve Cébrène, et la cherchait dans les forêts. Un jour il la rencontre sur les rives du Cébrène. Elle séchait au soleil ses longs cheveux épars. La nymphe se voit surprise, et fuit, telle qu’une biche effrayée fuit devant le loup ravissant, telle que la canne aquatique devant l’épervier s’éloigne et laisse derrière elle l’étang qu’elle habitait. Le héros troyen poursuit Hespérie. L’amour le rend plus rapide ; la crainte rend la nymphe plus légère. Mais, hélas ! un serpent caché sous l’herbe mord le pied d’Hespérie, et de sa dent aiguë le poison terrible porte dans ses veines un rapide trépas. En même temps elle cesse de courir et de vivre. Esaque, au désespoir, et l’appelle et l’embrasse. Il se repent, il se repent de l’avoir poursuivie. "Mais, s’écrie-t-il, pouvais-je prévoir ce malheur ? J’ai souhaité de vaincre, mais non pas à ce prix. Infortunée ! deux ennemis t’ont perdue, le serpent qui te donne la mort, et moi qui l’ai causée. Ah ! que je sois plus coupable que lui, si j’hésite encore à venger ton trépas par le mien. " Il dit, et d’un rocher dont les flots ont creusé la base, il s’élance dans la mer. Thétis, touchée de son malheur, le soutient dans sa chute. D’une aile naissante il effleure l’onde, et la mort qu’il appelle est refusée à ses voeux. Il s’indigne de conserver une vie odieuse, et voyant que son âme impatiente de quitter sa demeure, y est malgré lui retenue, il s’élève d’un vol rapide, et de nouveau s’élance dans les flots. La plume le soutient. Furieux, il se plonge et se replonge au fond des mers, cherchant le chemin du trépas, qu’il ne trouve jamais. L’amour a causé sa maigreur. Sa jambe est effilée. Sur un long cou sa tête s’éloigne de son corps. Il aime l’onde et tire son nom de son empressement à s’y plonger et replonger sans cesse.
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